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Notre best of de la rentrée littéraire 2015

Le génie ressuscité 2- Le bon coup de crayon 3- Le tiercé GAGNANT français 4- la fin de l’auto-fiction ? 10

Qu’avons-nous retenu de la rentrée littéraire ? Tour d’horizon.

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1 /10

Le génie ressuscité

Le génie ressuscité

Surprise, l’événement de cette rentrée est l’œuvre d’un écrivain mort depuis sept ans.

L’Infinie Comédie (Infinite Jest, en V.O.) est, depuis sa parution en anglais, en 1996, l’inaccessible étoile des lettres américaines : énorme par son format (près de 1 500 pages) et par son ambition stylistique, narrative et métaphysique, ce roman est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature contemporaine, apogée de l’œuvre d’un génie dont les écrits ont fédéré une vaste clique de fans éblouis. Longtemps réputé intraduisible, L’Infinie Comédie est pour de vrai impossible à résumer. S’y plonger revient à s’immerger dans le cerveau en surrégime de son auteur (photo) : on y suit le quotidien d’une bande de tennismen adolescents dans un centre de formation, les déboires des patients d’un centre de désintoxication, et la trajectoire d’une cassette vidéo aux pouvoirs mystérieux. Il y a quelque chose du défi physique dans cette lecture, d’une ascension exigeante, parfois pénible, mais incroyablement stimulante. Un peu comme se jeter dans l’océan glacé avec la certitude que l’eau est "tellement bonne quand on y est". Bien plus qu’un roman, ce livre tient de l’expérience méditative, du défi intellectuel, et du pur plaisir de lecture aussi, tant il rayonne d’intelligence, de vivacité, et de finesse philosophique. Un trip.

"L’Infinie Comédie", de David Foster Wallace, éd. de L’Olivier, 1 486 p., 27,50 €.

2 /10

2- Le bon coup de crayon

2- Le bon coup de crayon

Les romans graphiques aussi font leur rentrée. Voici ceux qu’il faut (re)garder.

Un beau livre ultime
On (re)découvre Blutch grâce à ce recueil de 300 dessins – dont un tiers d’inédits. Planches, esquisses, dessins de presse ou d’humour, il évoque les femmes, le cinéma, la BD, l’art, la littérature, la glande dessinée, les animaux… De ce voyage dans son esprit drôlissime, érudit et foutraque, on ressort plus intelligent, et convaincu qu’un adjectif désigne son talent : éblouissant.
"Vue sur le lac", de Blutch, Dargaud, 184 p., 34 €.

Un journal intime attrape cœur
Minnie, 15 ans, confie à son journal ses errances sexuelles et stupéfiantes avec son beau-père ou d’autres ados à la dérive dans le San Fransico des 70’s. Ecrit par une jeune protégée de Robert Crumb, ce roman qui mêle texte et BD, n’épargne pas son lecteur. Mais la rage de vivre du personnage, la force de sa quête d’émancipation, sauvent le récit du désespoir, et en font un objet graphique aussi émouvant qu’élégant. Vite, trop vite, de Phoebe Gloeckner,
"La Belle Colère", 336 p., 22 €.

Une BD super-drôle
Lisa Mandel aurait-elle commis l’album le plus drôle de la rentrée ? Oui ! Voici les aventures de Lisa Mandel (tiens donc), une lesbienne qui devient super-héroïne quand elle fait l’amour avec sa partenaire. Sous couvert d’aventures déjantées, Lisa Mandel parle d’actualité, d’amours adulescentes et de camionneuses célèbres avec une liberté, une fantaisie et un esprit aussi finaud que poilant.
"Super Rainbow", de Lisa Mandel, Professeur Cyclope/Casterman, 80 p., 16 €.

Une pure bio
Pour raconter la naissance de sa double culture franco-libanaise, Zeina Abirached croise son histoire avec celle de son grand-père, qui inventa un drôle de piano. On pense à Marjane Satrapi et à David B. en lisant ce pur roman graphique, mais la façon dont Abirached construit l’espace dans ses pages avec un style décoratif, virtuose et malicieux, n’appartient qu’à elle. Un bijou, hommage original aux frasques des langues françaises et arabes. Le "Piano oriental", de Zeina Abirached, Casterman, 224 p., 22 €.

 

3 /10

3- Le tiercé GAGNANT français

3- Le tiercé GAGNANT français

Une flopée de romans lus pour une poignée d’élus. 3, 2 , 1... Lisez !

Un chiffre et des lettres
C’est le titre le plus court de la rentrée littéraire : 7. Claquant, tout net. Mais sept quoi ? On s’interroge : jours de la Genèse ? Notes de la gamme ou péchés capitaux ? Quoi qu’il en soit, Tristan Garcia n’a pas mis sept ans pour livrer son nouvel opus, mais deux seulement. Finalement, sept, ce sont les intrigues que le jeune prodige des lettres hexagonales imagine ici. Entre symbolique christique et délire mystique, il compose sept mondes, sept romans miniatures qui sous une seule et même couverture dialoguent, se répondent et s’imbriquent. Dans l’un, un dealer vieillissant expérimente une nouvelle drogue aux effets de jouvence, dans l’autre un musicien has been découvre l’origine monastique des grands classiques. Plus loin, la plus belle femme du monde comprend que tout se paie, surtout la beauté ; tandis qu’une ancienne militante communiste ose le trip ectoplasmique. Des convictions qui s’étiolent à la vie éternelle, des croyances les plus folles aux amours immortelles, Tristan Garcia enduit ses tableaux réalistes et sociaux d’un vernis fantastique et propose une fiction vertigineuse, une mise en abyme aussi troublante que précieuse.
"7", de Tristan Garcia, Gallimard, 576 p., 15,99 €.

Jeune homme au père
Faut-il accoucher en chaussettes ou en Louboutin ? Peut-on encore faire des enfants quand la Terre est surpeuplée ? Doit-on faire écouter tout Mozart au futur bébé pour qu’il devienne un prodige de la musique ? Des questions les plus existentielles aux plus triviales, neuf mois de grossesse passent sous le regard drôle, ému, agacé et agaçant d’un papa flippé. Depuis que Renaud a chanté la terrible injustice de ne jamais pouvoir être « en cloque », on avait rarement aussi bien raconté la grossesse du point de vue des futurs pères. Julien Blanc-Gras, écrivain voyageur, se livre avec humour et finesse à l’exercice du récit de voyage « in utero », périple en terre inconnue : on y croise des gynécos stars hors de prix, des paquets de Smacks engloutis par dizaines et des séances de gym prénatale bien plus exotiques que toutes les contrées qu’il a pu visiter. Dans son journal de bord, Blanc-Gras décrit l’impatience et l’appréhension, l’impuissance et la frustration, l’admiration et la perplexité devant ce miracle de la vie qui vient chambouler la sienne. Réjouissant.
"In Utero", de J. Blanc-Gras, Le Diable Vauvert, 192 p., 15 €.

Coup de cœur
Sulfureux, émouvant, sensuel, épatant… Le quatrième roman de Monica Sabolo est une réussite totale. Son précédent livre, Tout cela n’a rien à voir avec moi, Prix de Flore 2013, avait démontré une sensibilité affûtée et élégante. Nouvelle étape, Crans-Montana joue dans la cour des grands. Construit comme un patchwork de réminiscences adolescentes de la jeunesse dorée d’une station de ski suisse huppée, le roman se déroule dans le sillage d’un mystérieux trio de beautés éthérées. Les "trois C.", Chris, Charlie, Claudia, étaient dans les années 60 "une entité parfaite, une sorte de constellation", se rappellent les "garçons", une sorte de chœur d’ados richards, qui les guettaient de loin en rêvant d’elles. A la manière de Laura Kasischke, évidente influence de ce roman impressionniste, Monica Sabolo parvient à capturer en mots une époque, une atmosphère, des sensations, les odeurs incandescentes du désir adolescent et surtout un mystère sourd, qui ne peut augurer que d’une destinée tragique pour ces jeunes gens trop gâtés qui rappellent par moments les personnages insouciants du Jardin des Finzi-Contini, le magnifique film de Vittorio De Sica. Les années 80 sont comme une "longue nuit", un "dégel" qui voit apparaître la vérité des êtres sous la couche de neige qui assourdissait le fracas de la jeunesse. Fiez-vous à sa couverture rouge pompier, ce roman est l’un des plus réussis de la rentrée. Une certaine forme de virtuosité.
"Crans-Montana", de Monica Sabolo, JC Lattès, 240 p., 19 €.

4 /10

4- la fin de l’auto-fiction ?

4- la fin de l’auto-fiction ?

L’un tombe amoureux d’une créature de la nuit parisienne et, par crainte que l’amour ne tue son inspiration, décide de marier les deux en un roman. L’autre a fait œuvre de ses traumatismes et de ses névroses, et s’obstine à creuser ses failles psychiques et celles de ceux qui l’entourent. Simon Liberati et Christine Angot, vedettes annoncées de la rentrée littéraire, pratiquent l’autofiction ; pas tant l’art de se raconter (toute littérature répondrait sinon plus ou moins à cette appellation), mais l’art de se regarder écrire sur sa propre vie. Un jeu de mise en abyme dérangeant chez Angot, gênant chez Liberati. Car si la première a la plume féroce et le verbe sec, le second s’égare en complaisance et en épuisants artifices stylistiques. Il a pourtant, a priori, plus à raconter (la vie de sa compagne Eva Ionesco, connue pour avoir été, enfant, le modèle forcé de sa mère photographe), mais ses états d’âme laissent le lecteur sur la touche. Quand la grande Angot, tout agaçante qu’elle puisse être dans sa persistance à explorer tant et plus l’inceste qui est au cœur de son œuvre, trouve dans l’histoire de ses parents, dans son histoire à elle, le cœur humain qui nous y lie, et les change ainsi en littérature. Alors, en a-t-on assez des écrivains nombrilistes ? La réponse n’est pas à chercher dans le nombril, mais dans l’œil qui le regarde : celui d’Angot est sec et bouleversant, celui de Liberati prompt à friser mais au fond bien égoïste.
"Un amour impossible", de Christine Angot, Flammarion, 217 p., 18 €. "Eva", de Simon Liberati, Stock, 278 p., 19,50 €.

5 /10

5- Les bons poche

5- Les bons poche

En septembre, les petits formats aussi font leur grande rentrée.

Au feu
Vitrines brisées, voitures cramées et CRS dépassés, en 2005, nos quartiers s’embrasaient. En 2013, Loïc Merle se réappropriait la colère de cette France périphérique dans un premier roman explosif. On kiffe !
"L’Esprit de l’ivresse", de Loïc Merle, Babel, 416 p., 9,70 €.

6 /10

5- Les bons poche

5- Les bons poche

Aveu
1075 est l’agent d’un régime totalitaire où les livres sont contrôlés et la lecture prohibée. Quand il découvre le plaisir de lire, la révolte s’esquisse. La jeune Coulon ose revisiter Orwell : mortel !
"Le Rire du grand blessé", de Cécile Coulon, Points, 144 p., 5,90 €.

7 /10

5- Les bons poche

5- Les bons poche

Aux cieux
En croquant le destin tragique de Marcel Cerdan et des autres passagers du Constellation qui se crasha le 27 octobre 1949, Bosc signait le premier roman événement de la rentrée 2014. Depuis, ça plane pour lui.
"Constellation", d’Adrien Bosc, Le Livre de Poche, 216 p., 6,30 €.

8 /10

5- Les bons poche

5- Les bons poche

En "je"
Au pathos larmoyant du cocktail violence-alcoolisme-aides-sociales, Kerry Hudson oppose un humour cinglant dans ce premier roman aussi drôle que féroce. Du Dickens dans la langue d’Irvine Welsh : so fresh !
"Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman", de Kerry Hudson, 10-18, 336 p., 8,10 €. L. B.

9 /10

6- la nouvelle garde new-yorkaise

6- la nouvelle garde new-yorkaise

Trentenaires et brillants, ils incarnent la relève de la littérature nord-américaine. Analyse.

Bien fichus, intelligents, très référencés, ces deux romans sont des outils de divertissement parfaitement intégrés à la pop culture contemporaine, dont ils utilisent les codes et les techniques. Remarquée en 2007 pour son premier livre, La Physique des catastrophes, Marisha Pessl explore à fond l’univers du suspense, voire de l’horreur ; Intérieur nuit résonne comme un écho à Stephen King, Kubrick, ou Coppola. A New York, un journaliste d’investigation part sur les traces d’un réalisateur de films d’horreur culte dont la fille vient de mourir dans des circonstances troubles… Difficile à lâcher parce que brillamment construit, le livre pèche par d’inutiles effets de manche stylistiques et surfe sur un imaginaire plutôt éculé. Mais Pessl a de la technique et en use pour captiver son lecteur, qui en sort diverti plus qu’enrichi. Pourquoi pas ?

Plus intéressant, le projet de Nathaniel Rich lorgne, lui, du côté du cinéma catastrophe et met en scène un héros obsédé par le calcul du risque aux
prises avec un New York détruit par une tempête. Plus vif, plus drôle, plus singulier que l’univers de Pessl, le monde qu’imagine Rich regorge d’idées et de petits trucs saillants. Du pain bénit pour scénariste en mal d’inspiration. Est-ce la vocation de la littérature, que d’absorber les codes des séries et du cinéma à gros budget pour devenir un légitime réservoir à pitchs ? A vous d’en juger. A la clef : de la distraction bien ficelée, parfois spectaculaire, qui voudrait illustrer quelques questions existentielles, et y parvient par moments. L’enfant caché de Proust et de J. R. R. Tolkien. 
"Intérieur nuit", de Marisha Pessl, Gallimard, 711 p., 24,90 €. "Paris sur l’avenir", de Nathaniel Rich, éd. du Sous-sol, 346 p., 22,50 €.

10 /10

7- L’american crush

7- L’american crush

Trogne tordue, grandes oreilles et cheveux crépus, le nouveau héros de Paul Beatty est un biquet du ghetto. A Dickens, étonnante banlieue agraire de Los Angeles, le marmot est élevé au milieu des ânes, des gangs et des veaux. A la mort de son père, gourou farfelu du Black Power, il prend le relais et devient "celui qui murmure à l’oreille des négros", cultivateur de "weed" – et d’agrumes aussi. Mais face à l’insidieuse disparition de son quartier des cartes officielles, à l’explosion de la violence et à l’échec du melting-pot culturel, notre "Robert Redford de la cause afro" décide un jour qu’il faut agir. Son programme : le rétablissement de l’esclavage et de la ségrégation raciale à l’échelle locale. Martin Luther King en bouffe sa pierre tombale. Deux ans après l’explosif American Prophet, Paul Beatty continue son plasticage féroce de la bien-pensance yankee. Moi contre les Etats-Unis d’Amérique, bombe satirique à la prose drolatique, exhume les maux de cette Amérique immuablement empêtrée dans ses querelles intercommunautaires et l’impose comme l’auteur le plus effronté, le plus provocant mais surtout le plus lucide et le plus hilarant de sa génération. Quelle démonstration !
"Moi contre les Etats-Unis d’Amérique", de Paul Beatty, Cambourakis, 328 p., 23 €.

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