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"Black Sails" : touché ou coulé ?

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Marion et Jan, nos deux spécialistes séries, se clashent souvent autour d’une nouveauté. Aujourd’hui, "Black Sails", série de pirates inspirée de "L’Île au Trésor". Alors, prometteuse ou grotesque ? Réponse de nos experts.

Les pirates sont tendance outre-Atlantique. NBC lancera prochainement Crossbones, une série sur Barbe Noire, mais la première à passer à l’abordage était ce week-end la chaîne câblée Starz (Spartacus) qui a dévoilé sa nouvelle série Black Sails. Produite par le roi du blockbuster Michael Bay (Transformers), elle raconte les prémices de L’Île au Trésor de Robert Louis Stevenson, et comment les pirates de New Providence, dans les Caraïbes, tentent de résister à l’offensive de grandes nations fatiguées de se faire piller leurs navires.

Jan aime bien Black Sails, parce que…

- Parce qu’à la différence de Spartacus, la précédente série de Starz, on ne nous prend pas pour des bourrins assoiffés de sang, de muscles et de cul. Il y a bien de la baston, des gens dénudés aux corps huilés (hommes et femmes), mais Black Sails est avant tout une histoire politique, stratégique et humaine, avec des vrais personnages et des vrais dialogues dedans.

- Parce que les pirates ont plein de choses intelligentes à nous dire. C’est sans doute une des raisons de leur retour en forme : ce sont des antihéros de la crise, des altermondialistes à leur façon, qui tentent d’affirmer leur liberté et leur vision de la démocratie. Il y a un propos politique, certes fouillis, derrière Black Sails. Il pourrait être ultra libéral – laissez les gens faire leurs affaires, en gros – mais il fait réfléchir, ce qui n’est pas à négliger dans ce genre de série.

- Parce que Black Sails a beau être inspirée d’un roman, elle est "réaliste". Elle s’inscrit dans un contexte historique à peu près précis, et se construit sur des relations humaines crédibles, dans un monde crédible. On est loin des délires de Pirates des Caraïbes, même si on est avec des pirates des Caraïbes. Du cru, du brut, du (un peu) vrai, c’est toujours ça de différent.

- Parce qu’on n’en a pas fini avec la mode des antihéros. Surtout que depuis la fin de Breaking Bad, on cherche d’autres sales types à aimer. Le Capitaine Flint, à la tête d’une bande de pirates méchants et attachants, braille "je suis votre roi" à la manière du "je suis le danger" de Walter White. On est encore loin du compte, mais ça fait du bien de faire le mal avec une poignée de soiffards chevelus.

- Parce que Black Sails donne un beau rôle aux femmes. Elles sont en minorité, mais elles sont fortes et brillantes. Il faut bien ça pour fermer le clapet de brutes coincées des mois sur leurs bateaux, revenus au port on se doute pourquoi… Certes, les deux héroïnes sont une maquerelle et sa prostituée, mais Eleanor et Max sont belles (oubliez le réalisme là-dessus, on les dirait sorties d’un salon de beauté), fortes, déterminées, indépendantes. Les pirates n’ont qu’à bien se tenir.

- Parce qu’ils n’ont pas lésiné sur les figurants. New Providence a bien quelques murs en carton qui ont l’air de murs en carton, mais les décors de Black Sails sont riches, crédibles, et l’Afrique du Sud, où a été tournée la série, passe très bien pour un coin des Caraïbes.

Mais il aime moins…

- Que les scénaristes ont tendance à oublier que ce qui fait le charme des histoires de pirates, ce sont aussi les bateaux. Après une première scène de bataille navale épique, on met pied à terre, et on reste au sec. On imagine que ça coûte plus cher, mais on est impatient de naviguer plus souvent, et de choper le mal de mer sur notre canapé.

- Que la fragile frontière entre hommage et caricature soit régulièrement passée. Ok, l’imaginaire pirate est riche, et depuis qu’on est gamin on s’amuse à dessiner des drapeaux à tête de mort, des types avec des jambes de bois et des crochets, mais certains personnages ici égratignent le petit côté réaliste de Black Sails.

- Que Starz soit toujours aussi subtile quand elle parle de sexe, et impose son quota de scènes dénudées, comme si une série ne pouvait pas être sensuelle ou excitante sans des seins nus et des fesses à l’air.

Marion n’aime pas Black Sails, parce que…

- Parce que la série de Michael Bay accumule les clichés, les lourdeurs et les indélicatesses. En même temps, on ne peut pas dire que le réalisateur de Transformers, Armageddon et No Pain No Gain soit le roi de la subtilité…

- Parce que les personnages féminins sont embarrassants. Entre Eleanor Guthrie, la fille à papa en pleine rébellion pas crédible une seule seconde et Max, la prostituée au grand cœur, toujours belle et bien coiffée alors qu’elle vit dans un bordel, on a largement dépassé le cap de la caricature.

- Parce que, comme d’habitude, les séries produites par des mâles américains sont pleines de scènes érotiques dans lesquelles ce sont surtout les femmes qui se dénudent. C’est d’autant plus dommage que le cast masculin est plutôt réussi… À quand la parité ?

- Parce qu’après la tripotée de (souvent mauvaises) séries sur les vampires (Vampire Diaries, True Blood) puis de personnages de contes de fées (Grimm, Once Upon a Time), nous craignions de devoir supporter la mode des pirates à la télé. Les quatre volets de Pirates des Caraïbes ont largement suffit à nous lasser de ces histoires de bandits moustachus, avinés et crados, et on apprécierait que les séries continuent à nous surprendre plutôt que de reprendre de vieilles recettes éculées.

- Parce que normalement, qui dit histoire de pirates dit scènes d’abordage grandioses, bagarres musclées et tirs de canon ! Mais dans Black Sails, on préfère le blabla à l’action, les négociations sans fin aux prises de pouvoir par la force, et on s’ennuie. Si encore les dialogues étaient joliment écrits, on y prendrait plaisir, mais nous sommes ici en présence d’échanges d’une platitude déconcertante.

- Parce que même si l’on sent que Black Sails tente d’installer des enjeux un peu plus intéressants qu’une simple chasse au trésor (guerres de pouvoir, maintien du commerce), aucune intrigue n’est développée en profondeur. Or c’est parce qu’on aime que les scénaristes ne restent pas en surface que l’on regarde des séries.

- Parce qu’en apprenant que Jonathan E. Steinberg et Robert Levine reprenaient du service après l’annulation de la très chouette Jericho par CBS il y a quelques années, on avait sabré le champagne (tiens, un sabre… voilà un truc qu’on n'a pas beaucoup vu dans Black Sails). Mais vous l’aurez compris, le résultat n’est pas du tout à la hauteur de nos espérances, et la déception est d’autant plus difficile à avaler que Steinberg cite en référence Deadwood, The Wire et Les Soprano. De qui se moque-t-on, non d’une jambe de bois ?

Mais elle aime bien…

- Le générique, presque à la hauteur de celui de Game of Thrones. Bourré de détails visuels et servi par un score entraînant, il ouvre magnifiquement une mauvaise série. Dommage.

- Les personnages en clair obscur. Les méchants ont un cœur, les gentils sont sournois, les femmes à l’apparence fragile sont courageuses, les amis peuvent devenir des ennemis à tout instant. On sent que tout peut vite chavirer dans Black Sails, et ça a l’avantage de maintenir notre attention quelques épisodes de plus.

- Le rythme soutenu. Alors certes, la série ne déborde pas de grandes scènes tonitruantes, mais l’histoire évolue à une vitesse suffisamment soutenue pour que l’on ne baille pas trop souvent.

- Parce que nous aussi, on peut être superficielles, on apprécie beaucoup le choix de Toby Stephens pour incarner le Capitaine Flint. Beau, rouquin, bien bâti, barbu, élégant ET bon comédien, que demande le peuple ?        

Voici la bande-annonce de la première saison :

Black Sails de Michael Bay, le dimanche 2 février à 20h40 sur OCS Max.

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Marion Clerc et Jan Serpin
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