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La rentrée littéraire en 26 romans

Jayne Mansfield 1967, de Simon Liberati (Grasset) Les vaches de Staline, de Sofi Oksanen (Stock) Rom@, de Stéphane Audeguy (Gallimard) Opium Poppy, de Hubert Haddad (Zulma) 26

La rentrée littéraire, c’est une déferlante de livres que l’on a tous envie de lire. Pour s’y retrouver dans cette avalanche de propositions, Glamour.com a sélectionné 26 romans, parmi lesquels vous trouverez sûrement vos futurs livres de chevet.

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Jayne Mansfield 1967, de Simon Liberati (Grasset)

Jayne Mansfield 1967, de Simon Liberati (Grasset)

Les années bitume

Elle fut l’autre de Marilyn : la blonde oubliée par l’Histoire face à l’icône. Mais elles partagent tout de même une fin tragique et mystérieuse, dans l’Amérique rock des années 60. Simon Liberati raconte ici la mort de Vera Jayne Ottaviano ou Vera Jane Hargitay, alias Jayne Mansfield, dans un accident de voiture à la James Dean. Quatre chihuahuas et cinq enfants, une Buick Electra 225 bleu métallisé, des hippies à n’en plus finir, composent un hommage à la fois chic et désaxé à une pin-up perruquée autant qu’à une époque crépusculaire. "Je crois aux entrées flamboyantes", avait-elle dit : l’écriture de Simon Liberati s’alimente de ces fulgurances.

Paru le 24 août.

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Les vaches de Staline, de Sofi Oksanen (Stock)

Les vaches de Staline, de Sofi Oksanen (Stock)

"Boulimarexique"

On attendait avec impatience le nouvel opus de Sofi Oksanen, à qui l’on devait l’an passé le remarqué Purge. C’est chose faite : Les vaches de Staline initie l’exploration de thèmes qui lui sont chers, parmi lesquels l’histoire de la période soviétique et l’élaboration de figures féminines complexes. On retrouve également avec plaisir cette alternance des générations (ici, une mère et sa fille) et des points de vue qui faisait, entre autres, la richesse de Purge. Son écriture sans compromis est d’une richesse folle : elle s’adapte ici très bien à l’incarnation d’Anna, jeune fille souffrant de troubles alimentaires et qui appelle l’anorexie une "maladie de princesse". Sa force, surtout, est de passer des malaises intimes aux déchirements historiques : "Les centimètres du corps de la femme sont aussi importants que les frontières du pays".

A paraître le 7 septembre.

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Rom@, de Stéphane Audeguy (Gallimard)

Rom@, de Stéphane Audeguy (Gallimard)

Ville ouverte

Stéphane Audeguy aime ce qui déraille, les zones d’ombre, tout ce qui dépasse : il a écrit sur le frère oublié de Jean-Jacques Rousseau dans Fils unique, et récemment sur les monstres, dans un opuscule intitulé Les monstres, si loin si proches. Pour cette rentrée littéraire, il donne la parole à la ville de Rome, et se livre avec talent à une immense personnification de la ville éternelle : on se lasse de tout, semble nous dire Rome, même de l’éternité. "Parfois j’aurais voulu être un homme, mon amour, ou alors une femme, je ne suis pas sectaire" : Rome amoureuse adresse ses paroles à un épistolier mystérieux dont le lecteur prend plaisir à endosser le rôle. Audeguy ré-invente l’histoire de Rome, trouve des recoins propices à la réécriture : Rom@ est, dès son titre, une belle infidèle.

Paru le 25 août.

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Opium Poppy, de Hubert Haddad (Zulma)

Opium Poppy, de Hubert Haddad (Zulma)

L'Evanoui

Hubert Haddad, romancier, dramaturge et essayiste, poursuit son exploration des pouvoirs de l’imaginaire confronté aux duretés du réel. Avec Opium Poppy, il suit le parcours d’Alam, jeune exilé, depuis les contreforts de Goubahar en Afghanistan jusqu’à à Paris. Ces montagnes afghanes dans lesquelles "la vie est une embuscade permanente", Hubert Haddad nous les décrit à travers le point de vue à la fois naïf et désenchanté de ce jeune garçon qui fut baptisé "l’Evanoui" dans son village natal, parce qu’il s’était évanoui pendant sa circoncision, s’attirant les moqueries de la communauté. Depuis, il se débat, de vagabondage en vagabondage, contre l’évanouissement, avec amour, curiosité, intranquillité : ce livre est aussi une célébration de la mémoire qui, nous glisse Haddad avec grâce, "a ses élus et ses ambassadeurs". Edifiant.

Paru le 18 août.

5 /26

Une femme fuyant l’annonce, de David Grossman (Seuil)

Une femme fuyant l’annonce, de David Grossman (Seuil)

Echo de la réalité

David Grossman est un grand, un très grand écrivain israélien, déjà auteur de six romans, dont le remarqué Amour. Dans ce nouveau roman, Ora décide de fuir l’annonce, celle du décès de son fils, Ofer, probablement mort dans une mission pendant son service militaire, dans une ville palestinienne. Elle fuit donc Jérusalem et entreprend avec Avram, son amour de jeunesse et sûrement le père d’Ofer, la randonnée qu’elle avait prévue avec son fils à travers le pays. Ce voyage, l’alternance des époques, des personnages d’une finesse éblouissante, tout concourt à retracer, en même temps que l’histoire d’une femme et d’un amour empêché, l’histoire d’Israël depuis 1967. Surtout, on perçoit dans la beauté de l’écriture "l’écho de la réalité" que signale Grossman à la toute fin avec une grande sobriété, puisque son propre fils est mort en 2006 au Sud-Liban. Le roman, pourtant déjà presque achevé lors cette annonce, prend l’ampleur d’un hommage sublime.

Paru le 18 août.

6 /26

Limonov, d’Emmanuel Carrère (P.O.L)

Limonov, d’Emmanuel Carrère (P.O.L)

Une figure

On connaissait l’intérêt d’Emmanuel Carrère pour l’histoire de la Russie. Il avait publié en 2007 Un roman russe, traversé par la figure de son grand-père russe et, déjà, par la Russie contemporaine. Avec ce Limonov, l’auteur entreprend de retracer la complexité de la situation politique de ce pays, à travers la personnalité troublante d’Edouard Limonov, opposant au gouvernement en place et fondateur, avec d’autres, de Drougaïa Rossia, "l’autre Russie", une coalition politique d’opposition, très difficile à cerner. De Limonov, voici ce que confie l’auteur : "Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud ; je suspends sur ce point mon jugement". Pétri d’histoire, mais aussi d’une actualité très forte (on rencontre notamment la figure d’Anna Politovskaïa, journaliste assassinée en 2006, et opposante déclarée à la politique de Vladimir Poutine), ce roman a quelque chose à raconter des sociétés post-communistes et, plus globalement, de notre propre histoire. Une biographie romancée passionnante.

A paraître en septembre.

7 /26

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, de Thomas Vinau (Alma)

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, de Thomas Vinau (Alma)

Carnet de voyage

"L’idée de partir était comme un petit feu de bois placé au centre de son cerveau" : voilà comment commence le premier roman de Thomas Vinau. Ecrit au fil de la plume, ce livre avance à l’aveuglette : son narrateur s’essaye au rythme aléatoire du voyage et aux rencontres fortuites, lui qui a décidé de laisser femme et futur-enfant pour parcourir encore une fois des ailleurs adolescents. Le roman est conçu en deux parties ("le dehors du dedans" et "le dedans du dehors"), comme deux pôles d’un voyage intérieur qui ramènent peu à peu le narrateur, Walther, à une forme d’"essentiel". Exploration des petits sursauts intimes, le tout confirme l’identité de l’auteur en tant que "militant du minuscule", comme il le dit sur son blog.

Paru le 18 août.

8 /26

Room, d’Emma Donoghue (Stock)

Room, d’Emma Donoghue (Stock)

Huis-clos

Jack fête ses cinq ans dans la chambre qu’il habite avec sa mère depuis sa naissance et dont il ne sort jamais. Il y a Madame Porte, Monsieur Tapis, Madame Table et Monsieur Lit, tous les éléments du quotidien enfin, qui deviennent des compagnons d’isolement. Il y a aussi Grand méchant Nick, celui qui apporte les cadeaux du dimanche et qui tient mère et enfant enfermés ; et Dent Malade, qui fait souffrir Ma. Le point de vue de l’enfant tient tout le roman et lui confère une grande force affective autant qu’une dureté troublante. Room est le septième roman de l’auteure finlandaise, mais seulement le deuxième traduit en français. Il s’inspire d’un fait divers, mais dépasse largement la logique de compte-rendu, grâce à une écriture incarnée et une belle confiance laissée à ce petit garçon, dont le point de vue, à la fois naïf et lucide, donne au roman une douceur tragique.

Paru le 24 août.

9 /26

Passer la nuit, de Marina de Van (Allia)

Passer la nuit, de Marina de Van (Allia)

Compagnons imaginaires

Dans Ne te retourne pas (2009) comme dans Dans ma peau (2002), Marina de Van montrait à l’écran des psychés troubles et des états extrêmes. Cette fois, c’est par l’écriture qu’elle circule dans les états dépressifs, sans pour autant se laisser aller à un épanchement malhabile. Si Passer la nuit est un bon livre, c’est du fait de l’écriture ciselée de l’auteur. Le roman, entièrement à la première personne, déploie un flux de conscience et des projections imaginaires. La narratrice s’invente des compagnons de solitude et des amours imaginaires. A mi-chemin entre le journal de faits quotidiens et l’évasion imaginaire, Marina de Van compose une errance mélancolique, tissée de questionnements rituels : "Dois-je sortir de la solitude ? Et comment le puis-je ?".

Paru le 18 août.

10 /26

Le rabaissement, de Philip Roth (Gallimard)

Le rabaissement, de Philip Roth (Gallimard)

Les anti-héros

Ce roman d’un des plus grands écrivains américains contemporains a été écrit en 2009 : on en attendait donc avec impatience la traduction française. Roth n’y délaisse pas les thèmes qui lui sont chers : la vieillesse, le sexe, la déchéance, les fissures de la société américaine. Il dépeint le parcours douloureux d’un comédien confronté à la perte (de talent, de confiance, d’envie). Ce roman s’inscrit dans la continuité d’Indignation, paru l’an dernier : on retrouve l’ironie grinçante, et la capacité d’écrire sur la déchéance avec une grande sobriété. Le rabaissement, c’est aussi une prose percutante sur un tragique moderne, sur un fatum contemporain, dé-divinisé, au cœur même de l’individu.

A paraître le 29 septembre.

11 /26

Les vieux fous, de Mathieu Belezi (Flammarion)

Les vieux fous, de Mathieu Belezi (Flammarion)

Les écrivains de la rentrée littéraire, pour beaucoup, réfléchissent à la guerre et à sa mémoire. Mathieu Belezi se penche pour sa part sur une mémoire sombre, entachée de compromissions, et lourdement menacée par l’oubli. Albert Vandel, dit Bobby caïd, Bobby baroud, Bobby la baraka, "cent quarante-cinq ans et toutes [ses] dents", n’a de cesse de crier, depuis le bordj qu’il refuse de quitter, et qu’il fait protéger par quinze légionnaires : "Défendons l’ordre colonial !". A travers ce centenaire outrageusement révoltant, "vieux fou" qui agonise de nostalgie pour une période sombre, Mathieu Belezi dresse un portrait de la colonisation française en Algérie dans ses excès les plus obscènes, grâce à une écriture travaillée comme un souffle. Un roman nécessaire.

Paru le 24 août.

12 /26

L’accordeur de silences, de Mia Couto (Métailié)

L’accordeur de silences, de Mia Couto (Métailié)

Jésusalem

Mia Couto est probablement l’un des écrivains africains contemporains les plus importants. Originaire du Mozambique, il déploie une écriture très poétique, et crée un imaginaire très riche. L’accordeur de silences, c’est Mwanito, petit garçon pour se taire, et dont la vie réglée, dans une réserve de chasse au cœur du Mozambique, sera ébranlée par l’arrivée d’une femme. Silvestre, le père, avait construit pour son fils une petite fable apocalyptique, lui faisant croire qu’ils étaient les seuls survivants de la terre. Mais cet horizon s’ouvre avec cette femme, qui vient témoigner de l’existence bien réelle d’un "Autre côté", dans lequel Silvestre a vécu. Avec une écriture pleine de grâce et d’inventivité, Mia Couto utilise l’affabulation pour parler, avec force, du Mozambique actuel.

Paru le 25 août.

13 /26

L’année de l’hippocampe, de Jérôme Laforgue (Quidam)

L’année de l’hippocampe, de Jérôme Laforgue (Quidam)

Ephéméride

Conçu comme un journal de bord, égrenant jour par jour une chanson qui correspond à un état, la date, et quelques mots de récit de soi, le nouveau roman de Jérôme Laforgue décrit bien la vie intérieure d’un trentenaire lambda. Avec une grande simplicité, mais aussi une belle musicalité, l’auteur en 2007 de L’Ami Butler propose dans ce nouvel opus l’exploration de thèmes nouveaux : le passage d’une jeunesse aventurière à une maturité plus sédentaire, notamment, à travers ce personnage de jeune homme qui s’installe dans une petite station balnéaire, et y fait toutes sortes de rencontres insolites. Le roman parle à la fois d’amour et de traumatisme, d’affects dépressifs et d’enthousiasmes débordants : un éphéméride en tension, en somme.

Paru le 25 août.

14 /26

So long, Luise, de Céline Minard (Denoël)

So long, Luise, de Céline Minard (Denoël)

Je me souviens

Le dernier monde, en 2007, proposait une fable apocalyptique sur la disparition de l’espèce humaine ; avec So long, Luise, Céline Minard se place à un niveau plus intime, autour d’un personnage de femme écrivain qui écrit et réécrit son testament. Elle choisit de léguer ses biens à sa compagne de cinquante années, Luise, et le roman retrace donc aussi l’histoire de cette relation, telle qu’elle s’en souvient, et telle qu’elle prend plaisir à la réinventer. Le roman ne s’arrête donc pas à une logique testamentaire : c’est une œuvre sur la mémoire et sur l’écriture, dans un univers proustien. C’est également une rêverie sur la langue, celle que choisit l’écrivain, maternelle ou étrangère, langue qui devient le lieu précieux de l’affabulation.

Paru le 18 août.

15 /26

Joueur_1, de Douglas Coupland (Au Diable Vauvert)

Joueur_1, de Douglas Coupland (Au Diable Vauvert)

"La Nouvelle normalité"

Ce roman-essai fait défiler les heures et les points de vue. Karen est venue rencontrer un amant contacté sur internet ; Rick tient un bar glauque qui sera le théâtre de ce huis-clos apocalyptique ; Luke est un pasteur parti en cavale avec l’argent de la paroisse ; Rachel est une femme magnifique qui souffre d’une pathologie autistique l’empêchant de ressentir toute émotion humaine. Et puis il y a Joueur-1, avatar pixellisé de Rachel, voix-off mystérieuse qui prédit le futur par de régulières "mises à jour de l’histoire" et prononce des sentences sur les comportements humains. Le roman alterne grandes parties dialoguées et monologues intérieurs, ce qui lui confère un rythme particulier qui emporte le lecteur. Dans une société post-11 septembre, l’auteur de Génération X élabore une fiction à la fois futuriste et contemporaine, qui réfléchit à ce qu’il y a d’humain en l’homme dans l’ère "la personnalité est une machine à sous". Visionnaire.

Paru le 8 septembre.

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Freedom, de Jonathan Franzen (L’Olivier)

Freedom, de Jonathan Franzen (L’Olivier)

Pollen socioculturel

Le nouveau roman de Jonathan Franzen est sûrement l’un des plus attendus de cette rentrée littéraire. Il a connu un succès énorme aux Etats-Unis, qu’il décrit pourtant férocement. Patty, la femme tiraillée, Walter, le mari solide, et Richard Katz, le bad boy attirant et meilleur ami du mari, forment un trio grâce auquel l’auteur chorégraphie le ballet culturel, politique et social, de la société américaine contemporaine. De 1970 à 2010, ce récit est aussi le portrait d’une génération qui va de la guerre du Vietnam à celle en Irak. Franzen est de ces auteurs qui parlent de ce qui est le plus familier, tout en le faisant redécouvrir.

Paru le 18 août 2011.

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Rouler, de Christian Oster (Olivier)

Rouler, de Christian Oster (Olivier)

Toutes voiles dehors

"A ce moment-là, je n’envisageais ma mobilité qu’à travers des images de route, je ne pensais même pas à marcher […]" : dans ce road novel des temps contemporains, Christian Oster explore ce qui pousse un individu à partir. L’enchaînement aléatoire des événements, la sensibilité du narrateur aux petites choses, le caractère énigmatique du roman dans son ensemble, tout donne à cet ouvrage une couleur mystérieuse, à mi-chemin de l’épure du Nouveau Roman et de la liberté rock d’un Jack Kerouac. L’écriture est ciselée, et la lecture produit une langueur réjouissante.

Paru le 18 août.

18 /26

Scintillation, de John Burnside (Métailié)

Scintillation, de John Burnside (Métailié)

Immuable mystère

Godard avait son Alphaville, cité déshumanisée, John Burnside a désormais son Intraville, enfer moderne, dominé par la silhouette décharnée d’une usine chimique abandonnée. Sise au milieu de bois empoisonnées, la ville héberge enfants sauvages et adultes égarés dans des immeubles hantés. L’usine, fantomatique elle aussi, organise chaque année une curieuse danse : des écoliers disparaissent régulièrement à ses abords. Pour la police, ce sont des fugueurs ; pour Leonard, jeune garçon désireux d’ailleurs, ces disparitions paradoxalement sont une possibilité d’apaisement. L’auteur de L’empreinte du diable et Un mensonge sur mon père livre ici un conte dérangeant et polyphonique, tenant à la fois du thriller et du roman d’anticipation, porté par une écriture empreinte autant de cruauté que d’onirisme. Hypnotique.

Paru le 25 août.

19 /26

Perv, une histoire d’amour, de Jerry Stahl (13e note)

Perv, une histoire d’amour, de Jerry Stahl (13e note)

Adolescence américaine

Avec le dernier ouvrage de Jerry Stahl (également scénariste de la série Twin Peaks), l’éditeur 13e note poursuit  l’exploration de l’envers du décor d’une Amérique idéalisée. Retraçant le parcours de l’adolescent Boby Stark en 1970, Jerry Stahl offre un témoignage incarné de cette Amérique complexe et multiple au tournant des sixties et des seventies. Usant d’une écriture sobre, parfois crue, et d’un humour noir à la limite du cynisme, l’auteur nous emporte dans une épopée adolescente moderne faite de violence, de sexe, d’alcool, de drogues et de hippies. On rit (beaucoup !) jaune des situations et répliques de cet adolescent désabusé face à des personnages plus truculents les uns que les autres (une mère alcoolique et dépressive, un coiffeur tatoueur manchot), et qui se débat dans un univers aussi sinistre.

Paru le 24 août.

20 /26

Les Instructions, de Adam Levin (Inculte)

Les Instructions, de Adam Levin (Inculte)

Dommage, proprement dit

Le nouveau roman d’Adam Levin est une épopée : ses 1000 pages comptant quatre journées de Gurion, jeune garçon de dix ans turbulent. Gurion est l’élève surdoué d’une école spécialisée à Chicago, baptisée "La Cage", ça ne s’invente pas. Gurion souffre d’un complexe messianique et ses camarades de classe sont autant de soldats d’une armée de fidèles, qui lui écrivent des mails à son adresse (gurionforever@yahoo.com.) Il lit les textes sacrés du judaïsme et les romans de Philip Roth, et rédige son propre texte sacré, "Les Instructions". Beaucoup d’événements vont venir habiter ces quatre journées, dans un récit d’une densité incroyable, habité par le souvenir de Joyce et, plus récemment, par l’influence de David Foster Wallace. Levin décrypte, chez un enfant de dix ans, et avec une drôlerie parfois grinçante, l’emprise du système religieux. Par-delà l’imprégnation religieuse du texte, les aventures de ce petit prophète, exhibent surtout l’écriture ample et l’imagination chatoyante de son auteur.

Paru le 25 août.

21 /26

Les Instructions, de Adam Levin (Inculte)

Les Instructions, de Adam Levin (Inculte)

"Il était donc toute l’Amérique"

Il est des moments historiques difficiles à reconnaître comme tels. Lorsque Jimi Hendrix monte sur scène ce matin du 18 août 1969 devant le public de Woodstock, il donne une interprétation de l’hymne américain, The Star Spangled Banner, qui prendra la dimension d’un événement. Avec une rage mêlée de déception et de lassitude, la guitare de Hendrix cria la révolte d’une époque marquée par les luttes des minorités américaines et la guerre du Vietnam. Mais, comme un symbole annonciateur de la fin d’une ère bénie, Hendrix mourut le 18 septembre 1970, à seulement 27 ans, d’un excès de barbituriques. Dans une prose vibrante cherchant à rendre compte des élans rebelles de la musique de Hendrix, Lydie Salvayre retrace librement la vie de celui qui, tout en étant l’un des plus grands guitaristes de tous les temps, ne savait pas lire la musique et "mourut du mal de son époque".

Paru le 18 août 2011.

22 /26

Op Oloop, de Juan Filloy (Monsieur Toussaint Louverture)

Op Oloop, de Juan Filloy (Monsieur Toussaint Louverture)

Inédit

Optimus Oloop est un psychorigide : il vit dans le Buenos Aires des années 1930, sa maison est un "agenda vivant", il collectionne les données chiffrées de toutes sortes et tient un journal de bord presque heure par heure. C’est ce que l’on peut lire avec un plaisir loufoque, dans ce roman de Juan Filloy qui retrace une journée de la vie de ce personnage à la fois tout à fait insupportable et étrangement attachant. Il y a du Borgès dans ce labyrinthe déjanté, traduit pour la première fois en français. L’œuvre de Juan Filloy, dont tous les titres comportent sept lettres, est encore totalement inédite en France : cet Op Oloop qui date de 1934 aura réussi le pari de nous aperire l’appétit, pour parler comme son héros.

A paraître le 15 octobre.

23 /26

Frank Stangl et moi, de Dominique Sigaud (Stock)

Frank Stangl et moi, de Dominique Sigaud (Stock)

Tête à tête

"Seuls Franz Stangl, les neuf cent mille, le narrateur et le violon seraient présents de la première à la dernière page, l’instrument étant seul capable parfois d’exprimer ce dont le langage écrit ne serait pas en mesure de témoigner". Tout le nouvel ouvrage de Dominique Sigaud commence au conditionnel, comme s’il initiait un jeu d’enfant. Dans ce roman, qui tient à la fois du roman historique (sur la deuxième guerre mondiale) et du récit de soi (Franz Stangl et moi), l’auteur réfléchit à ce que l’histoire collective imprime chez un individu particulier : "C’était devenu une histoire entre Franz Stangl et moi", nous confie ainsi Dominique Sigaud. Chez lui, l’écriture de l’histoire est également écriture de soi et, dans ce roman, elle est extrêmement juste.

Paru le 17 août.

24 /26

Le ravissement de Britney Spears, de Jean Rolin (P.O.L)

Le ravissement de Britney Spears, de Jean Rolin (P.O.L)

Toxic

On ne peut s’empêcher de penser à Marguerite Duras. Le titre du nouveau roman de Jean Rolin fait directement référence à l'auteur, à son Ravissement de Lol V. Stein, titre dont la critique a cherché, à maintes reprises, à élucider le sens. Chez Jean Rolin, se reposent un peu les mêmes questions, revisitées à la sauce hollywoodienne : un agent français largement foutraque est chargé par ses supérieurs d’enquêter sur le projet d’enlèvement de Britney Spears par un groupuscule islamiste. Cet agent fait, rétrospectivement, le récit de sa mission (que ses supérieurs avaient appelée "Poisson d’avril"…) depuis son nouvel exil : une zone déserte, à la frontière du Tadjikistan et de l’Afghanistan. Ce narrateur désabusé imprime au roman la tonalité loufoque que Jean Rolin affectionne. Il y a des paparazzis postés à West Hollywood, il y a aussi Lindsay Lohan, il y a enfin Los Angeles, que le narrateur nous fait arpenter sans cesse. Réflexion sur les icônes contemporaines, blondes peroxydées à l’image tabloïdée, digression géographique passionnante et incarnée dans la ville des anges, Le ravissement de Britney Spears est une rêverie subtile sur nos ravissements modernes.

Paru en août.

25 /26

J’apprends l’hébreu, de Denis Lachaud (Actes Sud)

J’apprends l’hébreu, de Denis Lachaud (Actes Sud)

Un dictaphone et des tongs

"Je veux savoir je mets les pieds" : c’est ainsi que pourrait se résumer le parcours intérieur de Frédéric, jeune garçon emmené de pays en pays au gré des mutations professionnelles de son père. Mais il est un lieu qui constituera pour l’adolescent mutique une petite révolution intime : Tel-Aviv, qu’il parcourt à pied, chaussé de tongs représentant la carte de la ville et surtout la langue du pays tout entier, qu’il enregistre régulièrement dans un dictaphone. L’hébreu devient pour lui un moyen de reconstruction identitaire, la langue de la rébellion face aux contraintes parentales : "Je déteste quand elle parle hébreu", dit-il de sa mère. "C’est la langue que j’ai choisie au détriment de la langue maternelle. C’est la langue de mon territoire". Avec ce roman, et après J’apprends l’Allemand, Denis Lachaud poursuit sa réflexion sur le langage, et sur son rapport à l’identité. A travers le personnage angoissé de Frédéric, qui trouve en Theodor Herzl un ami imaginaire qu’il tient par la main, c’est aussi l’histoire tourmentée d’Israël que Denis Lachaud décrit. Une définition poétique de la notion de territoire.

Paru le 17 août.

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Un ange noir, de François Beaune (Verticales)

Un ange noir, de François Beaune (Verticales)

Polar louche

"Pour résumer, on ne me trouve pas sympathique" : voilà ce qu’affirme l’anti-héros du nouveau et deuxième roman de François Beaune. Un ange noir, c’est à la fois un polar, un roman métaphysique, et une exploration de l’intimité d’un personnage dérangeant. Picorant ça et des caractéristiques de genre, empruntant surtout au roman noir, François Beaune semble préférer travailler la musicalité de la langue que le respect aveugle de codes de genre. Mais cet Ange noir est bien un polar, un de ceux qui précisément, renouvellent le genre. Son premier roman, Un homme louche, avait scellé la naissance à l’écriture d’un véritable auteur ; Un Ange noir confirme l’essai

Paru le 25 août.

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