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Interview : Olivier Nicklaus, réalisateur de "Fashion !"

Interview : Olivier Nicklaus, réalisateur du docu "Fashion !"

Les 20 et 27 octobre prochain, Arte diffuse une série de trois épisodes retraçant les 30 dernières décennie de mode, de Claude Montana à Marc Jacobs. Interview d’Olivier Nicklaus, le réalisateur de « Fashion ! ».

Tu as été journaliste pour les Inrocks, pour l’émission de TV "La mode, la mode, la mode", et ce n’est pas ton premier documentaire sur le sujet : qu’est-ce qui te fascine tant dans le monde de la mode ?
Le milieu de la mode est très théâtral, avec ses destins de créateurs qui se croisent, ces chemins de vie qui prennent des directions radicalement opposées, du succès fulgurant d’un créateur au pétage de plomb d’un autre : c’est très romanesque, et ça m’intéressait de raconter ces 30 années de mode en utilisant des images d’archives très télégéniques.

Comme le dit bien Jean-Paul Gaultier, "Tout ce qui est à la mode se démode, et les créateurs plus que les autres" : comment vivent-ils cette pression ?
Chaque créateur répond en fonction de son tempérament : on peut avoir d’un côté les créateur type "Terminator" comme Karl Lagerfeld qui ne se laissent atteindre par rien, et de l’autre des personnalités qui explosent en vol, comme John Galliano. 
Une posture intéressante face à cet enjeu est le cas des créateurs qui creusent un sillon de style, s’y tiennent, et déclinent saison après saison des collections-variations, comme Alaïa ou Rick Owens.

On voit dans ton documentaire que les créateurs sont fortement soumis à la pression financière des marques et doivent devenir de vrais businessmen : la liberté de création est-elle en train  de devenir une utopie ?
Pas forcément. Si on prend l’exemple de Nicolas Ghesquière chez Balenciaga, on est face à un créateur qui a une vraie vision de mode mais qui est en même temps très conscient des enjeux commerciaux, ce qui lui permet de développer sa maison de manière cohérente. Il a commencé par du vêtement haut de gamme, puis a lancé une deuxième ligne plus accessible, avant de passer à la maroquinerie et au parfum, sans donner l’impression que Balenciaga est devenu une usine. C’est une question de sensibilité du créateur, finalement.

Le docu est en 3 parties : ça commence par les "Golden Eighties", l’âge d’or de la mode, puis on passe aux années 90 carrément "Anti Fashion", et on finit par l’âge du bling bling planétaire avec "Go Global". Du coup, on se demande : la mode, c’était mieux avant ?
Le premier épisode du documentaire commence par une interview de l’historien Jean-Paul Aron qui explique que si la mode ne changeait pas, il n’y aurait plus de vie. La mode est un éternel recommencement, dont la dernière phase, marquée par la globalisation et la puissance des grands groupes de luxe, est finalement assez dure : mais je pense qu’il  y a une bulle qui va finir par exploser et permettra de repartir sur d’autres bases. Pas mal de jeunes créateurs ont émergé et se positionnent en dehors de ces grands groupes. Ce sont sans doute eux l’avenir de la mode.

Quels sont les créateurs que tu as trouvé les plus touchants ?
Il y a deux exemples que je trouve particulièrement marquants : celui de Claude Montana, créateur au destin caricatural qui à tout eu puis tout perdu. Et puis plus proche de nous, celui de John Galliano, le mec qui a complètement craqué, dit n’importe quoi et s’est pris le système en pleine figure. Ces deux destins de créateurs montrent à quel point le monde de la mode est violent parfois, on a envie de raconter leur histoire avec bienveillance.

Qui est le créateur le plus talentueux du moment à ton avis ?
Il est difficile de n’en citer qu’un mais je peux me contenter de deux : Haider Ackermann, qui fait vraiment une mode sublime avec des défilés mis en scène de manière très dramatique, hyper émouvants, qui coupent le souffle. Et je citerais aussi Olivier Theyskens qui, après avoir travaillé pour de grandes maisons, est passé du côté de la mode de grande diffusion avec les marques Theory et Theory by Theyskens : il prouve qu’on peut créer une mode hyper contemporaine et portable à des prix accessibles.

Hystérie des défilés, chiffres d’affaire colossaux, blogs qui pullulent…. On a l’impression que la mode n’a jamais été aussi présente. Comment imagines-tu son évolution dans 10 ans ?
L’évolution s’observe d’abord dans les médias : dans les années 80, les créateurs étaient dans tous les émissions de télé les plus mainstream, alors qu’aujourd’hui, à part Lagerfeld et Gaultier, ils ne sont plus invités. Paradoxalement, grâce au web, on peut trouver des informations même sur les marques les plus pointues en cherchant un peu. Pareil avec la distribution : les grandes boutiques multimarques disparaissent peu à peu au profit d’endroits plus secrets. Globalement, la mode sera de plus en plus éclatée, avec des très gros acteurs et des très petits, ce qui  devrait laisser aussi leur chance à des jeunes marques émergentes.

Y a-t-il une anecdote marquante de ton documentaire que tu voudrais nous raconter ?
Il y en a plein ! C’est tout l’intérêt du documentaire composé à 80% d’images d’archives. Montrer toutes ces pépites cachées de la vie de la mode, surtout à certaines époques où les caméras étaient présentes partout, bien plus qu’aujourd’hui. Ça nous a d’ailleurs permis de créer des bonus pour le DVD avec plusieurs heures de moments de vie souvent très drôles, classés par thèmes.
Mais il est toujours très touchant de voir Alaïa dans les coulisses des défilés par exemple, dans l’intimité des essayages avec ses mannequins, ou de voir des créateurs aujourd’hui mondialement connus comme Gaultier ou Lagerfeld quand ils étaient encore tout jeunes. Et pour les plus fashionistas, on voir même le visage de Martin Margiela !

Ça veut dire quoi "être à la mode" aujourd’hui ?
Le risque quand on est très à la mode, c’est d’être rapidement complètement has been. Pour moi, ceux qui parviennent le mieux à être à la mode sont les créateurs qui créent une rupture radicale de style à un moment donné, créent l’incompréhension puis finalement l’adhésion, comme les créateurs de l’ère Anti Fashion, les Japonais Yohji Yamamoto et Rei Kawakubo  ou les Belges Ann Demeulemeester ou Martin Margiela.

Documentaire en trois parties "Fashion !", réalisé par Olivier Nicklaus.
Diffusion des deux premiers épisodes "Golden Eighties"  et " Anti Fashion"  le samedi 20 octobre dès 22h25, diffusion du troisième épisode " Go Global"  le 27 octobre à 22h25, sur arte.

 

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Alicia Birr
Inread
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