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Interview : Lena Dunham, la fille de la situation

Lena Dunham, la fille de la situation

Auteure, productrice, actrice, réalisatrice de "Girls" diffusée sur OCS City Génération HBO… Trois ans qu’on rêvait de rencontrer celle qui motive les nanas. En vrai, Lena Dunham est à l’image de sa série : exigeante, féministe et girly.

Glamour : être auteur de télé, c’est toujours plus difficile pour les femmes ?
Lena Dunham : Oui, je crois. Quand les femmes commencent à travailler dans ce milieu elles savent qu’elles vont devoir relever de sacrés défis. Souvent, ça les pousse à travailler encore plus et à obtenir des résultats incroyables. Mais ça peut aussi être très décourageant d’avoir si peu de modèles auxquels se référer et d’être confrontées à des hommes qui veulent continuer d’embaucher des hommes pour faire le travail que les hommes ont toujours fait. Je constate aussi que les gens ont beaucoup plus de mal à accepter les défauts chez les personnages féminins. Même si j’étais préparée à ça, ayant été élevée par une mère féministe, ça a encore tendance à me mettre en colère. C’est très frustrant de s’entendre dire qu’être féministe, ce n’est pas sexy, que ce n’est pas cool. Girls interroge les stéréotypes de la féminité et continuera à le faire.

Faut-il, selon vous, privilégier les collaboratrices femmes pour rétablir l’équité ?
Ça peut être une bonne idée, oui. Sur Girls, nous avons un penchant pour les filles. Entre deux techniciens à compétence égale, nous aurons tendance à favoriser la femme. Nous adorons avoir des membres féminins dans l’équipe, surtout pour faire des boulots traditionnellement réservés aux hommes. Il faut trouver le juste équilibre entre le respect du talent de chacun et le besoin d’être proactif pour contrecarrer les inégalités de l’industrie. 

En même temps, votre mentor est un homme, le producteur de la série Judd Apatow. À quoi ressemble votre collaboration ?
J’admirais son travail avant de le rencontrer et je n’en reviens toujours pas d’avoir la chance de bosser avec lui. Nous avons de grandes conversations sur ce qu’on veut voir dans la série. Il lit mes scénarii, il visionne le montage, et on en parle... Nous avons écrit cinq épisodes ensemble et ce qui est génial avec lui, c’est qu’il sait très clairement ce qu’il veut tout en étant ouvert à la collaboration. Judd est naturellement drôle mais il est aussi très émotionnel. Il a trouvé une façon unique de mettre de l’humanité dans la comédie. C’est lui qui nous alerte quand on oublie cela.

Comment s’impose-t-on sur un plateau quand on est une fille de 25 ans ?
Pour beaucoup de femmes, c’est très dur de réconcilier le besoin de plaire et la nécessité d’obtenir ce que l’on veut. Les femmes sont élevées pour être douces et polies, et certains pensent que c’est contraire aux soi-disant qualités d’un réalisateur. Il faudrait être dictatorial, écraser les autres. Moi, le conflit ne m’intéresse pas, ça ne me réussit pas créativement. J’essaie toujours d’être calme mais ferme. Ceci dit, le premier jour de tournage, j’avais peur que l’équipe ne prenne pas au sérieux cette petite fille à poil dans une baignoire qui donnait des ordres à tout le monde…

La nudité justement, on vous la reproche régulièrement. Ce serait pareil si vous étiez un mannequin… ou un homme ?
Sûrement pas. Quand j’ai commencé à travailler sur Girls, ça m’a paru naturel que la nudité fasse partie de ma démarche, que je voulais la plus honnête possible. Certains se sont mis à crier au scandale, et là j’ai compris que ça pouvait avoir une portée politique. Du coup, les critiques m’ont incitée à pousser encore plus loin la question de la sexualité dans la série.

Lors d’une récente table ronde à la TV Critics Association, vous avez eu un accrochage avec un journaliste qui questionnait vos apparitions dénudées dans la série. Vous en avez marre de devoir vous justifier ?
Je n’ai aucun problème à en parler, mais c’est un sujet très intime et franchement, le ton de cette personne était extrêmement agressif. Ce n’est pas que je sois fermée au dialogue, mais je refuse de répondre à des questions que je ressens comme misogynes. Je suis fatiguée des gens qui émettent des jugements déguisés en questions.

Vous avez fait la Une du Vogue US, qui n’a pas l’habitude de mettre en avant des femmes "normales". Vous considérez ça comme une victoire?
Pour une fois, je n’ai pas voulu en faire un acte militant. J’ai juste essayé d’en profiter comme une fille qui se dit : "Oh my God, je vais porter de beaux vêtements et rencontrer des gens excitants !" C’est agréable aussi…

C’est difficile de continuer à écrire sur des filles comme tout le monde quand on devient une star ?
Même si j’ai la chance de faire des trucs incroyables, ma vie est restée relativement similaire. J’aimerais vous dire que le fait de ne plus avoir de souci pour payer son loyer vous met à l’abri de tous les soucis. Mais ce n’est pas le cas. Même quand on n’a plus de problème d’argent, chaque jour vient avec son lot de choses humiliantes et embarrassantes qu’il est très facile de transposer dans la vie d’Hannah.

En tant qu’actrice, vous êtes tentée par l’aventure hollywoodienne ?
J’aime tellement mon travail que je veux lui consacrer tout mon temps. J’ai peur qu’en jouant dans le projet d’un autre, il ne me reste plus assez d’énergie pour écrire. Bien sûr, je ne dirais pas non si un réalisateur que j’admire me passait un coup de fil… Une de mes amies est venue à Paris pour tourner dans le film de Mia Hansen-Love et j’avoue que c’est quelque chose qui m’aurait beaucoup plu. Mais Hollywood, pas vraiment. De toute façon, on ne m’a pas encore proposé de rôle dans un film de super-héros ! Les gens ont compris que je faisais mon truc dans mon coin.

Parlons un peu de la saison 3 de Girls : quels en sont les enjeux ?
Nous voulions d’abord installer Hannah dans une vraie relation, voir ce qu’elle et Adam ressentiraient s’ils arrêtaient de se courir après et tombaient amoureux pour de bon. Ensuite, continuer d’explorer sa vie professionnelle et notamment voir comment elle se comporterait dans un bureau, ce qui promettait d’être drôle. Enfin, nous voulions savoir comment Shoshanna s’en sortirait sur le marché de la date. Voilà nos grandes idées de départ. Après, j’ai vu Spring Breakers et j’ai dit que je voulais faire un épisode entièrement en bikini (ndlr : l’épisode 7, Beach House) !

Vous auriez pu écrire une série appelée Boys ?
Les hommes m’intéressent énormément, mais ce que j’ai envie d’aborder, ce sont les problèmes des filles. Ça a toujours été comme ça. A l’école, j’avais des copines qui disaient qu’elles aimeraient être un garçon. Pas moi. J’ai toujours trouvé ça génial d’être une fille.

Une fois encore, vous êtes à tous les postes. Écriture, jeu, réalisation… Qu’est-ce qui vous procure le plus de satisfaction ?
J’ai une chance incroyable de pouvoir faire les trois à la fois. L’écriture, c’est mon premier amour, ce que j’ai toujours voulu faire. Il a fallu du temps pour passer du moment où j’écrivais uniquement quand j’étais exaltée au stade où l’écriture est devenue un travail quotidien. Ça n’a pas été facile, mais j’ai fini par comprendre que l’écriture est un outil, qu’on peut s’asseoir et écrire tous les jours, et pas seulement quand on est désespérée et qu’on a besoin de s’exprimer. Réaliser, c’est beaucoup de problèmes à régler, de solutions à trouver. J’adore ça parce que ça mobilise toutes les parties de mon cerveau et que ça me met vraiment au défi. J’aime aussi jouer, mais j’ai tendance à être impatiente. Quand l’épisode est réalisé par quelqu’un d’autre, je me demande ce que je fais devant la caméra alors qu’il y a tellement de choses que j’ai envie de faire derrière.

Votre côté fille-orchestre vous vaut d’être comparée à Woody Allen. Ça vous flatte ?
Oui, j’ai vu tous ses films et il a énormément compté pour moi, même si j’ai été choquée, en tant qu’avocate du droit des femmes, de voir émerger certains détails de sa vie personnelle… Quand on fait des films bavards qui se passent à New York, on a forcément été influencée par Woody Allen. Mais je pourrais aussi citer Nora Ephron, qui a eu une importance tout aussi capitale pour moi.

Vous disiez avoir toujours rêvé d’écrire. Quel genre d’enfant étiez-vous ?
Ma mère dit que j’étais très étrange. J’avais du mal à me lier aux autres enfants, je n’avais pas beaucoup d’amis, je n’aimais pas sortir ou faire du sport. Je passais le plus clair de mon temps seule avec mon imagination. Je lisais beaucoup. J’aimais lire et parler avec mes parents, écrire et mettre des déguisements bizarres…

Et vieille dame, comment vous voyez-vous ?
J’aimerais ressembler à Agnès Varda. Je l’ai rencontrée l’an dernier lorsqu’elle est venu à Los Angeles pour une rétrospective de son travail au Lacma (Los Angeles County Museum of Art). J’adorais déjà son œuvre, j’avais vu tous ses films. J’admire le fait qu’elle ait réussi à imposer sa vision de femme cinéaste au milieu d’un groupe de réalisateur hommes, puisqu’elle était mariée à Jacques Demy et contemporaine de Truffaut et Godard. J’aime son côté excentrique. Alors quand j’ai su qu’elle venait, j’aurais fait n’importe quoi pour la rencontrer. Un jour où je savais qu’elle passerait la journée à la piscine de son hôtel, j’ai été la voir avec des cadeaux pour elle et je l’ai collée aussi longtemps qu’elle a eu la gentillesse de discuter avec moi. Elle m’a dit qu’elle se réveillait tous les matins à 5 heures pour écrire et qu’elle avait encore des idées pour des films et des installations. C’est merveilleux d’être encore excitée par ce qu’on fait à cet âge-là ! J’ai pris un Instagram de nous deux et c’est drôle parce que dessus nous avons un peu la même coiffure au bol. En rentrant j’ai montré la photo à mon boyfriend et en lui disant : "Voilà à quoi je veux ressembler à 80 ans !"

Et vos personnages de Girls, jusqu’à quel âge comptez-vous les emmener ?
Nous n’avons pas d’idée précise du nombre de saisons, mais j’ai toujours dit que cinq ou six, ce serait idéal. J’ai envie d’emmener les filles à la prochaine étape de leur vie, de les aider à passer la période incertaine de leurs 20 ans. J’aimerais ne pas les laisser avant qu’elles aient atteint un certain degré de maturité. Pas forcément avec des enfants et tout ça… Mais dans un lieu plus sûr et plus sain de leur existence.

Devenir adulte, c’est compliqué ?
C’est la chose la plus dure du monde ! J’ai très envie d’avoir des enfants mais ça me fait peur. Que se passera-t-il si je suis encore une enfant moi-même ? Je suis toujours impressionnée par les gens qui réussissent à devenir adultes sans effort, car moi je trouve ça très difficile.

Girls vous a aidé dans ce processus ? Qu’avez-vous appris personnellement qui pourrait être profitable au personnage d’Hannah ?
Faire cette série m’a effectivement permis d’être adulte, d’avoir une carrière, et aussi d’apprendre le compromis au bon sens du terme. Hannah est souvent bloquée sur une émotion qu’elle n’arrive pas à dépasser. Elle croit que ce qu’elle ressent sur le moment est nécessairement ce qu’elle devrait faire. C’est bien aussi d’être moins volatile émotionnellement, de réaliser qu’on n’est pas obligée de dire à tout le monde tout ce que l’on ressent tout le temps.

De quoi avez-vous encore peur ?
De mourir ! J’y pense beaucoup. J’ai très peur de mourir. Mourir avant l’heure. Pas comme ma grand-tante à près de 100 ans, ça c’est ok. Mais mourir avant d’avoir fait ce que je veux faire.

Et la prochaine chose sur votre liste, c’est quoi ?
Je travaille sur une nouvelle série pour HBO, inspirée de l’histoire de Betty Halbreich, la personal shopper du grand magasin Bergdorf Goodman, qui a aujourd’hui 80 ans. Je l'ai choisie parce que c’est une féministe radicale qui s’est fait un nom dans un milieu très glamour.

Girls, saison 3 sur OCS City Génération HBO à 20h55, 24h après la diffusion américaine.

Retrouvez aussi l'interview de Lena Dunham dans le Glamour n°121 d'avril 2014.
 

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