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Décryptage : le look emo

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A l'occasion de la sortie en poche du Dictionnaire du look, Glamour.com mettra un look en ligne chaque semaine pendant un mois. Ici, le look emo.

Emorigines
L’appellation emo d’origine contrôlée provient d’un sous-genre dérivé du punk hardcore : l’emocore, simple contraction de emotional hardcore. au milieu des années 80 à Washington DC, le style emo est le fruit d’un tournant musical retentissant : l’évolution du son metal hardcore (jusque-là limitée au noise3) vers un tempo plus lent, doublé d’une accentuation emphatique des sentiments et de l’émotion. La recette de cet hardcore mélodique fait succès et l’été 1985 est aussitôt baptisé Revolution Summer. Le genre évolue progressivement vers une version plus sombre et chaotique, le screamo4, qui voit le chant se rapprocher plus du sacrifice de jeunes porcs que de la voix humaine. L’emocore atteint son apogée dans les années 90 avec des groupes comme Jimmy Eat World, Promise Ring, Rites of Spring et Embrace, tous mus par l’éthique DIY issue du punk, qui revendique une customisation du style et de la musique. Celle-ci donne à entendre "un rock à la fois dur et mélancolique enveloppé de voix masculines caractérisées par une prononciation étrangement flatulente des voyelles". Qu’importe, le mouvement emo rencontre le grand public et fait son entrée dans les médias. Fini l’underground et bonjourle mainstream : les groupes pionniers qui ne supportent pas ce coup de projecteur commencent à rejeter l’appellation emo.

Emo : Aimant à ados
En 2003, le public découvre grâce aux dernières compositions du chanteur Chris Carraba, ancien leader du
groupe Further Seems Forever, une nouvelle écriture emo, noyée d’émotions personnelles, où il est question
d’amour qui fait mal et de larmes qui coulent, contrastant singulièrement avec des paroles d’habitude plus
complexes et obscures. L’emo devient un genre prisé des ados et des postados dépressifs qui se reconnaissent dans des textes tels que "Tu pourrais me trancher la gorge et dans mon dernier souffle je m’excuserais d’avoir saigné sur ton chandail". Le style associé à la musique se démocratise à son tour et finit d’achever le caractère confidentiel de la musique emo.

Style
Le style emo est récupérateur. Il convoque tour à tour des éléments de la garde-robe rock, gothique, punk, ska, new wave, glam trash et visual kei. Pour ce qui est de la tenue en elle-même, l’emo porte volontiers un jean slim, voire skinny, c’est-à-dire un pantalon seconde peau, un T-shirt coloré à motifs morbido-mangas (comme
le T-shirt ribs qui représente les os de la cage thoracique, soulignant laconscience aiguë que l’emo a de la
mort et de la vanité de la life) et un gilet à capuche (le hit étant bien entendu le gilet à capuche violet American Apparel). Aux pieds, l’emo est chaussé de Creepers, de Converse ou de slip-on Van’s (mi-chaussons mibaskets à damier) évoquant des origines proches du mouvement skateur. Les emogirls optent soit pour un look androgyne reprenant les codes vestimentaires des garçons, soit pour un look très féminin, chaussures à talons, robes années 50, noeuds en velours dans les cheveux, bijoux en pagaille, très soubrette de l’enfer.

Coiffure
Le dénominateur commun est la mèche. Celle-ci se doit de recouvrir le visage, un oeil tout au moins. La coupe noir corbeau effilée, très Tony&Guy des débuts, est parsemée çà et là de mèches de couleur blonde, rose, rouge ou violette. Le cheveu doit être lissé à la japonaise et peut même être crêpé à l’occasion, voire teint en
motifs zébrés. Signalons que l’emo, par souci de perfection capillaire, a souvent recours aux extensions. Rituel de passage obligatoire, la coiffure entre amis vient fédérer la communauté. C’est lors d’ateliers coiffure-piercing que l’on se découvre un entendement commun où l’on peut, entre deux sessions de fer à lisser et
de forage sans anesthésie à l’épingle à nourrice, échanger sur le jour béni de ses dix-huit ans où l’on n’aura plus à cacher ses piercings ou la mauvaise note que l’on a eue en SVT1.

Emofrance
Selon une source emo croisée à Bastille - épicentre du phénomène - et spécialiste revendiqué certifiant être
"depuis le début", le mouvement emo serait apparu à Paris en 2005, incarné, dans un premier temps, par
un petit comité de personnes, fans de la musique et du look. Puis "des groupies, des wannabe et des fakes"
se seraient greffés et auraient causé une regrettable popularisation du mouvement qui n’aurait eu de cesse
de le mener à sa perte.

L’emo et l'amour
Une grande tendresse règne au sein de la communauté. Beaucoup de câlins et de caresses entre amis, et
une pratique frénétique de l’emokiss : ce baiser sulfureux échangé entre garçons ou entre filles, généralement
pris en photo et diffusé sur Internet. Les emos s’aiment et revendiquent une sexualité décomplexée
et libertine. Ils sont souvent ouvertement bisexuels. Être hétéro nuit à la crédibilité emo.

L’emo et l'internet
Enfant de l’Internet, l’emo communique beaucoup sur lui-même. Skyblog à sa gloire et à celle de ses amis, chasse au fake, partage de vidéos, chats sur MSN : l’ordinateur est l’outil de communication numéro 1 de la communauté.

croiser un emo ?
Les emos se retrouvent tous les samedis à Paris aux abords de la place de la Bastille : sur les marches de
l’Opéra, au port de l’Arsenal et rue Keller (haut lieu de shopping emo) pour vaquer à leurs emoccupations : diffusion de ragots, roulage de pelles, fumage de clopes, écoute des groupes préférés, déprime collective. C’est ici que les numéros de portables s’échangent, que les amitiés se nouent, que les mèches s’emmêlent.

Surnoms fake
Emo bang-bang : fakes "qui se la pètent suicidaires" (flingue collé sur la tempe).
Emo bling-bling : fakes riches, emos de droite.
Pooky, Yoshi : fakes fans de manga qui émettent des bruits étranges de personnages de jeux vidéo, à mi-chemin entre le kawai et l’emo.

L’emo et la famille
Pas facile d’être accepté par ses parents quand on est un garçon qui se maquille. L’allure androgyne est
souvent un facteur de dispute entre adolescents et parents inquiets de la sexualité trouble de leur enfant et
de l’univers morbide de la communauté. Beaucoup d’emos confessent s’être fait jeter de chez eux à cause
de leur apparence. La communauté souffre en effet de l’image peu reluisante du mouvement véhiculée par les médias qui laissent entendre que ces adolescents seraient tous mal dans leur peau et, bien entendu,
suicidaires. Pourtant, si certains sont à l’évidence plus fragiles que d’autres, les emos sont étonnamment bien dans leur slim.

Le dictionnaire du look - Une nouvelle science du jeune.Géraldine de Margerie aux éditions Robert Laffont, 288 pages, 10 euros.

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Géraldine de Margerie
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