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Goncourt/Renaudot : ce qu'il faut retenir

livres

La crème des prix littéraires a été décernée : Alexis Jenni remporte le Goncourt avec L'art français de la guerre et Emmanuel Carrère, le prix Renaudot, avec Limonov. Vous ne les avez pas lus ? Petit brief pour assurer autour de la machine à café.

D'abord, il faut balayer certaines vérités. Vous pensiez que la faute impardonnable avec les prix littéraires c'était de ne pas les avoir lus ? Que nenni. LA chose à éviter, vous, premières de la classe soucieuses de bien faire, c'est de se ruer dès ce soir dans les supermarchés, RELAY et autres FNAC pour s'acheter le Goncourt.  Rien de plus désespéré. Le Prix Goncourt, c'est le livre à offrir à mémé pour Noël. Il faut soit l'avoir lu avant – ce qui demande ou bien un certain flair, ou bien, dans ce cas, l'attrait pour les pavés ennuyeux et académiques-, soit se débrouiller pour faire comme si. Nous sommes là pour ça. Si, par hasard, vous n'avez même pas le temps de lire ce qui suit, un bon conseil : mettez votre plus belle robe noire et filez siffler gratos le champagne qui coulera à flot ce soir dans les salons de Gallimard. Car oui, c'est une des seules bonnes nouvelles concernant ce Goncourt Alexis Jenni est publié chez l'éditeur de la rue Sébastien-Bottin (dans le 7e) dont vous saurez apprécier, même sans avoir rien lu, le faste et la générosité.

Emmanuel Carrère, enfin !

C'est qui ?

-Celui qui a écrit et porté à l'écran L'Adversaire, l'histoire de Jean-Claude Roman, ce père de famille qui a menti toute sa vie à ses proches pour leur escroquer de l'argent.
-L'auteur D'autres vies que la mienne, ce récit qui explore différentes manières d'être au monde, des victimes du tsunami de 2004 à la sœur de l'écrivain, juge, atteinte d'un cancer, qui s'est battue toute sa vie pour venir en aide des personnes surendettées...A l'écran le 9 novembre dans une adaptation de Philippe Lioret, Toutes nos envies.
-Un ancien critique de cinéma pour Positif et Télérama qui publie aujourd'hui dans la revue XXI (un article sur Edouard Limonov, le héros de son dernier roman, justement).
-Le fils de l'historienne et académicienne Hélène Carrère d'Encausse, une relation père-fils qu'il sonde dans Un roman russe, enquête sur les fantômes et secrets de sa famille.

C'est quoi ?
Avec Limonov, Emmanuel Carrère signe un récit, entre reportage, portrait, essai historique autour de l'écrivain sulfureux Edouard Limonov : d'abordvoyou en Ukraine, clochard puis valet de chambre à Manhattan, il a également été écrivain branché dans le Paris des années 80 avant de faire la guerre aux côtés des Serbes puis de fonder en Russie un parti national-bolchévique de jeunes desperados. La forme du livre est un jeu de miroirs et de correspondances. L'histoire de Limonov, c'est celle du monde depuis 45, les combats d'idées, les engagements, les revirements. Celle de Carrère dans sa lutte pour faire rentrer cet homme impossible à capturer dans un livre et la nôtre aussi, perdus dans un labyrinthe moral dont l'auteur ne nous livre pas la clé. C'est plus compliqué que ça, comme dit Carrère, et c'est superbe.

Qu'en dire ?
Emmanuel Carrère étant unanimement apprécié, à quelques rares exceptions près, l'idée, ici, est plus de vous démarquer dans vos commentaires.

Admiratrice : "Je l'adore Carrère, je le lis depuis La classe de neige en 1995. J'ai lu tous ses récits, vu tous ses films. J'adore sa biographie de Philip K. Dick."

Studieuse : "On apprend énormément de choses en lisant ce livre. Le contexte des guerres des Balkans, les réactions des écrivains et des intellectuels français de l'époque, BHL, Jean Rolin, Jean Hatzfeld."

Aventurier : "C'est dingue tout ce qu'il a fait ce type. Voyou en Ukraine, prostitué et valet de chambre à New-York. Et comment il a su rebondir alors qu'il n'avait même pas de quoi manger."

Psy : "Moi ce que j'aime, c'est quand Emmanuel Carrère parle de son enfance, de sa mère. On sent qu'il s'est beaucoup cherché. Et à la fin, quand il arrive à finir son portrait de Limonov, c'est un peu comme s'il s'était trouvé."

Offensée : "Entre la mannequin anorexique et vénale, la folle nymphomane, la grosse sympa et cocue et sa mère qu'il méprise. On ne peut pas dire que ce soit un tendre avec les femmes, ce Limonov !"

Boudeuse "Moi, Emmanuel Carrère, je préfère ses fictions. La Moustache, Bravoure, La Classe de neige, c'était vraiment plus fort !"

Boudeuse effrontée : "A quoi ça sert de lire ce livre ? Autant lire directement les écrits autobiographiques d'Edouard Limonov. On les trouve partout en ce moment."

Alexis Jenni, le Goncourt qui divise

Qui c'est ?

Un débutant plus tout jeune mais assez beau gosse de 48 ans (mix de Clooney et L'Instit'), professeur de biologie à Lyon et père de trois enfants. Avant de publier son premier roman, L'art français de la guerre, Alexis Jenni avait déjà envoyé deux livres, un polar et un roman historique, tous deux refusés. Depuis mi-mai, une grande partie de la presse spécialisée l'annonçait comme l'événement de la rentrée. Début septembre, les critiques renchérissaient "Quel Jenni !". L'écrivain, lui, est plutôt du genre humble et discret.

C'est quoi ?
L'Art français de la guerre est présenté comme une fresque entre Indochine et Algérie qui questionne les guerres coloniales. Ce roman d'aventures très dense (640 pages) a pour héros Victorien Salagnion, un ancien parachutiste en 1926, qui a fait le maquis, l'Indochine et l'Algérie et qui demande à un jeune de notre temps, en 81, de lui écrire sa biographie en échange de cours de peinture. Coupé en deux, (le présent de la rencontre et le récit des combats), le roman d'Alexis Jenni nous plonge dans ces années du mensonge dont jaillissent la guerre et l'amour, mais aussi la question de l'identité nationale et du "nous".

Qu'en dire ?
Le roman d'Alexis Jenni ne faisant pas l'unanimité, plusieurs attitudes s'offrent à vous :

POUR
- Républicaine : "Ce livre est vraiment important. Il touche au thème de notre passé colonial et nous invite à réfléchir sur le sens de nos guerres."

- Républicaine avec option anti- BHL : "Et puis, on voit bien avec notre intervention en Libye et notre rôle dans la mort de Kadhafi que nous ne faisons pas que des bonnes choses quand nous nous engageons".

- Comptable : "C'est un grand roman. 640 pages quand même ! Des années de recherches, un travail sérieux, ça se voit. Des témoignages, de l'histoire. Tout y est !"

- Gentille petite-fille : "Ces histoires de guerre ! Ça va faire plaisir à grand-mère ! Et puis cet échange transgénérationnel... C'est très beau ! Ça me fait penser à la BD Les Ignorants d'Étienne Davodeau !"

CONTRE
- Complotiste : "Le Goncourt ! Comme s'il fallait vraiment attendre la remise des prix pour connaître le vainqueur ! Non, mais vraiment ! Ce genre de texte calqué sur ce qu'on attend d'un Goncourt, l'histoire, la mémoire, l'écriture classique... Tu parles d'une surprise !"

- Anti-académiste (à jouer plus ou moins révoltée) : "Quand je lis ce genre de textes, je m'ennuie. C'est vraiment ce que j'appelle un livre à sujet. Si le sujet est sérieux, important, contemporain, tout le monde va crier au grand roman ! Et la recherche dans l'écriture ? Et le travail de la langue ? Qu'elle est poussiéreuse l'exception culturelle française !"

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Gladys Marivat
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