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Les romancières qui font la rentrée littéraire

Justine Lévy, la torturée Rachel Kushner, la rebelle Juliette Kahane, la fille de son père Virginie Despentes, la rockeuse 4

A peine digérée la rentrée de septembre, voici celle de janvier qui réalimente les rayonnages en nouveautés romanesques cinq étoiles.

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Justine Lévy, la torturée

Justine Lévy, la torturée

Quand cette jeune fille aux boucles "botticelliennes", au nom très connu, et dont le regard un peu trouble dissimulait mal des océans de tourments, sortit son deuxième roman, Rien de grave, en 2004, l’heure était à l’autofiction. 2015, les éditeurs français ont délaissé cette appellation : les écrivains s’attaquent en ce moment à l’Histoire, aux grands sujets de société ; la crise a pris le pas sur les crises (de couple, existentielles, de la quarantaine…) A contre-courant, dans La Gaieté, la catharsis et le nombrilisme artistique ne sont pas ici des portes d’entrée vers le "plus grand" (cf. Emmanuel Carrère et son Royaume), mais entendent suffire. Nous retrouvons donc Louise, héroïne alter ego, peu ou prou où nous l’avions laissée à la fin de Mauvaise Fille, en 2009 : jeune maman, orpheline de mère, anxieuse, éprise. Ses compagnons de vie : Pablo l’amoureux, les Nicorette, le Xanax, sa mélancolie… Inapte à la vie domestique, Louise pardonne tout à son père, attentif de loin, et s’en prend beaucoup à elle-même, rumine, remâche, jusqu’à ce que l’on finisse par comprendre : La Gaieté n’est pas le roman de Louise en mère, mais celui - encore - de la mère de Louise, extravagant et tragique personnage qui hante l’œuvre de Justine. C’est là, quand les larmes montent et que les masques tombent, que l’on se souvient combien Justine Lévy nous avait manqué. 

C. G. "La Gaieté", de Justine Lévy, Stock, 211 p., 18 €. Sorti le 2 janvier.

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Rachel Kushner, la rebelle

Rachel Kushner, la rebelle

Intelligent, ambitieux, documenté… Les Lance-flammes est un excellent roman, et le bouche à oreille américain, gourmand de sensations littéraires, ne s’y est pas trompé. Paru en 2013 aux Etats-Unis, le livre nous parvient bardé de recommandations illustres (Jonathan Franzen, Colum McCann), d’une nomination au National Book Award, d’une rumeur d’adaptation cinématographique par Jane Campion… C’est pourtant un roman discret, qui aux effets de manches préfère les ambiances. Les plus belles scènes sont d’ailleurs ces moments où le temps s’étire et où la plume traîne à décrire un dîner mondain, élargissant le cadre pour finalement mieux faire le point sur son personnage principal, définitivement isolée même si toujours bien entourée. De cette héroïne, on ne connaît pas le prénom. Juste sa ville d’origine, Reno, devenu son surnom par une perverse métonymie qui la place forcément du côté de l’outsider, de l’arrivante, alors qu’à New York, où elle débarque en 1976, tout le jeu consiste à faire oublier qu’on vient d’un ailleurs forcément moins rutilant. A Manhattan, elle tombe amoureuse d’un riche héritier italien. Conte de fées ou miroir aux alouettes ? Entre les rêves individuels et les utopies collectives, entre l’Amérique post-hippie et l’Italie des Brigades rouges, Rachel Kushner nous fait naviguer doucement et distille la désillusion si discrètement qu’on ne la sent presque pas passer. Un roman funambule et lyrique. Simplement épatant.

C. G. "Les Lance-flammes", de Rachel Kushner, Stock, 539 p., 23 €. Sortie le 14 janvier.

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Juliette Kahane, la fille de son père

Juliette Kahane, la fille de son père

Maurice Girodias, ça vous dit quelque chose ? Premier éditeur de Lolita, en 1955 (le manuscrit sulfureux avait été refusé par une pléiade de pairs frileux), fils de l’éditeur d’Henry Miller, il est aussi le père de Juliette Kahane, qui se penche aujourd’hui sur ce personnage troublant, distant, fascinant, géniteur loser et flamboyant. De son enfance, la jeune Juliette (hommage à Sade ou à Shakespeare ? Elle se le demande encore) se rappelle sa mère Laurette, beauté triste et fanée, et ce père romanesque et voyou qui venait la chercher en Cinquecento… Les réminiscences sont floues ; Kahane raconte d’ailleurs son enfance à la troisième personne, jusqu’à ce que mai 68 la sorte de sa torpeur, et qu’elle puisse se réapproprier le "je". Alors, sa propre vie démarre, et la distance sentimentale et géographique avec ce père parti vivre à New York, ouvre la porte à l’introspection généalogique. Dans les années 70, Girodias publie Valerie Solanas (celle qui tira sur Andy Warhol) ; ultime coup d’éclat avant de s’embourber dans les soucis d’argent et les amitiés amères. Lucide et précis, Une fille est une passionnante exploration des racines, qui fait revivre l’atmosphère gaie et délétère des 60’s, mais déterre aussi les sombres secrets collabos du Paris des années 40. Passionnant.

C. G. "Une fille", de Juliette Kahane, éd. de l’Olivier, 173 p., 16,50 €. Sorti le 8 janvier.

 

 

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Virginie Despentes, la rockeuse

Virginie Despentes, la rockeuse

Romancière cash et papesse punk, Virginie Despentes n’a jamais cessé de puiser dans une féminité révoltée pour esquisser ses héroïnes froissées. Bourlingueuses sanguinaires, nymphettes nymphos, chiennes savantes et loseuses psycho : en vingt ans de carrière et sept romans, l’auteur les a toutes sublimées du bout de sa plume vitriolée. Quatre ans après Apocalypse bébé et son beau prix Renaudot, elle injecte aujourd’hui une dose de testostérone à sa prose et revient avec un nouveau roman plein de mâles, de rage, de rock et d’illusions brisées. Fini donc les muses désabusées ; ici, les personnages s’appellent Vernon, Laurent, Patrice ou Xavier. Des mecs, des vrais, rescapés d’une époque où les CD se vendaient et où le rock pulsait. Ces quinquas plus ou moins paumés ont tous fréquenté Alex Bleach avant le succès, le fric et les excès. A la faveur des souvenirs des uns et du bilan des autres, Despentes dresse le portrait de cet ange cramé, aussi dark que Darc, icône christique d’une génération qui s’est laissée bercer d’utopies opiacées et de rêves électrisés. Triste, trash mais lucide, Virginie Despentes dresse un tombeau sublime aux eighties et signe ici le premier volet de l’oraison funèbre de la dernière époque bénie du rock. A suivre…

L. B. "Vernon Subutex", Vol. 1, de Virginie Despentes, Grasset, 340 p., 19,90 €. Sorti le 7 janvier.

Léonard Billot et Clémentine Goldszal
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