Les mannequins sont-ils une espèce en voie de disparition ?

Le féminin allemand Brigitte, qui avait décidé de plus employer de mannequins professionnels, fait marche arrière. Les "vraies filles" ne feraient-elles pas vendre ?

Magazine allemand Brigitte
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Que ce soit pour de véritables raisons éthiques ou pour s’offrir un gros coup de pub à moindre coût, le magazine Brigitte avait décidé, il y a deux ans, de supprimer les mannequins professionnels de ses pages mode. La raison invoquée ? Leurs lectrices ne se reconnaissaient pas au travers de ces filles aux mensurations impeccables. Pour le sociologue de la mode, Pascal Monfort, "c’est une fausse solution, un concept marketing, plus qu’une idée de fond. Les mannequins professionnels ne sont pas là parce qu’elles sont maigres mais parce qu’elles savent poser et qu’elles sont photogéniques. La mannequin filiforme, c’était dans les années 90, aujourd’hui c’est complètement dépassé ! J’aime l’idée de faire une série avec des modèles amateurs, mais il faut qu’il y ait une véritable histoire derrière, qu’elles soient égéries, athlètes, intello ou rock star, sinon c’est l’enfer."

Force est de constater que les filles mi-rondes où à peine ridées n’ont pas eu bonne presse chez les annonceurs : beaucoup se sont retirés et les ventes au numéro ont chuté de 35%.  Si les lectrices arrivaient à garder une distance avec les mannequins de métier, c’est une toute autre histoire face à ces vraies femmes, dont la jolie peau et le physique naturellement harmonieux, les renvoient à leur triste réalité. Le magazine s’est donc retrouvé contraint de faire marche arrière et de réintégrer des spécialistes de la pose dans ses pages. "Mais heureusement !" continue Pascal Monfort,  "Les filles lambda ou simili-moches, on en a assez autour de nous, ce sont celles qu’on ramène de boîte le soir. Le rôle d’un magazine de mode est de nous faire rêver et il n’y a aucun mal à ça. Pour ce qui est de mater le voisin où la voisine, de se comparer et de se rassurer, on a la télé qui est faite pour ça."

Et si Brigitte se voit contraint d’abandonner ses idéaux, il y en a pour qui la baston contre le culte de la minceur ne fait que commencer. L’Américaine Julia Blum, quatorze ans, a dénoncé la photo retouche qui sévissait dans les pages de Seventeen, son magazine préféré. "C’est un magazine populaire chez mes copines et de nombreuses adolescentes, expliquait-elle. S’ils acceptent de publier une série photo sans retouche chaque mois, ils pourraient lancer une tendance et permettre à des filles de mon âge de se sentir mieux dans leur corps". Sa pétition online a récolté plus de 80 000 signatures et sa voix a été entendue. Le magazine pour adolescente vient de proscrire Photoshop de ses pages, et la rédactrice en chef s’est "engagé à ne plus modifier la taille du corps ou la forme du visage des jeunes filles et des mannequins dans le magazine et à montrer un éventail de beautés plus divers dans ses pages".
Notre sociologue de la mode, dénonce quant à lui une hypocrisie de la part des adolescentes. "La nouvelle génération connaît les outils de photos retouches et utilise des filtres Instagram toutes la journée. Les jeunes filles ont très bien compris l’enjeu des réseaux sociaux. Elles s’en servent comme d’une vitrine et se mettent en scène, exactement comme dans les pages mode des magazines.  Je ne veux pas croire que toutes ces gamines n’ont pas assez de jugeote pour faire la part des choses et je n’aime pas le discours qui consiste à tout expliquer tout le temps. Les ados peuvent réfléchir par elles même, ce n’est pas à la presse de leur montrer l’exemple. Et puis il y a une chose qu’il ne faut jamais oublier : ce n’est pas la plus canon de la cour de cour de récréation qui va avoir la plus belle vie."