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Polémique : les séries rendent-elles macho ?

Les séries rendent-elles macho ?

Agacée par les attaques contre son personnage, Anna Gunn, la Skyler White de Breaking Bad, accuse certains téléspectateurs de tourner macho. Et si c’était plus grave encore ?

On était sûres que les séries étaient de moins en moins un truc de mecs. De plus en plus d’héroïnes, de Homeland à Girls en passant par The Good Wife et Damages, nous faisaient penser qu’une nouvelle ère s’ouvrait, une nouvelle étape dans l'âge d’or des séries : celle des personnages féminins complexes, imparfaits, parfois violents, parfois méchants. Bref, loin des images d’Epinal ou des rôles papier peint. On écrivait des articles sur les héroïnes qui nous font rire, on s’extasiait devant la performance de Claire Danes, on criait au génie devant Lena Dunham. Et puis patatra, Anna Gunn est venu tout flinguer.

Ils ne peuvent pas supporter une femme à l’égale de son mari…
Dans une tribune postée sur le site du New York Times il y a deux semaines, l’interprète de Skyler, la femme de Walter White, l’antihéros de Breaking Bad, dénonce la misogynie rampante de certains fans, la violence de leurs attaques contre son personnage et, par ricochets, contre elle. "En tant qu'actrice, je comprends que les spectateurs aient le droit de ressentir les sentiments qu'ils veulent sur les personnages qu'ils regardent. Mais en tant qu'être humain, je m'inquiète que tant de gens réagissent à Skyler avec tant de venin", écrit l’actrice. "Serait-il possible qu'ils ne puissent supporter qu'une femme ne souffre pas en silence, ou qu'elle ne soit pas "aux côtés de son homme" ? Qu'ils la méprisent parce qu'elle n'est pas prête à reculer ou à abandonner ? Ou parce qu'elle est, en fait, l'égale de Walter ?" , ajoute-t-elle."Skyler n'est pas conforme à l'archétype confortable de l'épouse conciliante, elle est devenue une sorte de test de Rorschach au sein de la société".


Les fans de Breaking Bad seraient-ils des machos ? Il faut reconnaître, sans soutenir les attaques décérébrées de certains internautes – "Quelqu’un peut-il me donner l’adresse d'Anna Gunn, que j’aille la tuer ?", aurait posté l’un d’entre eux en ligne – que le personnage de Skyler White n’a pas été conçu pour être le plus sympathique de la série. Elle s’oppose de fait, dès les premiers instants de la série, à son époux, au centre du récit. D’abord inconsciemment, puis par choix, elle lui met des bâtons dans les roues. En tant qu’antagoniste, elle n’est donc pas amenée à être aimée autant que Walt. C’est le paradoxe des séries criminelles, où les héros sont souvent de sales types ! Skyler, qu’on l’aime ou pas, n’a pas autant de sang sur les mains que son mari !

Carmela, Carrie, Hannah, Skyler, même combat ?
Ne reprocherait-on pas, en fait, à Skyler White d’être simplement une femme qui s’oppose à son homme ? C’est ce que dénonce Anna Gunn, en citant au passage une autre épouse victime d’un mari aux pratiques mafieuses, Carmela Soprano, l’épouse de Tony dans Les Soprano. Une femme s’occupe de sa famille, s’inquiète pour ses enfants, se plaint auprès d’un mari absent, étrange, voire violent, lui résiste, et on la traite de tous les noms sur les forums ? Rien n’est aussi simple, mais il est certain qu’on compte peu de personnages de séries, même détestables, qui ont collecté les pages haineuses sur Facebook comme Skyler et Carmela, ou qui sont raillées comme la Carrie de Claire Danes (Homeland), dont on parle autant pour ses grimaces et ses névroses que pour ses enquêtes, ou la Hannah de Lena Dunham (Girls), au centre des discussions surtout pour ses scènes de nu à répétition.

Des accusations de misogynie contre les fans, la toile est rapidement passée aux œuvres elles-mêmes. La critique américaine Maureen Ryan met les pieds dans le plat quand elle écrit que "des décennies de programmes […] ont conduit les spectateurs à attendre des personnages féminins qu'ils se conforment à des rôles stéréotypés, et au second plan par rapport aux hommes : qu'ils soient traités en fonction des leurs rapports aux hommes". L’âge d’or des séries américaines serait-il un âge machiste ? Les grandes séries nous renverraient-elles une image dégradante des femmes ? Après tout, Tony Soprano, les héros de Deadwood, ceux de Mad Men, Breaking Bad ou Boardwalk Empire sont des hommes pas toujours tendres… Les plus sévères crient à un systématisme qui ne laisse le choix qu’entre la maman et la putain pour les personnages féminins. D’autres soulignent qu’Hollywood est dominé par les hommes quoi qu’il en soit, et que les femmes sont encore minoritaires dans les salles d’écriture des séries.

Pas si vite !
L’émotion évidente d’Anna Gunn, face à des critiques qui s’en prennent autant à son personnage qu’à elle-même, est tout à fait compréhensible. Ce que les acteurs et les actrices, personnages publics, doivent endurer, est à n’en pas douter éprouvant, tant la toile dégouline de "haters" en tous genres, qui s’ennuient tellement ferme devant leurs ordinateurs qu’ils polluent internet de leurs commentaires nauséabonds. On peut toutefois difficilement contredire Maureen Ryan quand elle note que "les scénaristes de Breaking Bad n’ont pas particulièrement bien écrit le personnage [de Skyler] pendant au moins les deux premières saisons". Entrainant, donc, peut-être, le désamour des téléspectateurs.

On est aussi assez d’accord avec elle quand elle écrit que le chemin est encore long pour que les personnages féminins soient parfaitement égaux avec ces messieurs. Mais de là à accuser les téléspectateurs de misogynie, c’est peut-être aller un peu loin. Pas plus que les scénaristes en général. Ils sont nombreux à avoir écrit à quel point Walter White, depuis deux saisons, est devenu un type répugnant. Nombreux aussi à vouloir sa mort. Dans Dexter, le serial killer est devenu bien plus antipathique que sa sœur Debra. Mieux, de plus en plus d’œuvres bousculent le schéma de l’homme tout puissant, "sympathiquement" méchant, à l’image de la dernière sensation du moment, House of Cards, où Robin Wright, en femme de l’ombre, n’a rien à envier à son politicien de mari, incarné par Kevin Spacey.

Dans les séries, sur la toile comme ailleurs, la misogynie a encore de "beaux" jours devant elle. Certains fans sont misogynes. Certains scénaristes ne savent pas écrire des personnages féminins subtils. Tout mélanger ou faire des généralités serait aller un peu vite. D’ailleurs, attendons la fin de Breaking Bad avant de tirer des conclusions hâtives. Ils sont nombreux à penser que Skyler sera la dernière debout…

Et vous, vous en pensez quoi ? Les sériephiles sont-ils machos? Les séries elles-mêmes seraient-elles misogynes ?

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