• glamour-snippet-ysl-blackopium
  • Fashion Week Glamour

Actuellement en kiosque !

GL cover mag Mai 2016 header maxi Alt 2

Edition papier

Découvrir

Edition numérique

Découvrir
joursheuresminutessecondesdécouvrir
joursheuresminutessecondesdécouvrir
Inboard

Anna Chapman : l'espionne dilettante

Anna Chapman : l

Retour sur le parcours de l’espionne russe qui a affolé les médias cet été. Mata Hari des temps modernes plus douée, semble-il, pour les relations publiques que pour le renseignement… Portrait.

Vingt ans après la guerre froide, Anna Chapman a revalorisé l’image de l'agent secret russe infiltré à l'Ouest. Taupe délurée, businesswoman en herbe, la mutine rousse aux yeux verts et aux pommettes hautes a joué les espionnes dilettantes. Préférant l'économie mixte elle améliorait sa solde de fonctionnaire du FSB en travaillant de-ci de-là dans l'industrie financière à Londres de 2003 à 2006 puis l’immobilier à New York de 2007 à 2010. Mais le conte de fée connaît une sérieuse avarie le 27 juin dernier. A 28 ans, Anna C. subit une tapageuse arrestation par le FBI en compagnie de neuf autres agents russes moins glamour mais quand même. Un joli fretin de journalistes, de scientifiques et d'analystes en capital risque travaillant semble-t-il depuis de nombreuses années pour la Russie. Mais les médias n’ont d’yeux que pour elle, adoubée James Bond girl pour ses poses de pin-up Pirelli qui circulent opportunément sur le net. Royalement épinglée pour ses gimmicks d'agent secret à la noix.

Car Anna et ses Pieds Nickelés du renseignement ne font pas dans la dentelle. L'histoire court que leur petite coterie correspond à l'encre sympathique, échange massivement du cash dans des sacs orange pétard et s'empêtre dans des phrases codées telles que "Excusez-moi, est-ce que nous ne sommes pas déjà rencontrés à Malte en 1999 ?". Anna C. s'invente même une adresse digne de Jorge luis Borges, ou John Le Carré, au choix : "99 Fake Street" (99, rue Fausse). Le New York Times et ABC News appellent cela sans rire un nid d'espions russes ("Russian Spy Ring"). Mais à Moscou on se montre beaucoup plus circonspect : "Sûrement pas des professionnels", commente depuis sa datcha de bois crème un ex-senior du KGB pour la chaîne d'infos TV RT, très en pointe sur ce coup. Pour le Bureau Fédéral d'Investigation américain l’affaire est entendue. Dame Anna se fait pincer la main dans le sac en acceptant un faux passeport dans un Starbucks de Manhattan. C'est le raffut médiatique. Dommage que la jolie môme n'ait pas donné plus longtemps cours à ses talents versatiles. Car à la différence de l'agent Tatiana, frêle héritière des Romanov froidement téléguidée pour ratisser James Bond dans un Pullman, l'agent Anna est, en apparence, plus portée sur le business dans le civil que sur le service de la Grande Russie. La demoiselle de Volgograd, née Kushchenko, arrondissait avantageusement ses fins de mois : d'abord à la banque Barclays et dans l'aviation d'affaires à la City, puis dans l'immobilier à Wall Street.

Au passage, à Londres, elle épouse, puis divorce d'un riche héritier britannique étudiant en psychologie au style bohème. C'est ici qu'intervient la figure du père protecteur, Vasily Kushchenko. Diplomate aux accointances africaines. Evidement lié avec le renseignement russe, comme on présupposait autrefois qu’ils l’étaient tous. "Il m'a demandé d'un ton menaçant comme nous allions subsister", explique Alex Chapman, évoquant son ex-beau père comme le spectre du Commandeur. A New York, Anna change de style et lance un site Internet d’immobilier international qui revendique 50 employés au bout de 3 ans.

Rendons justice à Anna C. Avec sa classe de femme fatale et son QI de 162, elle aura donné ses lettres de noblesse à l'espion dilettante/amateur/par accident – un serviteur de l'Etat injustement dénigré dans des nanars comme My Favorite Spy (Bob Hope), The Accidental Spy (Jackie Chan) ou Drôle d’espion (Dan Aykroyd).

Mais c'est peut-être là que le bat blesse dans cette histoire à dormir debout. Malgré leurs gags à la Austin Powers, Anna et ses sbires ont bénéficié d'attentions soignées. Les dix russes sont renvoyés dans un Boeing 767-200 spécial et échangés en grande pompe à Vienne contre quatre agents américains. Une apothéose pour des taupes, leur équivalent du tapis rouge au festival de Cannes. Mais aussi un chant du cygne.

Depuis, les hypothèses fusent dans tous les sens. La justice américaine dépeint les expulsés comme de dangereux infiltrés mais se refuse à préciser ses charges.

Au Tonight show de NBC, Jay Leno a demandé au vice-président Joe Biden « avons-nous des espions aussi sexy ? » Celui-ci lui a répondu amusé « que ce soit clair, ce n'était pas mon idée de l'expulser ! » Bref, si c’est une affaire d’Etat, l’ambiance n’est pas à la solanité.

Vasily Kushchenko a-t-il influé pour sauver sa fille ? Vachard, Alex son ex laisse tomber qu’Anna était "un bon coup au lit" (ce qui est la moindre des choses pour une Mata-Hari du vingt-et-unième siècle) mais aussi une "fille sous influence, probablement recrutée à Londres" (là, on s’interroge sur la compétence de l’ex-étudiant en psycho) par ailleurs "très intéressée de rencontrer les princes William et Harry".

De son côté, RT, qui n'est rien d'autre que la télévision d'état russe de langue anglaise, inonde la Toile de vidéos insinuant que les dix de Vienne sont d'inoffensifs branquignoles trop férus de Mission : Impossible. Un blog d'investigation américain pense tenir la solution. Comme Chevy Chase et Dan Aykroyd dans le film Drôles d’espions de John Landis, leur réseau d'amateurs devait créer une diversion pour que les vrais agents russes opèrent en toute tranquillité. Il circule aussi la théorie inverse : un coup monté du FBI pour crier au loup et gratter un rab du budget. Emballée comme un œuf de Fabergé, Anna a repris sagement ses quartiers à Moscou. Elle poursuit sa carrière dans l'économie mixte. Mais il semble bien manquer un M et un Q adéquats à cette James Bond girl de l'Est. Un solide DRH pour l'orienter vers la lucrative écoute des blue chips et des zaibatsu, les grands groupes listés au NYSE 500 et au Nikkei 225. Et un expert en infiltration pour personnaliser ses techniques d'entregent. Pour remettre en piste Anna, méthode ninja ou méthode bimbo, c’est selon. Fracassant les tibias des traders sur le tatami pour mieux copiner à la pause de thé vert. Ou croquant lascivement une salade d'algues en cuisinant les cadors des énergies alternatives. Elle aurait apprécié cette reconversion dans le privée. Mais désormais elle ne semble plus avoir les qualités requises : La discrétion comme le sens des affaires.

Elle a décliné une proposition de film porno. Et Selon le New York Post, elle souhaitait négocier son interview exclusive 250.000 dollars à virer sur un compte en Suisse, à l'abri du fisc des super puissances. Mais elle n'a pas trouvé preneur. Du coup, elle pose moyennant rétribution pour des photos cheaps dans le magazine people russe Jara (Chaleur). Et publie une vidéo de la séance photo sur son Facebook avant la sortie du magazine qui menace désormais de le faire un procès. Décidément, Anna ne sait pas garder un secret.

LIRE LA SUITE
Georges Chelhod
Inread
Loginnn

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptées à vos centres d’intérêt, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée. Cliquez ici pour en savoir plus.