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"J’ai choisi d’être libre" : Henda Ayari, sa vie après le salafisme

"J’ai choisi d’être libre" : Henda Ayari, sa vie après le salafisme

"Rescapée du salafisme en France" : tel est le sous-titre du récit autobiographique de Henda Ayari. A l’orée de la quarantaine, musulmane accomplie et épanouie, elle a décidé de raconter son histoire dans "J’ai choisi d’être libre", afin de prévenir des dangers de l’extrémisme.

Un décryptage vécu du salafisme

Née d’un mariage arrangé entre une Tunisienne et un Algérien, Henda Ayari grandit auprès d’une mère tyrannique et peu aimante. Après avoir réussi à éviter un mariage forcé, la jeune fille se réfugie dans la religion. "En sortant de l’adolescence, on est fragile, nous explique-t-elle. Les jeunes filles sont des proies idéales, elles se voilent de plus en plus jeunes ! Je les vois dans la rue, dans le tramway… Ça m’est arrivé de les aborder pour en savoir un peu plus. Parfois, elles cherchent juste un mari. » Henda épouse Bachir en pensant trouver un port d’attache. Erreur : très vite, elle réalise qu’il lui ment, qu’il est mesquin et malhonnête… Ainsi que tout son entourage, comme l’ami de son mari, très religieux qui lui fait des avances dès que Bachir a le dos tourné. Pas de télévision, pas de cinéma, un rejet de la société française qui ne s’adapte pas aux règles salafistes. En lisant le livre, on réalise à quel point cet extrémisme faussement spirituel est synonyme d’isolement. Et peut ainsi mener au pire. C’est après les attentats de novembre 2015 qu’Henda a choisi de raconter son histoire, afin d’éclairer les consciences. « J'étais une prisonnière qui ignorait qu'elle était en prison. »  écrit-elle dans J’ai choisi d’être libre, co-écrit avec la journaliste Florence Bouillat.

Ici, l’ancienne salafiste s’adresse aussi à celles qui pourraient ne pas comprendre comment on se retrouve pieds et mains liés, en expliquant que sa maternité l’a longtemps empêchée de se libérer. "Le fait d’être enceinte a vraiment refermé le piège sur moi, et j’ai mis près de dix ans à comprendre que j’avais une porte de sortie." Et propose de favoriser le dialogue avant tout : "Dans l’association que j’ai créée, "Libératrices", un imam répond à des questions comme : ‘Est-ce que le voile est obligatoire ?’ ou ‘Qu’est-ce que le salafisme ?’. Certains musulmans s’imaginent qu’il s’agit du véritable islam, mais il faut prouver le contraire."

Une profession de foi

Après une enfance peu pratiquante et mal aimée, Henda Ayari explique dans J’ai choisi d’être libre qu’elle s’est raccrochée à la foi au sortir de l’adolescence, parce qu’elle y trouvait des repères. Sa jeunesse lui fait alors envisager l’islam comme un challenge à relever : se conduire et s’habiller de la manière la plus fidèle aux principes fondamentaux de la religion. Entre voilées, on se reconnaît, on se salue… Le communautarisme peut être très réconfortant, d’autant plus lorsqu’il est basé sur des conduites quasiment asociales. Elle est moins guidée par la spiritualité que par la peur de mal faire, alliée au sentiment de supériorité suscité par le fait de respecter mille règles contrairement aux « koufars », aux « mécréants ». « Pour moi, le voile catholique et le voile musulman avaient la même signification : la foi et la sagesse, écrit-elle dans son récit. Dans ma famille, aucune femme avait porté le voile. - J'aimerais tant être comme elles, me disais-je. Je ne suis pas une fille perdue, je ne suis pas une prostituée, j'ai envie de leur ressembler. Elles ont l'air heureuses. » Alors qu’elle est déjà très pratiquante, elle rencontre Bachir, qui, sous prétexte d’être un bon musulman, la prive de toute liberté et lui impose de porter le niqab.

Un manifeste girl power

"Je ne sortais pas, je n'avais pas d'amies, je ne savais pas me débrouiller pour les papiers administratifs, je n'avais pas de compte bancaire, j'étais une femme au foyer, et n'avais pas de place ailleurs. J'avais perdu toute confiance en moi" raconte-t-elle dans son récit. Mais, après une décennie passée auprès de son ex-mari psychopathe, Henda a choisi de le quitter, de se « servir de son cerveau ». Et elle s'en est sortie, seule avec 3 enfants à charge, le poing levé. En écrivant ce témoignage, elle veut ouvrir les yeux à d’autres femmes, ou tout simplement les aider à franchir le pas ou à parler de leur expérience. Car sortir du salafisme est bien plus difficile que d’y rentrer. "J’ai quitté un enfer pour un autre, nous confie-t-elle. Il m’a fallu dix ans pour commencer à aller mieux. Je sors seulement la tête de l’eau, à prendre conscience de mes capacités. Quand on choisit de se libérer de tout cela, on se retrouve dans un isolement total, sans revenus, dans la dépression. Seule avec trois enfants, il est difficile de s’organiser pour concilier boulot et école des enfants... J’ai été obligée de faire des crédits même sur la nourriture ! C’était de la survieIl a fallu du temps pour qu’on me tende la main, et que je puisse enfin reprendre confiance en moi."

C’est pour cette raison qu’Henda a monté son association "Libératrices", à Rouen, où elle vit. Outre la distribution de colis alimentaires, elle a constitué un réseau d’avocats avec des premiers rendez-vous à titres gratuits. Son témoignage J’ai choisi d’être libre est une thérapie, pour elle comme pour les autres, qu’elles voudraient voir se libérer de l’emprise d’un mari maltraitant. Elle est aussi en train de fonder une société dans les bonbons naturels. Hyperactive… et aussi féministe ? Sans aucun doute. "Pendant longtemps, je n’avais pas envie d’être affiliée au féminisme car je pensais, à tort, que c’était un courant violent, agressif, en opposition avec les hommes. Même si j’ai été en guerre contre eux après ma séparation avec mon ex-mari, il me semble important que la gent masculine croie aux droits des femmes." D’ailleurs, Henda aimerait que son fils aîné, perturbé par son passé familial et avec qui elle n’a plus de contacts aujourd’hui, puisse lire ce livre – afin de mieux comprendre son parcours de combattante.

Désormais libérée de quelconque emprise, consciente que la religion n’est pas synonyme de sacrifices, de violences et de privations, Henda vit aujourd’hui son islam avec sérénité : "Il est en harmonie avec ma vie de femme française, moderne et célibataire : plus spirituel et moins technique. Je ne culpabilise plus et c’est un grand pas ! Je me sens apte à partager ce que l’islam a de meilleur. Je veux porter un message d’espoir, ne pas me poser en victime. Il faut générer de l’énergie positive. "

"J'ai choisi d'être libre, Rescapée du salafisme en France" de Henda Ayari, Flammarion.
 
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Par Sophie Rosemont
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