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"Trepalium" : que vaut cette série française inspirée de "Hunger Games" ?

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Imaginez un monde dans lequel un mur sépare les chômeurs, et les actifs, évoluant dans un cadre en apparence privilégié. Diffusée à partir du jeudi 11 février sur Arte, "Trepalium" nous plonge dans cet univers rétro-futuriste effrayant. Notre avis.

Le travail, c'est la santé… dit l'adage. Pas sûr que Trepalium (signifiant ''instrument de torture'' en latin) confirme cette hypothèse. Diffusée sur Arte, cette mini-série de six épisodes imagine un monde composé en majorité de chômeurs. Ces derniers, qui forment 80 % de la population, sont parqués dans un no man's land surnommé la Zone. Un mur les sépare de quelques happy few, ayant le privilège d'avoir encore un emploi, et résidant dans une ville forteresse. Plus poreux qu'ils n'y paraissent, les deux univers vont se rencontrer avec fracas. Souhaitant redorer son blason, la Première ministre Nadia (Ronit Elkabetz) met en place un programme d'emplois solidaires, permettant à quelques inactifs de passer de l'autre côté, et de décrocher enfin un job (ingrat).

Voilà le scénario fou de cette fiction de genre, première production télé française à s'aventurer sur le terrain de l'anticipation. Après l'atmosphère fantastique des Revenants, l'épopée historique de Versailles ou encore l'humour irrésistible de Dix pour cent, la fiction hexagonale démontre encore une fois son audace. Trepalium parvient avec brio à récréer ce monde scindé en deux, à incarner visuellement les disparités sociales. Du côté des ''zonards'', l'ambiance est au chaos, à la noirceur, au délabrement. Des marginaux en total looks noirs sont parqués dans des abris de fortune en tôle, filmés caméra à l'épaule. Un environnement rappelant furieusement les visages fatigués et la ville en ruines des Fils de l'ombre d'Alfonso Cuarón.



A l'opposé, le monde des actifs se place dans une longue lignée d'univers déshumanisés : la mégalopole anxiogène de Blade Runner, le futur aseptisé de Bienvenue à Gattaca, le quotidien virtuel de Her ou, plus récemment, l'hôtel flippant de The Lobster. Au lieu d'opter pour une avalanche de gadgets numériques, le réalisateur belge Vincent Lannoo choisit une imagerie rétro, d'autant plus réussie que le budget alloué à la série était serré (6 millions). Une grande partie des scènes ont été tournées au siège du Parti communiste, dans le 19e arrondissement de Paris, déjà plébiscité par d'autres cinéastes comme Michel Gondry pour L'Écume des jours. Ce lieu, imaginé par l'architecte Oscar Niemeyer, est hors du temps, à la fois froid et fascinant avec son dôme, ses murs en béton et ses courbes épurées.

Marche ou crève

Qui dit ambiance futuriste dit dictature totalitaire, bien sûr. Dans la pure tradition des dystopies comme Black Mirror (une des influences des créateurs), Trepalium force le trait pour dénoncer les dérives de notre société. En l'occurrence, l'exclusion des plus faibles face à la montée du chômage, et le danger de l'ultra-libéralisme. En cela, Aquaville, la grande société de la cité, est un exemple des dérives du capitalisme. Chacun se bat pour sauver sa peau, donc son emploi, et les entretiens d'embauche sont encore plus cryptiques que chez Google. On vous interroge sur vos pires défauts, mais aussi sur votre dernière relation sexuelle ou sur votre réaction devant un oiseau qui vole. Une série d'épreuves qui semble tout droit sorti d'un Hunger Games en milieu professionnel (comme la coupe de la Première ministre Nadia). Le tout, pour finir parqué dans un box à tapoter sur un écran en attendant ses 12 minutes de pause déj'.

La question posée est tellement évidente qu'elle est évoquée texto dans le premier épisode par un des personnages : ''Est-il vraiment indispensable de travailler pour être quelqu'un ?'' Cette mini-série dénonce d'emblée l'importance disproportionnée de la valeur travail dans une société où ''Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?'' est la question la plus courante lors d'une première rencontre. La réponse est évidemment ''non'' quand on voit l'état dans lequel sont les actifs d'Aquaville, déambulant comme des robots, incapables de ressentir la moindre émotion, formatés dès l'enfance pour atteindre des standards inatteignables. La présence de ce mur, faisant écho à toutes les frontières de notre monde bien réel, les sacrifices des zonards pour mener une vie meilleure, le mépris auquel ils sont confrontés, renvoient également à la crise actuelle des migrants.



Ce propos politique servi par une esthétique inventive démontre à lui seul l'ambition des créateurs Antarès Bassis et Sophie Hiet. Mais le pari n'est malheureusement pas tout à fait réussi. Malgré de bonnes idées, des défauts de taille empêchent d'embarquer dans ce voyage : des acteurs qui, malgré un CV impressionnant, sonnent faux, et des personnages plus froids que les robots de Real Humans. Si les protagonistes s'humanisent petit à petit, à l'instar de Ruben (Pierre Deladonchamps) on ne peut s'empêcher de regretter que Trepalium n'ait pas eu plus d'épisodes pour étoffer leur psychologie, ainsi que l'ensemble de l'univers. Un premier essai imparfait, mais qui, on l'espère, inspirera Arte ou d'autres chaînes pour nous offrir d'autres séries d'anticipation ou de science-fiction. L'innovation, il n'y a que ça de vrai.

Trepalium d'Antarès Bassis et Sophie Hiet avec Léonie Simaga et Pierre Deladonchamps. Les jeudis 11 et 18 février à 20h55 sur Arte, puis en replay sur Arte+7.

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