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Série : "Tunnel", on regarde jusqu'au bout ?

Dans "Tunnel", ça capte ou pas ?

Marion et Jan, nos deux spécialistes séries, se clashent souvent autour d’une nouveauté. Aujourd’hui, "Tunnel", le nouveau thriller de Canal+.

Après Borgia, celle qu’on appelait "la chaîne cryptée" poursuit sa conquête de l’étranger. Coproduction avec l’anglaise Sky Atlantic, Tunnel tente le mariage franco-britannique. Dans ce remake de la série dano-suédoise The Bridge (Bron/Broen, dans le texte), deux flics, une Française et un Anglais, sont contraints de faire équipe pour traquer un assassin qui a laissé un corps pile à la frontière entre les deux pays, dans l’Eurotunnel. Alors, polar prenant ou remake inutile ?

Jan aime bien Tunnel, parce que…

- Parce que c'est un remake à la française (et à l'anglaise). Si c'est facile de remarquer que c'est un remake d’une série dano-suédoise, et qu’un premier remake a déjà été fait aux Etats-Unis, avec Diane Kruger cet été, ça reste une nouveauté pour 99% des téléspectateurs. Il n’y a guère que les sériephiles pointus qui sont allé voir Bron/Broen par des moyens illégaux. D'accord, c'est un remake, mais on n'en a pas déjà assez !

- Parce qu’une série qui joue avec les bisbilles franco-britanniques, ça ne peut qu’être drôle. "T’emballe pas, Jeanne, on va pas déclarer la guerre pour ça", s’amuse l’Anglais Karl Roebuck. "Je m’appelle pas Jeanne", lui répond Elise Wassermann, sa collègue française. Mieux, Tunnel évite de sortir les grosses blagues, les histoires de rugby ou de pudding, et s’amuse à prendre à contre pied nos attentes : l’Anglais est bon vivant, la Française coincée. Gosh !

- Parce que le point médian du tunnel sous la manche, on peut dire que c’est original comme scène de crime. Et angoissant. Visuellement, c’est un atout pour la série, qui s’en sert bien, et se développe autour de ce tube obscur, étouffant, terne.

- Parce que Tunnel est une série de crise, une vraie, qui parle et raconte, métaphoriquement, une Europe qui pique du nez, qui perd sa cohésion, ses espoirs, ses rêves. Sans trop en dire, le serial killer de cette histoire prétend être la voix d’un peuple à bout, excédé de voir tant d’inégalités et de violences. Immigration, prostitution, abandon des personnes âgées, enrichissement de quelques uns sur le dos de tous les autres… Tunnel ne parle pas que de vrais crimes, mais aussi de crimes sociaux. Noir c’est noir.

- Parce que c'est un polar qui prend son temps, et ça fait du bien. Tunnel ne nous assomme pas avec des enquêtes menées, pesées, emballées en 45 minutes. C’est une série qui ose les longues plages de silence, les scènes qu’on ne comprend que trois épisodes plus tard, les reculades, les erreurs, les échecs. Ses héros ne sont pas des demi-dieux mais deux flics normaux, plutôt mal dans leurs bottes.

- Parce que Calais et Douvres, c’est assez moche. Si, si, c’est une bonne chose. Tunnel montre la France (et l’Angleterre) du côté pauvre, dans la grisaille de la Manche, loin des terrasses en carton du Mistral ou de Saint-Trop’. Les Anglais font ça depuis longtemps mais, en France, c’est encore une rareté.

- Parce qu’il y a un gars de Game of Thrones dedans. Stephen Dillane, le Stannis Baratheon de la série culte de fantasy, joue Karl Roebuck, le flic anglais. Et il le joue sacrément bien, charmeur, plein d’esprit, bon flic sensible et malin, mais qui a sa part d’ombre. Clémence Poésy s’en sort un peu moins bien du très difficile rôle de Elise, la flic française, personnage mutique, quasi autiste, qu’il est délicat d’incarner sans tomber dans la caricature. Elle évite cela, mais n’est pas aussi juste que son partenaire.

Mais il aime moins…

- Certes, les scénaristes ont inventés quelques nouvelles histoires secondaires, certes tout n’est pas exactement identique avec l’original, mais si vous avez vu Bron/Broen, ce n’est pas indispensable de voir Tunnel. Vous profiterez peu du suspense. Votre chance, c’est que Bron/Broen est meilleure.

- Prendre son temps, c’est bien, mais Tunnel est parfois un poil frustrante à force de zigzaguer, de faire traîner son intrigue, de prolonger les scènes secondaires et de donner trop de place à des seconds rôles aux talents inégaux.

- On a compris que Canal+ aime les polars sombres, mais il va falloir changer de disque : Engrenages, Braquo, Mafiosa, Tunnel… Le polar, c’est bien, mais côté drame, on ne voit quasiment que ça (ces dernier temps, il n’y a eu que le poussif Borgia pour en sortir). La chaîne serait inspirée de regarder ses comédies, qui se diversifient mieux.

Marion n’aime pas Tunnel, parce que…

- Parce qu’il n’y a aucun intérêt de faire un remake de cette série dano-suédoise, absolument parfaite en version originale. Pour une fois, il n’y a pas que la France qui devrait se concentrer sur des scénarios originaux plutôt que de copier sur les voisins, puisque même les américains ont raté leur propre version, avec Diane Kruger (hérésie !) et Demián Bichir.

- Parce que l’usage des deux langues s’avère fatiguant pour un téléspectateur qui en parle une des deux. En visionnant Bron/Broen, les deux langues nous étaient totalement inconnus et se retrouvaient donc au même niveau dans nos petits cerveaux. Ici, voir des comédiens français baragouiner avec un accent déplorable est carrément gênant.

- Toutefois, il y une exception à cette règle : Clémence Poésy. L’actrice réussit l’exploit de jouer mieux en anglais qu’en français, nous faisant profiter d’une prononciation parfaite dans la langue de Shakespeare, mais nous exaspérant avec son jeu cruellement faux dans celle de Molière. De plus, la jolie blonde prenant le rôle du détective Saga Norén, personnage fascinant dans la version originale, qu’elle tente d’imiter en tout point, jusqu’à la caricature. E-ner-vant.

- Parce que les clichés illustrant la guéguerre entre les Français et les Anglais sont ridicules. En balançant des "Tiens, v’la les Rosbifs !" ou "Ta collègue française, elle est simple tout en étant sexy ?" (Bah oui, tiens, nous les Françaises on est sexy avec un coup de crème hydratante et un jogging) sans oublier le magnifique "Aucun savoir-vivre, ces Français". On comprend bien que jouer sur cette rivalité apporte une tension à la série, mais à coups de lieux communs c'est bien dommage.

- Parce qu’à force de vouloir faire vivre des personnages secondaires sans aucun relief, on a surtout l’impression de perdre notre temps avec certaines scènes qui ne font pas avancer l’enquête, et n’ont aucun intérêt visuel ou intellectuel. À quoi bon ?

- Parce que le tueur en série traqué par le binôme Karl Roebuck (l’Anglais) / Elise Wassermann (la Française) s’obstine à parler dans les deux langues dans ses messages laissés à la Police. Du coup, au lieu de nous faire flipper, il nous agace. Sans vouloir nier l’aspect international de la série, il ne faudrait pas non plus que ça devienne ridicule.

- Parce qu’à force de voir des lieux moches, des gens moches et/ou dépressifs, de la pluie et de la grisage, on en aurait presque envie de se plonger dans un épisode des Experts : Miami pour se remonter le moral. Un bon polar, c’est chouette, mais de là à nous donner envie de prendre du Prozac, ce n’est peut-être pas nécessaire.

Mais elle aime bien…

- Stephen Dillane, le comédien british qui incarne le détective anglais Karl Roebuck, qui a su transcender le personnage de Martin Rohde, inspecteur Danois dans la version originale. Drôle, humain, très juste dans son jeu, il remonte le niveau de la série et offre de vrais moments de soulagement. Ouf, on a parfois aussi le droit de sourire dans ce truc.

- La photo et la musique qui sont irréprochables. L’univers sombre est parfaitement mis en place, un peu comme l’équipe des Revenants avait su le faire. Chapeau, bel enrobage.

- Le suspense qui fonctionne très bien. A chaque fin d’épisode on a envie de dans se lancer dans le suivant, le découpage est très réussi. Et c’est un peu à ça qu’on reconnaît une bonne série, non ?

- Parce que ça fait du bien quand une série française ose faire peur à ses téléspectateurs. Arrêtez de vouloir nous préserver, on vous jure qu’on est capable de supporter du bon vieux thriller bien flippant. La preuve !

"Tunnel", le lundi à 20h50 sur Canal+.

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