Anna Chapman : l'espionne dilettante

Retour sur le parcours de l’espionne russe qui a affolé les médias cet été. Mata Hari des temps modernes plus douée, semble-il, pour les relations publiques que pour le renseignement… Portrait.

Anna Chapman
© Sipa - Georges Chelhod

Vingt ans après la guerre froide, Anna Chapman a revalorisé l’image de l'agent secret russe infiltré à l'Ouest. Taupe délurée, businesswoman en herbe, la mutine rousse aux yeux verts et aux pommettes hautes a joué les espionnes dilettantes. Préférant l'économie mixte elle améliorait sa solde de fonctionnaire du FSB en travaillant de-ci de-là dans l'industrie financière à Londres de 2003 à 2006 puis l’immobilier à New York de 2007 à 2010. Mais le conte de fée connaît une sérieuse avarie le 27 juin dernier. A 28 ans, Anna C. subit une tapageuse arrestation par le FBI en compagnie de neuf autres agents russes moins glamour mais quand même. Un joli fretin de journalistes, de scientifiques et d'analystes en capital risque travaillant semble-t-il depuis de nombreuses années pour la Russie. Mais les médias n’ont d’yeux que pour elle, adoubée James Bond girl pour ses poses de pin-up Pirelli qui circulent opportunément sur le net. Royalement épinglée pour ses gimmicks d'agent secret à la noix.

Car Anna et ses Pieds Nickelés du renseignement ne font pas dans la dentelle. L'histoire court que leur petite coterie correspond à l'encre sympathique, échange massivement du cash dans des sacs orange pétard et s'empêtre dans des phrases codées telles que "Excusez-moi, est-ce que nous ne sommes pas déjà rencontrés à Malte en 1999 ?". Anna C. s'invente même une adresse digne de Jorge luis Borges, ou John Le Carré, au choix : "99 Fake Street" (99, rue Fausse). Le New York Times et ABC News appellent cela sans rire un nid d'espions russes ("Russian Spy Ring"). Mais à Moscou on se montre beaucoup plus circonspect : "Sûrement pas des professionnels", commente depuis sa datcha de bois crème un ex-senior du KGB pour la chaîne d'infos TV RT, très en pointe sur ce coup. Pour le Bureau Fédéral d'Investigation américain l’affaire est entendue. Dame Anna se fait pincer la main dans le sac en acceptant un faux passeport dans un Starbucks de Manhattan. C'est le raffut médiatique. Dommage que la jolie môme n'ait pas donné plus longtemps cours à ses talents versatiles. Car à la différence de l'agent Tatiana, frêle héritière des Romanov froidement téléguidée pour ratisser James Bond dans un Pullman, l'agent Anna est, en apparence, plus portée sur le business dans le civil que sur le service de la Grande Russie. La demoiselle de Volgograd, née Kushchenko, arrondissait avantageusement ses fins de mois : d'abord à la banque Barclays et dans l'aviation d'affaires à la City, puis dans l'immobilier à Wall Street.