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Enquête : ce que lisent (vraiment) les femmes

Enquête : ce que lisent (vraiment) les femmes Serial liseuses Serial liseuses Harlequin : la fabrique des émotions 6

Elles lisent davantage que les hommes, mais lisent-elles la même chose?? Comment vend-on des livres aux femmes?? Des best-sellers plébiscités par les lectrices à la déferlante de la littérature érotico-romantique "New Adult", enquête sur le sexe des livres.

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Enquête : ce que lisent (vraiment) les femmes

Enquête : ce que lisent (vraiment) les femmes

"Les femmes lisent plus que les hommes", "les femmes lisent la même chose que les hommes", "les femmes qui lisent sont dangereuses". Les idées reçues aussi  ! Si cette dernière affirmation vaguement inquiétante avancée par Laure Adler en couverture d’un beau livre paru en 2006 est difficilement vérifiable, ce n’est pas le cas des deux autres. En 2014, une enquête Ipsos/CNL/SNE nous apprenait en effet que 57 % des lecteurs français sont des lectrices, majoritairement quadragénaires et urbaines pour être tout à fait précis. Une autre étude menée par l’Ifop en 2012 nous précisait par ailleurs que celles-ci lisent davantage de livres que leurs homologues masculins (12 en moyenne par an pour ces dames, 10 pour ces messieurs). Voilà pour les statistiques. La blogosphère littéraire est très majoritairement tenue par des femmes, qui se targuent d’avoir repéré des auteurs comme Jean-Philippe Blondel ou David Foenkinos. Quant à savoir ce que lisent les femmes, on aimerait répondre avec panache "la même chose que les hommes !". Mais ce serait trop simple. Comme nous l’explique Hugues de Saint Vincent, directeur des éditions Hugo & Cie, ce serait surtout une question de thématiques : "les femmes sont plus attirées par une littérature de l’intérieur, de l’introspection et des sentiments". Le choc ! La littérature aurait donc un sexe ?

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Serial liseuses

Serial liseuses

Ce que lisent les femmes ? "De tout !", affirme Viviane Albenga, jeune sociologue diplômée de l’EHESS qui a passé deux ans et demi à étudier plusieurs cercles de lecture. "Le plus frappant, c’est que les grandes lectrices s’intéressent à tous les genres, même la science-fiction", nous dit-elle. Un constat confirmé par Pascale Frey, qui chapote l’organisation annuelle du prix des lectrices du magazine Elle : "les femmes lisent de tout. Dans notre sélection, on trouve aussi bien des romans noirs que des romances, des fictions historiques que des fresques de “nature writing” sur les grands espaces et la pêche à la mouche. Les femmes aiment avant tout qu’on leur raconte des histoires".

Mais si la SF et la pêche à la mouche séduisent, toutes les études concordent, c’est le polar qui reste le genre préféré des Françaises. Thierry Jonquet, Jean-Christophe Grangé ou Maxime Chattam, les femmes s’arrachent ces stars du roman noir qui les font frémir le soir. Car d’après l’étude Ipsos/CNL/SNE, c’est avant tout pour frissonner, "se détendre" et "s’évader" que madame ouvre un livre, quand monsieur y chercherait plutôt savoir et connaissance pratique. Un constat théorique que Viviane Albenga préfère pondérer : "il faut sortir du cliché de la lecture pour la recherche d’évasion et d’émotion. Sociologiquement, les femmes sont plus amenées à travailler au contact des autres. Lire, même des romans, leur permet d’enrichir leurs connaissances des relations humaines et d’apprendre des choses de manière sensible". Si l’on imagine que la lecture de Houellebecq est riche d’enseignements sur les relations humaines, l’auteur décrivait ainsi les réactions de ses lectrices dans une interview filmée par Mediapart en 2008 : "il faut bien reconnaître que souvent, les femmes ont du mal à accepter la négation pure. Le fait qu’il y ait de plus en plus de lectrices crée une pression sournoise en faveur de la positivité. J’ai souvent eu ce genre de réaction de femmes, plutôt désolées : "vous trouvez vraiment que la vie est si moche que ça ?". J’étais obligé de répondre : "Oui, j’aime pas la vie". Le reproche : "ça se termine mal, il n’y a pas de lueur d’espoir", vient surtout des femmes. Jusqu’à présent je résiste, mais je finirai pas dire comme tout le monde : "vous avez raison, la vie est formidable, mettons que je n’ai rien dit".

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Serial liseuses

Serial liseuses

Majoritaires, les lectrices persuaderont-elles Houellebecq d’écrire un happy ending ? Seront-elles un jour prescriptrices de contenus ? On a pu lire quelques accusations d’opportunisme contre le choix de David Foenkinos de faire le portrait d’une femme dans son roman Charlotteprix Renaudot – pour s’assurer les bonnes grâces des lectrices. Car au-delà du genre, note encore la sociologue Viviane Albenga, c’est surtout le principe d’identification qui est déterminant dans leur choix. Les femmes qu’elle a interrogées s’intéressent à des personnages qui transgressent et interrogent les normes de la féminité : lesbiennes, militantes, survivantes ou aventurières. "L’important c’est que les héroïnes soient de vraies filles, sur lesquelles les lectrices peuvent se projeter". Le problème, en matière d’édition, c’est que lorsqu’on commence à faire des différenciations sexuelles, ce n’est plus de la littérature, mais du marketing, comme le souligne Thomas Simonnet, éditeur chez Gallimard et directeur de la collection L’Arbalète. "Quand on pense au lectorat comme à une cible, alors le livre n’est plus une œuvre, mais un produit. C’est le début de l’échec de la création et de l’inspiration". Un compromis éditorial, un placement de marché que n’ont pourtant pas hésité à faire certaines maisons d’édition.

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Harlequin : la fabrique des émotions

Harlequin : la fabrique des émotions

"Ils se laissèrent submerger par une vague tourbillonnante de sensations", ou "enfin leurs lèvres s’unirent et Spencer sentit toute sagesse le quitter "… De métaphores aquatiques en passions guimauve, les éditions Harlequin qui soufflaient leurs 36 bougies l’an dernier se sont imposées comme le leader incontesté du roman sentimental en France. Sept millions de livres vendus et 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, 650 titres publiés par an, un livre vendu toutes les quatre secondes dans le monde : les chiffres ont de quoi faire saliver la concurrence. Mais quel est le secret de cette maison qui fait pleurer les blondes, rêver les brunes et s’émoustiller les rousses ? C’est encore elle : "l’identification, confirme Marianne Zankel, la responsable marketing des éditions. C’est très important pour nos lectrices'. Importance surtout d’un cahier des charges "littéraires" qui n’a presque pas changé depuis trois décennies : une jeune hôtesse/serveuse/stagiaire volontaire rencontre un bel héritier/homme d’affaires/prince oriental suffisant mais charmant ; ils vont s’enjôler/se déchirer/s’éviter avant de se retrouver pour ne plus se quitter dans un happy end (obligatoire) de pyrotechnie salivaire et de béatitude amoureuse. Et tant pis pour celles qui se plaignent de lire tout le temps la même chose.

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Du sexe pas complexe

Du sexe pas complexe

Mais depuis quelques années, le mot d’ordre en matière de littérature féminine, c’est l’encanaillement. Fini la chick litt griffée Prada où une bande de bonnes copines so Nineties gloussent et usent de périphrases pudiques pour parler de leur one night stand foirée. Aujourd’hui la tendance est au narsex et au cul (un peu plus) cru. Du mommy porn de 50 Nuances de Grey à l’érotico soft des romans New Adult (romance pour les jeunes filles de 18-25 ans), la littérature s’érotise, les lectrices se décomplexent et les ventes s’envolent. Si les éditions Harlequin ont flairé le bon filon dès 2008 en créant la collection « Sexy », ce n’est qu’en 2014 que la vague New Adult déferle dans nos librairies. Marketées pour plaire aux fans de Harry Potter ou Twilight qui ont vieilli, ces romances épicées  se sont adaptées aux nouvelles préoccupations de leur lectorat cible. Troubles familiaux, désillusions adolescentes mais surtout turpitudes amoureuses/sexuelles. Petite nouvelle sur le marché, la collection 100 % romance, 100 % plaisir, baptisée &Moi, lancée par les éditions JC Lattès en janvier dernier promet "des histoires d’amour sensuelles et envoûtantes". "Mais attention, rappelle son éditrice Marie Buhler, c’est le sentiment amoureux qui prime. Le sexe n’est que l’accomplissement d’une passion à deux". Faudrait pas pousser le vice. Et ça marche. Plus d’un million d’exemplaires vendus de 50 Nuances… (JC Lattès), 70 000 de Beautiful Bastard (Hugo & Cie), de Christina Lauren et près de 100 000 de la saga Crossfire, de Sylvia Day (J’ai Lu). Et la littérature dans tout ça ? "Pour la collection &Moi, je reconnais que je m’attache plus à l’histoire, au contexte et aux personnages qu’au style, concède Marie Buhler, mais il faut toujours que la langue reste agréable à lire, pour que l’on puisse prendre du plaisir, sans se prendre la tête".

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L’auto-édition fait sa révolution

L’auto-édition fait sa révolution

"De la littérature de femme, par les femmes, pour les femmes". C’est comme ça qu’Hugues de Saint Vincent définit After, le phénomène livresque de ce début d’année signé Anna Todd et publié en France par Hugo & Cie. Parue le 2 janvier, cette histoire d’amour entre une sage étudiante et un bad boy sexy inspiré du chanteur du groupe One Direction a bénéficié d’une mise en place hexagonale exceptionnelle de 180 000 exemplaires. C’est le plus gros tirage de la rentrée d’hiver – 30 000 de plus que le dernier Houellebecq. Et ces chiffres stratosphériques semblent pourtant dérisoires quand on sait que la fan fiction de la jeune Texane a d’abord été téléchargée plus d’un milliard de fois avant d’être achetée par les éditeurs papier. Car pour Anna Todd, tout a commencé sur le site d’écriture communautaire Wattpad, une plate-forme américaine gratuite qui réunit plus de deux millions d’auteurs et vingt millions de lecteurs, dont beaucoup de lectrices. "C’est de la littérature qui s’adresse à des femmes urbaines, connectées, indépendantes et actives, qui lisent quand elles le peuvent, c’est-à-dire dans les transports, au café, lors de leurs pauses, explique le directeur d’Hugo & Cie. On est dans une pratique de lecture qui ressemble à celle de la consommation de séries". Stylistiquement, ça se traduit par des chapitres courts, très dialogués, hyper-rythmés, qui s’encombrent d’un minimum de description. Et le phénomène ne se cantonne pas aux USA : ici, c’est en 2012 qu’Agnès Martin-Lugand sort Les gens heureux lisent et boivent du café (Michel Lafon) après en avoir vendu 10 000 exemplaires en téléchargements payants sur la plate-forme eBook d’Amazon. Résultat : 100 000 livres papiers écoulés, plus de 20 traductions déclinées et une adaptation au cinéma programmée. Et si les éditeurs traditionnels restent frileux quant à ces nouvelles publications qui ne représentent encore que 5 % du paysage littéraire français, Hugues de Saint Vincent, lui, a envie d’y croire : "le plus important, ce sont les libraires. Et depuis quelques mois, ils commencent à s’ouvrir à ces nouveaux romans. C’est bon signe". Question de point de vue.

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