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"The Leftovers", la nouvelle bombe envoûtante de HBO

"The Leftovers", la nouvelle bombe envoutante de HBO

Le pilote de "The Leftovers", la très attendue série de HBO, ne déçoit pas : un drame au mystère épais, qui réinvente l’héritage de "Lost" et ausculte le corps meurtri d’un monde au bord de la dissolution. Une grande série en puissance.

"Est-ce que je suis réveillé ?", demande le héros de The Leftovers à la fin du pilote. Il faut dire que la nouvelle histoire racontée par le coauteur de Lost, Damon Lindelof, est à dormir debout : trois ans après "le ravissement", où 2% de l’humanité se sont évaporés dans la nature, les 98% restants tentent de vivre avec l’inexplicable. Ce drame mondial – qui a vu disparaître son lot de célébrités, du pape à Jennifer Lopez – est raconté à hauteur d’un bled de la Côte Est des Etats-Unis, à travers le regard accablé du shérif local (Justin Theroux, le séduisant fiancé de Jennifer Aniston) et d’une poignée d’autres citoyens lambda (dont une fiancée malheureuse jouée par la trop rare Liv Tyler). Les références brillent à des kilomètres : adaptée d’un roman de 2011 signé Tom Perrotta (qui contribue au scénario), The Leftovers s’inscrit dans une lignée qui va de Twin Peaks aux Revenants en englobant Lost, sa matrice naturelle.

Un héritage tissé de mystère existentiel et de symbolisme, que la série salue d’abord esthétiquement, en adoptant la texture d’un rêve – ou plutôt d’un cauchemar, où le présent s’éternise dans un chagrin lancinant tandis que le passé revient par flambées (très joli usage elliptique des flashbacks). Mise en scène ouateuse, bande-originale sensuelle, visions bizarres, saillies franchement oniriques… The Leftovers fait, en effet, tout pour brouiller la frontière entre songes et réalité, et la présence de Justin Theroux, qui convoque le souvenir du Mulholland Drive de Lynch, apporte sa pierre à l’édifice. Sur le fond, Damon Lindelof sait qu’il a des comptes à régler avec son public, frustré par les fausses promesses de Lost. Quatre ans après le final polémique de la série culte, il remet en jeu les thèmes de la disparition et de la survie sur un mode énigmatique, mais en veillant à ne pas engager The Leftovers dans l’impasse du rébus aux yeux plus gros que le ventre. Si la disparition collective flatte inévitablement notre goût de la devinette, la série s’intéresse moins au pourquoi qu’à l’après. Comment l’humanité tronquée encaisse-t-elle un choc d’une telle magnitude ? Comment, individuellement et collectivement, donner du sens à l’insensé ? Les agnostiques pâtinent tout autant que les religieux.

The Leftovers met au centre ces interrogations philosophiques, métaphysiques et sociétales, profitant de la liberté du câble pour s’aventurer hors des formules toutes faites, et sur un terrain parfois glissant. Un exemple : lors d’une partie d’action ou vérité, la fille du shérif consent à étrangler un copain de lycée pendant qu’il se masturbe, et ce qui pourrait être un moment chaud est d’une tristesse à pleurer. Via ce genre d’interactions vidées de leur chair, la série fait le portrait d’une communauté frappée de stupeur, où le lien se dissout. Un voisinage cerné par la sauvagerie et divisé par le sectarisme. Un inquiétant gourou prétend soulager les affligés de leur fardeau, un culte étrange regroupe des adeptes tout de blanc vêtus qui ont fait vœu de silence et de fumer cigarette sur cigarette, les chiens domestiques sont rendus à leur animalité primitive… Si l’on ignore encore comment tout cela se tiendra, la série dessine d’ores et déjà le motif d’une post-société endeuillée d’elle-même, d’une civilisation touchant à sa fin.

Parce qu’elle prend pour décor une petite ville fictionnelle de l’Amérique péri-urbaine, The Leftovers rappelle aussi la mélancolie sublime de Friday Night Lights. Comme elle, et comme Lost, cette série de la fin des temps vient grossir les rangs des fictions profondément travaillée par l’effarement de l’après-11 septembre. "Est-ce que je suis réveillé ?", se demandait-t-on devant l’effondrement des Twin Towers, et face à la disparition simultanée de milliers d’êtres humains et du monde tel qu’on l’avait connu. Au-delà de cette lecture traumatique, The Leftovers nous parle aussi de notre rapport au présent, dans une ère de confusion spatio-temporelle où ce qui relève de l’ici et de l’ailleurs, et même du sommeil et de l’éveil, est sujet à caution. Un monde où les rêves aussi peuvent se suivre au prochain épisode.

"The leftovers", de Damon Lindelof, Tom Perrotta, avec Justin Theroux, Amy Brenneman, Christopher Eccleston... Diffusé sur OSC City le lundi à 21h40.

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Caroline Veunac
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