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Le clash série : "Bates Motel", ça fonctionne ?

Bates Motel

Une fois par mois, nos spécialistes Marion et Jan se clashent sur une nouvelle série. Cette semaine, ils s’installent au Bates Motel, inspiré de "Psychose" d’Hitchcock.

Imaginée par Carlton Cuse (Lost), Bates Motel raconte l’adolescence de Norman Bates, le psychopathe de Psychose d’Alfred Hitchcock. Un "prequel", comme on dit, déplacé de nos jours, et centré sur la relation conflictuel entre Norman et sa mère Norma, au moins aussi cinglée que lui, et sur les habitants inquiétants du petit village où ils achètent un motel…

Attention, petits spoilers à suivre page suivante...

Marion aime bien Bates Motel, parce que…
- Dès le premier épisode, une atmosphère sombre et inquiétante s’installe. On découvre Norma et son fils Norman, une maman flippante à force d’être protectrice et son fiston trop intelligent pour être net (Vera Farmiga et Freddie Highmore, autrefois Charlie dans la Chocolaterie de Tim Burton). Pas besoin d’avoir vu Psychose pour savoir que le gentil petit Norman, tout mignon sous sa frange et ses cols bien repassés, va mal tourner. On pénètre immédiatement dans un univers dangereux, quand ces deux-là s’installent dans un motel paumé – je sais pas pourquoi, mais je sens qu’il va se passer quelque chose de moche dans une des douches.
- Tout semble possible, vu qu’on est dans le genre de petite ville américaine qui cachent sous les jolies rues pleines de fleurs des psychopathes au kilo, et dont les séries nous ont répété cent fois de nous méfier, de Twin Peaks à Desperate Housewives.
- La temporalité de la série est aussi bizarre que ses héros. Bates Motel se déroule à notre époque, mais le souvenir des années 60 (Psychose étant sorti en 1960) est partout, notamment dans la garde-robe très sixties de maman et les chemises ringardes de fiston, mais aussi dans le vieux mobilier de l’hôtel familial, où l’on écoute des vinyles. Pourtant, la série est ultra contemporaine, tout le monde y tapote sur son smartphone et écoute Radiohead dans des fêtes où les filles sont en sous-vêtements fluos, façon Spring Breakers. Bizarre. Donc cool.
- En général, j’aime bien qu’on ne me prenne pas pour une… sotte. Bates Motel fait appel à mon intelligence et à mon attention, et ça fait du bien. Carlton Cuse m’a déjà fait passer pas mal de nuits blanches à tenter de comprendre Lost. Non seulement il soigne les petits soucis psychiatriques de la famille Bates (connaissez-vous Œdipe ?), mais il multiplie aussi les mystères dès le premier épisode (meurtres, voisins louches, journal plein de croquis lugubres planqué sous la moquette du motel, jeune fille prisonnière et droguée de force, etc.).
- Enfin, parce qu’on est quand même dans un prequel de classique, il nous prouve qu’il les connaît, ses classiques. Dès le premier plan, il balance un extrait de La Dame de Vendredi de Howard Hawks, avec un dialogue lourd de sens entre Cary Grant et Ralph Bellamy : "Juste ta mère. Oh, tu vas vivre avec ta mère ?"  "Oui, la première année." Et des petits clins d’œil comme ça, il y en a régulièrement, si on ouvre bien les yeux et les oreilles. Plusieurs jours après l’avoir visionné, les dernières images du pilote m’obsèdent. En général, c’est bon signe.

Mais elle aime moins…
- C’est bien gentil de vouloir mettre du suspense toutes les deux scènes, mais il faudrait voir à ne pas trop en faire. On ne vous dira pas pourquoi, mais il y a un maccabé dans une des baignoires du motel. Zut, la police débarque pour une visite de courtoisie. Mince, le shérif a une envie pressante. Flute, il fonce dans la salle de bain où est planqué le corps. Il se soulage. Il ressort. Il n’a pas vu le type en train de mariner sous ses yeux, juste derrière le rideau de la douche…
- Si quelqu’un pouvait aussi dire aux scénaristes que la bande de filles superficielles, poupées en cabriolet qui tournent autour de Norman, n’est pas crédible une seconde. Ces filles-là n’existent pas, qu’on se le dise !

Jan n’aime pas Bates Motel, parce que…
- Juste après les remakes, les spin-offs et les sequels, les prequels, c’est ce qu’il y a de pire. Vous ne comprenez rien à ce que j’écris ? Normal, les scénaristes américains, qui n’ont plus rien de neuf à dire, se sont achetés un pass illimité pour le grand centre de recyclage d’Hollywood. Tu ne sais pas sur quoi écrire ? C’est facile, tu prends un truc qui a marché dans le passé – tiens, au pif, Psychose d’Hitchcock – et tu racontes la jeunesse du héros. Ça s’appelle un "prequel". Si tu es fleur bleue, tu prends Sex & the City et tu fais The Carrie Diaries. Si tu es glauque, tu prends Norman Bates et tu fais Bates Motel.
- Je ne vais pas m’étaler sur ma relation avec ma maman, mais je n’ai pas eu besoin de Psychose pour imaginer que, un poil exagéré, ça pourrait faire un chouette thriller. Pourquoi aller piller le patrimoine cinématographique pour raconter une histoire universelle – dans sa version flippante ?
- Sachant que c’est un type de Lost qui est aux manettes, et que c’est Richard  "Ricardo" Alpert (le type qui ne vieillit pas sur l’île) qui joue le shérif (en fait, l’acteur Nestor Carbonell), je ne serai pas étonné qu’un ours polaire sorte du grenier de chez les Bates, que les filles se transforment en grand-mères, que les murs murmurent et qu’à la fin, Dieu en personne viennent faire le ménage. Pour dire les choses simplement, j’ai adoré Lost, mais je ne sais pas si j’ai envie de me faire avoir comme ça une deuxième fois.
- Marion l’a très bien dit : on n’y croit pas une seconde, à la meute de Barbies qui se jettent sur Norman. Ok, les hommes dangereux font de l’effet, mais un gringalet incapable d’aligner trois phrases sans parler de sa maman et de sortir de la cuisine pendant une soirée, je n’appelle pas ça un mec dangereux. Au mieux, un coincé, au pire un futur psychopathe.
- Dites-moi si je me trompe, mais, en étant un poil logique : ce Norman Bates-là vit de nos jours, aux Etats-Unis. Mieux, il semble connaître ses classiques, puisqu’il regarde un film avec Cary Grant, acteur hitchcockien s’il en est un. Et vous allez me faire croire qu’il n’a jamais entendu parler de Psychose ? Le type porte le même nom qu’un des pires tarés de l’histoire du cinéma, sa mère s’appelle comme la mère de l’autre, ils habitent dans un motel moisi, comme dans le film, et il ne se doute pas que ça va mal tourner ? Allo ? Mais Allo quoi ! Bon, ok, je sors.

Mais il aime quand même…
- Vera Farmiga est parfaitement ambiguë, à la fois complètement flippante, dangereuse, sexy et fragile. Son fiston Freddie Highmore a ce qu’il faut dans les yeux pour passer du mode "bonjour, je suis Norman, je suis coincé, crache dans mon assiette à la cantine s’il te plait" et la seconde d’après "bonjour, je suis Norman, je suis cinglé, crache dans mon assiette à la cantine et je crève tes pneus, je nourris ton chien avec ton poisson rouge avant d’en faire mon quatre-heures, je pousse ta grand-mère dans les marches et je te dis même pas ce que je fais à ta copine."
- Bon, en même temps, c’était tellement bon de se faire avoir dans Lost, je ne suis finalement pas contre que Carlton Cuse se paye ma tête et la fasse tourner encore une fois…

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