Le questionnaire de (Gaspard) Proust

Après avoir vu son one man show assassin et hilarant, on se demande si cet ex-banquier né en Slovénie, bientôt à l’affiche du film de Frédéric Beigbeder* est, comme son alter ego scénique, un trentenaire désabusé, snob et cruel.

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  • 07 DÉC. 2011 /
proustgplan
© Vim/ABACA -

Est-il dragueur ?
"On pourrait dire que monter sur scène est une grande entreprise de séduction mais mon but n’est pas de draguer le public. Je ne sais pas draguer. Si je me dis que je dois plaire, ça se voit et c’est raté. Curieusement, si je suis moi-même, j’arrive à séduire plus facilement. Les gens ont perdu l’idée qu’on peut séduire en étant soi-même. Ils pensent qu’il y a des codes à suivre pour plaire."

Est-il snob ?
"Tout ça parce que j’aime la musique classique. Je ne vais pas renoncer à cette extase métaphysique à cause de préjugés pouilleux de trois ploucs qui n’y connaissent rien. Mais je fais de la muscu en Gore-Tex (ma matière préférée après le cachemire) donc vous voyez, je fais des trucs de beauf. Comme je ne travaille pas à la chaîne, je vais à la salle de sport pour garder le contact avec toutes les couches sociales."

Est-il pessimiste 
"On a quand même le droit d’avoir son caractère, non ?"

Est-il manipulateur ?
"Les gens se posent pas mal de questions à mon sujet. A quel moment cesse-t-il de jouer ? Quand est-il sincère ? Mais je ne me suis pas construit de personnage, ce qui n’est pas “naturel” pour un one man show. On dit aussi qu’avec mon nom, j’ai fait un coup formidable. En fait, mon pseudo est proche de mon vrai nom que les Français ne savent pas prononcer parce que c’est du slovène patiné d’allemand. Je préfère sonner juste avec un faux nom que sonner faux avec un vrai. Et Proust était le plus proche mais ce n’est pas du tout mon auteur favori."

Est-il réac ?
"Les gens entendent ce qu’ils veulent dans mon spectacle. A la fin de la générale, un type de gauche m’a dit : “Ton spectacle est vraiment trotskiste,  il dénonce la bourgeoisie.” Cinq minutes, un type classé de droite : “Tout ce que vous dites sur scène, c’est tout ce que je pense.” Comme les gens ne savent pas qui je suis vraiment, ils projettent tout ce qu’ils veulent sur moi, tout et son contraire. Je n’ai aucun contrôle là-dessus mais au moins, je rends les gens libres. Ils peuvent se défouler et à travers moi, ils parlent beaucoup d’eux-mêmes."

Est-il asocial ?
"Je n’aime pas la foule alors forcément Facebook ou Twitter sont parfaits pour moi. C’est très agréable d’avoir une proximité de l’esprit. On peut dire des choses mais sans la promiscuité des corps. Il reste une distance assez saine. Pour ça, le monde virtuel est parfait, ça permet d’être avec les autres sans trop l’être. Je suis un très bon compagnon pour moi-même, la solitude ne me dérange pas. Et puis, je connais mes manies, parfois je m’agace tout seul. Je ne pense pas être quelqu’un d’inintéressant sinon je me serais quitté depuis longtemps."