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Comment la saga d’Elena Ferrante a rendu le monde accro
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Comment la saga d’Elena Ferrante a rendu le monde accro

Personne ne sait vraiment qui se cache derrière ce phénomène littéraire qui fait vibrer le monde entier, mais une chose est sûre : difficile de ne pas être accro à la saga napolitaine d’Elena Ferrante.

Un succès fou

Un succès fou

Les chiffres communiqués autour des livres d’Elena Ferrante font rêver : traduits dans 42 langues, ils se sont vendus à 5,5 millions d’exemplaires, dont 700 000 en France. Paru le 3 janvier dernier, le troisième tome de la saga dite napolitaine, Celle qui fuit et celle qui reste, a été tiré à 170 000 exemplaires après déjà deux réimpressions. Un succès suffisamment rare pour être souligné, d’autant plus que le storytelling construit autour de l’auteure ne tient que sur une ligne : ce serait une femme, née en 1943 à Naples, diplômée en lettres classiques. Aucune autre information n’a fuité depuis le début de la carrière d’Elena Ferrante, qui a publié son premier livre en 1992, L'Amour harcelant. Ce roman en grande partie autobiographique l’aurait encouragée à utiliser un pseudonyme, à la fois pour préserver son intimité et se protéger du succès.

 

Après la publication de L’Amour harcelant, s’ensuit un long silence de dix ans. Ferrante ne revient qu’en 2002 avec Les Jours de mon abandon, puis un essai où elle se livre davantage en tant que personne et auteure : Frantumaglia (2003), récemment réédité en 2016 mais seulement traduit en anglais pour l’instant. Tout en déclarant une admiration profonde pour Elsa Morante et un réel engagement féministe, elle y raconte quelques bribes de son enfance : sa mère couturière dans un quartier populaire de Naples, où l’on entend aussi bien l’italien que le dialecte local. Comme dans L’Amie Prodigieuse, qui paraît en Italie en 2011, après Poupée volée (2006). Il est le premier volet d’une tétralogie qui va sacrer Elena Ferrante parmi les auteurs les plus célèbres du monde. Si sa notoriété est d’abord italienne, elle explose en 2013 avec sa parution aux Etats-Unis, accompagnée de critiques dithyrambiques dans le The New Yorker, The Economist ou la New York Review of Books. L’engouement est le même en France, où le livre est traduit dès 2014. 

Un anonymat que l’on veut à tout prix démasquer

Un anonymat que l’on veut à tout prix démasquer

Ce succès est d’autant plus impressionnant qu’il a du se passer de promotion (Ferrante ne répond qu’à de rares interviews, uniquement par e-mail) et d’indices biographiques auxquels se raccrocher – hormis ceux donnés au compte-goutte ou dans Frantumaglia. Pour justifier son anonymat, elle déclare : "Je crois que les livres, une fois qu'ils sont écrits, n'ont pas besoin de leurs auteurs." En effet, lorsque la fiction est aussi passionnante, pourquoi l’embarrasser d’une réalité ?

 

Une question à laquelle ne veut pas répondre une partie de la presse italienne, qui n’a de cesse de savoir qui se cache derrière le nom d’Elena Ferrante. A ce jour, trois écrivains sont suspectés. D’abord, Domenico Starnone, né en 1943 à Naples, lui aussi, lauréat en 2001 du Prix Strega, l’équivalent de notre Goncourt. Une étude linguiste très poussée basée sur des algorithmes, aurait prouvé une forte similitude stylistique entre les écrits de Ferrante et Starnone. Ensuite, l’épouse de ce dernier, Anita Raja, traductrice et secrétaire de rédaction des éditions E/O (celles qui publient Elena Ferrante), a récemment été désignée. Cette fois, c’est un journaliste un peu trop zélé, Claudio Gatti, qui aurait fouillé dans ses relevés d’impôts et remarqué une forte hausse de ses revenus au moment du succès commercial de L’Amie Prodigieuse. Le couple, également soupçonné d’écrire à quatre mains les livres sous le nom d’Elena Ferrante, n’a fait aucun commentaire sur cette "découverte". Ni la maison d’édition, bien décidée à garder le secret. Enfin, un autre journaliste, Marco Santagata, croit dur comme fer qu’il s’agirait en réalité de Marcella Marmo, professeur à Naples et ancienne étudiante à Pise dans les années 1960, comme Elena dans les romans de Ferrante. Le désir brûlant de démasquer le (la) coupable de ces méfaits littéraires devrait s’atténuer ces prochaines années... D’autant plus que d’autres écrivains prennent sa défense et la soutiennent dans sa volonté d’anonymat. Même Salman Rushdie y est allé de son "I am Elena Ferrante" ! 

Une saga hors norme

Une saga hors norme

Toutefois, la réussite d’Elena Ferrante tient, au delà des polémiques sur son anonymat, surtout à la qualité de ses livres. Dès son premier volet, L’Amie prodigieuse, cette saga nous emporte dans le quotidien de deux petites filles nées dans le Naples populaire des années 1940. Lila et Elena dite Lenù, la narratrice, sont de brillantes élèves en classe dans l’indifférence générale : ce ne sont pas les livres qui font progresser dans leur quartier, mais les camorristes, les mafieux locaux. Face à cet univers patriarcal où les hommes ne sont pas présentés sous leur meilleur jour (brutaux, lâches, mesquins, violeurs, malhonnêtes), elles vont devoir imposer leur simple existence et leur singularité.

 

Au fil des pages, Lila et Lenù grandissent, s’adorent et se détestent, s’éloignent et se rapprochent, tombent amoureuses (ou pas) des garçons qui les entourent, et connaissent les drames d’une vie qui, pour l’une comme pour l’autre, n’a reçu aucun privilège. C’est passionnant, sans pathos, fourmillant de personnages et de rebondissements… et il est impossible de ne pas s’attacher aux deux héroïnes. Elena va réussir à poursuivre ses études, mais pas Lila, qui doit aller travailler dans la cordonnerie de son père. Dans Le Nouveau Nom, la deuxième partie de la tétralogie, elle est mariée à un goujat lié à la mafia et qui la bat, tandis que Lénu part étudier à l’université de Pise avec la ferme intention de s’éloigner du milieu de ses origines…

 

Le troisième volume fraîchement traduit en français, Celle qui fuit et celle qui reste, persiste dans cette grande veine romanesque mais aussi historique et sociale. Dans l’Italie post 1968 soumise aux batailles prolétariennes, Lila semble choisir l’engagement communiste tandis qu’Elena vit une existence bourgeoise et intellectuelle à Florence tout en essayant d’élever tant bien que mal ses deux filles. Tout les sépare et pourtant leurs destins respectifs semblent irrémédiablement liés… notamment par la présence de Nino Sarratore, dont elles ont jadis été amoureuses. On retrouve la galerie de personnages imaginée par Elena Ferrante, dont les camorristes Solare, soumise aux passions sentimentales et aux luttes de pouvoir politiques. Encore une fois, on referme le roman en trépignant déjà d’avoir le quatrième et dernier tome entre les mains (L’enfant perdue en V.F), qui devrait arriver dans les librairies françaises à la fin de l’année 2017. 
 

La loi des séries
 

Certains expliquent le succès de la saga d’Elena Ferrante par celui du format série. Sur écran comme sur papier, il est le plus rentable du moment : parce que dans une vie à mille à l’heure, on a besoin de non seulement s’identifier aux personnages mais aussi de les suivre sur une longue durée. Il est vrai que l’on voit évoluer et vieillir les héros de L’Amie Prodigieuse avec le même plaisir qu’on a à regarder mûrir ceux de Friends ou de Game of Thrones. Tout au long des tomes de la saga, on brûle de savoir ce qui va arriver à Lenù et Lila. D’ailleurs, la saga napolitaine va être adaptée sur le petit écran via une coproduction entre FremantleMedia's Wildside et Fandango Productions. Chaque volet serait décliné en huit épisodes, et diffusé sur la RAI puis sur Canal + en France. On ne sait rien du casting pour l’instant, hormis qu’Elena Ferrante a été invitée à participer au scénario… Notre passion pour la mythologie romanesque de cette auteure mystère n’est pas prête de s’éteindre.

Sophie Rosemont
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