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Pourquoi la chick noir pourrait-elle détrôner la chick lit
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Pourquoi la chick noir pourrait-elle détrôner la chick lit

Depuis quelques années, les librairies proposent de plus en plus de romans destinés aux lectrices, mais sans les couvertures roses et les histoires fleur bleue qui vont avec. Une nouvelle forme littéraire du "girl power" ?

Il y a eu un avant et un après Gone Girl de Gillian Flynn, Les Apparences en V.F., paru en 2012. Récemment adapté par David Fincher, ce thriller psychologique a lancé ce qu’on a surnommé la chick noir. Pourquoi chick ? Parce que ce sont les femmes, cette fois, qui sont au centre des intrigues à suspense habituellement squattées par la gent masculine. Et, qu’après des décennies glorieuses de chick lit où le but ultime était de trouver l’homme de sa vie, un Darcy ou un Mr Big, la question est désormais de savoir comment se débarrasser de cet être finalement si décevant. Ou du moins lui montrer qui porte la culotte… Tous les moyens sont bons : on disparait (Les Apparences) ou on le mange (Assaisonnez à votre goût de Natalie Young). Devenir une meurtrière, comme dans La Femme d’un homme de A.S.A Harrison, est une option tout à fait envisageable. D’où la seconde facette de l’appellation : noir. 

Evidemment, cette littérature bien spécifique ne date pas d’hier. De la même manière qu’on s’accorde à dire que Jane Austen est la pionnière de la chick lit, sans qui Bridget Jones ou Sarah Jessica Parker n’existeraient pas, des écrivaines comme les sœurs Brontë (de Jane Eyre aux Hauts de Hurlevent) ou Daphné du Maurier (Rebecca, premier grand bestseller du genre ?) ont, elles aussi, cultivé le jardin de la chick noir bien avant le XXIe siècle. Ce qui confirme cette définition énoncée par Lucie Whitehouse : "Je définirais la 'chick noir' comme un thriller psychologique explorant les peurs et l’angoisse ressenties par chaque femme. Elle évoque le côté sombre des relations amoureuses, le danger du quotidien, l’idée qu’on ne peut jamais vraiment connaître son mari ou son compagnon… Dans ces livres, le danger dort à vos côtés." En témoigne Avant d’aller dormir de S.J. Watson, paru en 2001, précurseur de la chic noir 2.1 (et aussi adapté au cinéma, décidément). Le roman met en scène une amnésique, Christine, qui doit chaque matin se souvenir pourquoi elle vit avec son mari, Ben… avant de réaliser que son passé recèle bien des sombres secrets. Brrr.

Tous ces romans, dont la qualité littéraire est souvent remise en question (à tort ou à raison) ont donc un point commun, et pas n’importe lequel : le postulat selon lequel le bonheur d’une femme ne dépend pas d’un homme. Au contraire, le couple n’est pas un but en soi, ni un Eldorado. En témoigne l’autre grand succès du chick-noir, La Fille du train de Paula Hawkins (2015), qui décrypte l’héroïne au-delà de sa relation avec l’homme, même s’il semble l’obséder. Tout en jouant sur le genre du suspense... En cela, ce best-seller (adapté au cinéma en 2016) épouse la théorie de Natalie Young, exposée dans un article du Telegraph, selon laquelle la femme, face à un contexte social belliqueux, sait qu’elle n’a pas d’autre choix que de tirer son épingle du jeu en solo : "Nous traversons une crise économique. Les livres reflètent ces temps sombres et désespérés. La dernière chose dont nous avons besoin, c’est l’équivalent littéraire d’un tea-cosy."

A la fois érotique et policier, la série littéraire Maestra de L.S. Hilton va dans ce sens, d’une manière un peu trash. Elle raconte les mésaventures de la très libérée Judith Rashleigh, qui, malgré des études brillantes et un emploi dans les enchères d’art, gagne ce dont elle a besoin en tant qu’hôtesse de charme la nuit… et ne recule devant rien pour l’appât du gain et du plaisir. Dans Les réponses d’Elizabeth Little, l’héroïne, Jane, est tout aussi peu politiquement correcte. Accusée du meurtre de sa mère – dont elle ne souvient pas car elle était ivre morte la nuit du crime, elle essaye de se racheter une virginité… ou pas ! Autre poncif réfuté par la chick noir : la maternité. Alors que la société l’impose comme étape obligatoire dans le cheminement du deuxième sexe, des romans comme Les mères de Samatha Hayes démontrent qu’au contraire, elle ne va pas de soi… Femmes de tête et surtout de tempérament, les personnages du genre ne s’en laissent pas conter.

Attention cependant. Si la femme semble reprendre le pouvoir via la chick noir, l’appellation même de cette tendance littéraire peut aussi lui nuire, ce que déplore l’auteure Luana Lewis sur le site London Writer’s Club : "Pour beaucoup, ce terme est considéré comme offensif et dégradant. Car le mot ‘chick’ implique inévitablement la féminité, un synonyme de ‘ne pas être pris au sérieux’".  D’ailleurs, certains appellent ce genre domestic noir, insinuant par là que les filles ne pourraient pas faire autre chose que de s’intéresser aux fourneaux. Et si une héroïne s’aventure, comme l’imagine Gillian Flynn dans Les Apparences, à faire tourner en bourrique son mari, on peut même reprocher à l’auteur(e) de lui donner une image négative. Comme si le personnage de bad girl, avec ses failles et ses obsessions, n’était pas encore tout à fait assimilé par la pop culture… Y compris dans les polars ! Décidément, être une femme libérée, ce n’est pas si facile.

Par Sophie Rosemont
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