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Coco Rocha : "Je suis devenue l'avocate des mannequins"

Coco prend le pouvoir !

Coco Rocha n'est pas celle que vous croyez ... Derrière sa silhouette longiligne et ses grands yeux bleus se cachent un mannequin hyper actif et qui plus est hyper engagé. Rencontre avec ce top qui déménage et qui est l’égérie Glamour du numéro d’avril.

Comment es-tu devenue mannequin ? 
Je n’ai jamais aspiré à ce rêve. Il y a quelques années, j’étais une jeune fille comme les autres. J’habitais à Vancouver au Canada où j’allais tous les jours à l’école. Passionnée de danse irlandaise, c’est lors d’une représentation qu’un chasseur de têtes m'a repérée. Quand il m'a demandé si j’avais déjà pensé à devenir mannequin, ça m’a fait beaucoup rire car je ne connaissais rien à ce milieu, ni à l’univers de la mode. Je l’ai d’abord pris pour un dingue ! Un an plus tard, j’ai finalement accepté de partir en Asie pour tenter ma chance. Cette expérience de 2 mois a été un véritable entraînement. Pendant les castings, on devait réaliser une douzaine de poses différentes en quelques secondes seulement pour convaincre les clients. C’était difficile et les shootings étaient très intenses. Au début je ne savais pas du tout poser; à la fin, c’est devenu automatique. C’est alors que Steven Meisel a voulu me rencontrer. En plus d’être l’un des plus grands photographes de mode au monde, il a découvert et propulsé sous les feux des projecteurs de très célèbres mannequins comme Linda Evangelista et Karen Elson. Il m’a donné la chance de ma vie et a guidé ma carrière pendant les huit années qui ont suivi.

Quelles ont été les principales étapes que tu as traversées pour en arriver là?
En 2006, j’ai posé pour lui en couverture du Vogue Italie. C’est ce qui m’a vraiment lancée. Peu de temps après, Jean Paul Gaultier m’a demandé d’ouvrir son défilé par une danse celtique. C’était original, excitant et ça a marqué les esprits. Grâce à ce show, je suis devenue célèbre pour autre chose que mon visage. Mon profil de danseuse a par la suite beaucoup compté dans ma carrière. Un jour, Anna Wintour m’a demandé de prendre la parole devant le CFDA (la fédération des designers de mode américains) au sujet des problèmes de santé des mannequins, et notamment des troubles de l’alimentation. Pour être honnête, j’étais terrifiée car les gens me dissuadaient de le faire, me disaient que je signais la fin de ma carrière… J’ai finalement décidé de m’exprimer et je ne le regrette vraiment pas. Depuis ce jour, je suis devenue en quelque sorte l’avocate des mannequins. Je suis très impliquée auprès de "Model Alliance", un organisme new-yorkais qui milite pour défendre leurs droits. Aider les nouvelles venues, améliorer leurs conditions de travail, faire bouger les choses, c’est mon quotidien. Ce pourquoi je me bats.

Tu sembles être un mannequin à part : tu danses comme personne, tu es drôle, tu t’exprimes haut et fort pour défendre tes convictions… Te sens-tu différente dans cette industrie de la mode?
Je pense que pour réussir dans le mannequinat, il faut apporter quelque chose de différent. Il y a beaucoup de jolies filles dans ce milieu, il est donc important de se démarquer. Sinon, pourquoi en choisir une plutôt qu’une autre ? Mon style et ma personnalité ne conviennent pas à toutes les marques, mais je suis contente d’avoir trouvé ma place dans ce petit monde et de travailler avec des gens qui m’estiment autant que je les estime.

Comment fais-tu pour avoir l’air à l’aise dans toutes les situations ?
Ce n’est pourtant pas toujours le cas ! Par exemple, dans mon contrat, il est indiqué que je ne pose pas dénudée ou dans des positions trop suggestives ; mais je me suis déjà retrouvée dans des situations où le client me poussait à le faire. Dans ce genre de situation inconfortable, je deviens vite très nerveuse. Aujourd’hui je suis une femme - qui plus est, mariée - et mon caractère s’est forgé. Avec l’âge et l’expérience, j’ai pris davantage confiance en moi, je me suis endurcie. C’est pourquoi j’aimerais que les mannequins commencent leur carrière un peu plus tard. A 14 ou 15 ans, on est très vulnérable et facilement influençable. On est trop jeune pour dire non.

D’où t’es venu l’idée de créer ton blog ?
Quand j’ai commencé ma carrière de mannequin, je tenais un journal intime comme la plupart des filles de mon âge. J’y écrivais mes pensées, mes expériences, mon quotidien… A partir de 2008, les blogs ont commencé à devenir populaires. J’ai alors décidé de créer le mien afin de partager ma vie de mannequin avec mes proches. A ma grande surprise, il a connu un vrai succès. C’est là que j’ai réalisé que des personnes du monde entier s’intéressaient à ce que je racontais, et n’attendaient pas seulement mes prochaines photos. A l’époque, les mannequins ne faisaient pas ce genre de choses. Elles devaient être vues et non pas entendues. La mode n’aimait pas qu’on parle d’elles, à part dans les interviews. Mon initiative a donc été assez incomprise dans le milieu et je ressentais comme un malaise. Mais les temps ont changé et la mode est devenue depuis accessible à tous. Aujourd’hui, chaque grand mannequin ou créateur possède un compte Twitter, Facebook…

Et grâce à ce blog, tu as pu faire des choses que tu n’aurais pas imaginées…
Il a changé ma carrière. Il m’a permis de générer un public, des fans, et des opportunités se sont ouvertes à moi. J’ai pu écrire des articles pour de grands magazines, monter ma propre ligne de bijoux avec l’association caritative "Senhoa", produire des documentaires racontant mes expériences avec deux orphelinats à Haïti, et maintenant, je suis l’une des juges dans "The Face", une télé-réalité où je coache des mannequins en herbe. Au final, les réseaux sociaux m’ont permis de m’établir comme une marque et non plus seulement comme un visage. Les sociétés veulent désormais m’embaucher pour ce que je suis et plus seulement pour mon image. Dans l’univers très superficiel de la mode, je suis fière quand un client me dit "nous te voulons parce que nous respectons tes positions" au lieu de "nous adorons tes pommettes".

Tu t’es mariée dans une robe Zac Posen, tu sembles avoir une réelle affection et un grand respect pour le créateur Jean Paul Gaultier… Quels sont tes goûts en matière de mode ?
Mes créateurs préférés sont aussi ceux qui se sont révélés être de vrais amis au fil des ans. Jean Paul Gaultier n’est pas seulement immensément talentueux. C’est aussi quelqu’un d’authentique et de très gentil. Je me souviens lors d’un essayage, il a tout arrêté pour m’emmener sur le toit de son atelier, voir le coucher de soleil. Cette petite anecdote caractérise vraiment l’homme qu’il est. D’autres créateurs comme Zac Posen et Karl Lagerfeld m’ont toujours soutenue dans ma carrière. J’arrêterais tout pour travailler avec eux. Sinon, j’aime porter les créations de Nicola Formichetti chez Mugler sur tapis rouge, et dernièrement, j’ai adoré le travail de Fausto Puglisi pour sa première saison chez Ungaro. Je ne peux pas dire que j’ai un style spécifique, ce serait beaucoup trop ennuyeux pour moi. Ce que j’adore dans le métier de mannequin c’est que l’on doit se réinventer chaque jour. J’aime être un caméléon.

Comptes-tu de vraies amies parmi les mannequins ?
Contrairement aux idées reçues, les mannequins ne sont pas méchantes et en permanente compétition entre elles. Quand on partage des moments à plusieurs, on ne parle pas boulot mais plutôt de nos maris, de nos copains, de notre famille… des sujets de discussion qu’ont toutes les filles ! J’ai commencé le mannequinat à 15 ans et j’ai vraiment l’impression d’avoir été dans une école de mode avec des filles comme Doutzen Kroes, Caroline Trentini ou Hilary Rhoda, que je considère toujours comme des amies proches. Mais ma plus belle rencontre a été Behati Prinsloo au début de ma carrière. Nous étions encore toutes jeunes et nous nous amusions beaucoup toutes les deux. On faisait tous les défilés ensemble, on partageait les mêmes chambres d’hôtel dès qu’on le pouvait. J’ai passé avec elle toutes mes nuits d’adolescente, mes plus folles soirées pyjamas… Je me souviens qu’on faisait souvent des vidéos débiles qu’on postait sur Youtube. En coulisse, les photographes nous appelaient "les jumelles". Je suis contente de ne plus avoir à faire le marathon des défilés mais je n’oublierai jamais tous les moments fun que j’ai passés avec elle.

Tu es très engagée dans la cause des mannequins, pourquoi ?
J’ai toujours aimé être comme une grande sœur, un modèle pour les petites nouvelles. C’est pour cette raison que je suis engagée auprès de "Model Alliance". Les mannequins ont des droits comme tous les travailleurs, mais dans l’industrie de la mode c’est différent. Nous voulons mettre en place des règles pour qu’elles puissent évoluer dans de bonnes conditions, qui protègent leur intégrité physique et mentale. L’association lutte également pour que le travail des mineurs soit encadré et que les plus jeunes achèvent leur scolarité. Sans oublier les problèmes de harcèlement sexuel. Ces filles souvent très jeunes, travaillent dans un pays dont elles ne parlent pas la langue. Elles n’ont personne pour les soutenir, ou vers qui se tourner. Nous sommes là pour ça, pour qu’elles se confient à nous mais aussi pour les aider à prendre les meilleures décisions.

Toutes les filles veulent connaître tes secrets beauté. Quels sont tes gestes quotidiens ?
Je vais les décevoir mais je n’ai pas de secret ! On m’a posé cette question de nombreuses fois mais je n’ai malheureusement rien à vous révéler... Les meilleurs conseils que je puisse vous donner sont de bien dormir et de boire beaucoup d’eau. Deux choses essentielles qui sont plus payantes que tous les produits de beauté que vous pourrez acheter.

Peux-tu nous parler un peu de ta vie amoureuse ?
J’adore parler de mon mari ! Je suis tombée amoureuse de James parce qu’il n’était pas admiratif du mannequin mais de la personne que j’étais. On a été les meilleurs amis du monde avant de commencer à sortir ensemble. Je suis très chanceuse de l’avoir à mes côtés. Il est mon guide dans la vie et m’aide à traverser toutes les épreuves. Il m’encourage aussi à essayer de nouvelles choses dont je me sens a priori incapable. En plus, James est très créatif. Il me pousse à penser ma carrière d’une manière plus artistique, plus originale. Je suis impatiente de découvrir ce que cette année 2013 nous réserve !

La télé réalité “The Face” est diffusée depuis peu aux Etats-Unis. Vous êtes plus jeune que Naomi et Karolina, certains disent que ce programme pourrait vous apporter une certaine légitimité.
Naomi Campbell est une star internationale, tandis que Karolina et moi sommes plus populaires chez les fans de mode et les gens du milieu. Grâce à "The Face", le monde entier va pouvoir nous découvrir telles que nous sommes réellement. Et à mon avis, tous ceux qui pensent nous connaître vont être très surpris… même pour Naomi !

Pourquoi as-tu accepté de participer à cette émission ?
Quand les producteurs de "The Face" m’ont contactée, ils n’étaient pas les premiers à me solliciter pour faire de la télévision. Mais je n’en avais jamais vraiment eu l’envie car les offres ne collaient pas avec ma personnalité. Quand on m’a proposé "The Face", j’ai tout de suite adhéré au concept. L’idée était de filmer ce que j’ai toujours fait en privé, c’est-à-dire prendre sous mon aile des jeunes modèles, les coacher et leur apprendre le métier. Au départ, j’ai un peu hésité car je ne savais pas qui allaient être les deux autres mentors. Mais quand j’ai su que Naomi Campbell était de la partie, j’ai sauté sur l’occasion. Elle a défilé pour la haute couture et apporte une dose de crédibilité à l’émission. Je pense qu’elle va vraiment élever le concours à un certain niveau. Karolina Kurkova a été castée en tant que troisième coach peu de temps après moi. Toutes les trois, on apprend à nos petites protégées ce qu'elles doivent faire pour bien défiler, mais on leur inculque aussi qu’elles ont des droits. C’est le plus important.

Quelles sont les qualités de "The Face" ?
En général, je trouve que la télé réalité est "cheap" et de mauvais goût. On pourrait dire la même chose de la musique aujourd’hui, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de bons musiciens. Je suis convaincue que la télé réalité peut être belle, classe et divertissante. Je pense qu’avec "The Face", on a créé un concept authentique qui dévoile plusieurs facettes de la vie de mannequins, notamment les coulisses de cet univers. L’émission montre également le regard intime que trois top models (Naomi, Karolina et moi) portons sur le métier, notre vision du milieu. C’est vraiment fascinant.

De nos jours, très peu de personnes peuvent citer les noms de top models de la nouvelle génération et pensent spontanément Kate Moss, Naomi Campbell, Cindy Crawford… Pensez-vous pouvoir inverser la tendance ?!
Je pense que l’ère des top models superstars est révolue et ne doit pas recommencer à l'identique. Pendant cette période de la pop culture, quelques filles magnifiques aux fortes personnalités ont attiré sur elles tous les projecteurs. Ces dernières années, les créateurs ont voulu être à leur tour sous les feux de la rampe. Pendant près d’une décennie, on a vu toutes ces filles anonymes, inconnues du grand public, dans les campagnes publicitaires et sur les podiums. Je pense sincèrement qu’il est désormais temps de trouver un juste milieu entre ces deux extrêmes. Le monde de la mode est aujourd’hui prêt à retenir de nouveaux noms de top models... dont j’espère bien faire partie !

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Caroline Rousseau, traduit par Kenny Guetta
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