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Goncourt et Renaudot 2012 : tout ce qu'il faut savoir pour crâner

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Les prix Goncourt et Renaudot viennent de tomber et tout le monde en parle déjà. Vous ne les avez pas lus ? Voici notre petit guide de survie pour sauver les meubles en société.

Qui sont Jérôme Ferrari et Scholastique Mukasonga ? Ce matin, vous êtes partie au travail, cheveux au vent et sûre d’être dans votre bon droit, pensant déjà à l’apéro de ce soir. Et tout à coup, quelques minutes avant le déjeuner, c’est arrivé. Un séisme et pas n’importe lequel : un séisme littéraire.

Devant Chez Drouant à Paris, sur les chaînes de télé en continu, c’était l’hystérie. "Is it Barack Obama ? Or Sandy, maybe ?"… Oh, que non ! Balayées par le flot de l’actu, ces deux stars over-likées et followées de novembre ont été remplacées par deux écrivains. Jérôme Ferrari, auteur du Sermon sur la chute de Rome et Scholastique Mukasonga, pour Notre Dame du Nil, ont été récompensés aujourd’hui par le Prix Goncourt et le Prix Renaudot.

Hier discrets, voire anonymes, ils seront dès demain en tête de gondole dans toutes les librairies et les supermarchés de France. Neuf fois plus de ventes pour un Goncourt, six fois plus pour un Renaudot : autant dire qu’il sera difficile d’y échapper, que ce soit dimanche midi avec Mamie, sous le sapin de Noël ou, pire, dès demain matin à la machine à café. Vous ne les avez pas ouverts ? Pas d'inquiétude. Les prix littéraires, c’est comme Marcel Proust : personne ne l'a lu (ou presque) et tout le monde le cite.

Le Prix Goncourt : Jérôme Ferrari pour Le Sermon sur la chute de Rome

Qui c’est ? Professeur de philosophie au lycée français d’Abou Dhabi, Jérôme Ferrari est un discret mais pas un nouveau venu dans la littérature. À 44 ans, il a déjà publié, avant son Goncourt, quatre autres romans (dont Où j’ai laissé mon âme). Originaire de Corse, il accorde à son île une place centrale dans son œuvre, très inspirée de sa vie. Ses thèmes de prédilection : les fantômes de famille et la quête de soi dans le monde.

C’est quoi ? Une histoire de bar qui devient l’histoire d’une famille et une leçon de survie. Dans un village corse, Matthieu Antonetti et son meilleur ami reprennent un bar pour en faire leur petit monde, un paradis sur Terre. Très bien, mais que vient faire Rome là-dedans ? La ville italienne a été saccagée par les Wisigoths en 410. Un sac qui a inspiré à Saint Augustin le sermon sur la chute du Rome où il est question de l’effondrement d’un "monde qui n’est plus". Dans ce livre, ce monde pourrait être l’histoire que nous a léguée nos parents : le XXème siècle et ses nombreuses guerres. Mais chez Saint Augustin comme chez Jérôme Ferrari, après la chute d’un empire, il reste des Hommes. Des Hommes qui doivent survivre dans un monde nouveau… où le passé n’est jamais loin. La sœur de Matthieu décide de se rendre en Algérie où son grand-père a fait la guerre.

Qu’en dire ? Depuis fin août, Jérôme Ferrari faisait partie des favoris. Seul Patrick Deville avec Peste et Choléra était considéré comme un adversaire de taille, jusqu’à l’obtention, hier, du prix Femina, qui l’écartait de fait. Pas trop de polémique donc, et un vaste choix d’attitudes à adopter.

Petites phrases à sortir en société :

Condescendante : "Je suis tellement contente pour Actes Sud ! Ils n’avaient eu qu’un seul petit Goncourt avant…"
Condescendante, variante Lutte Ouvrière : "Pour une fois que ce n’est pas Galligrasseuil qui rafle tout !" (Les éditions Gallimard, Grasset et Seuil, qui normalement raflent tout, donc.)

Scolaire : "Et dire que tout le programme d’histoire de l’école primaire, du collège et du lycée, pouvait loger en 200 pages..."

Corse : "Applausu". (Se traduit par "bravo" en Corse.)

Citoyenne du monde : "Ce que j’aime chez Ferrari, c’est qu’il ne se limite pas à la Corse. Son roman nous emmène quand même au fin fond de l’Algérie !"

Experte (à tenter uniquement avec un stagiaire, au risque d’être démasquée) : "Ce que j’ai vraiment aimé dans ce livre, c’est entendre à nouveau parler du capitaine Degorce, tu sais, le héros d’Où j’ai laissé mon âme."

Optimiste : "Ce livre mettra tout le monde d’accord ! Ceux qui veulent que la littérature française s’ouvre plus sur le monde et les défenseurs de l’autofiction".

Fainéante : "Après le gros pavé d’Alexis Jenni, ça fait vraiment plaisir un livre de 200 pages !"

Sale ambiance (si, malgré notre enthousiasme, vous voulez quand même jouer les troubles-fête) : "Linda Lê méritait vraiment ce prix ! Mais bon, apparemment, cette année, pour le cinéma comme pour la littérature, les femmes peuvent se brosser !"

Alcoolique : "Il est où, ce bar ?"

 

Le Prix Renaudot : Scholastique Mukasonga pour Notre-Dame du Nil

Qui c’est ?
Quasi inconnue avant ce mercredi, Scholastique Mukasonga, 56 ans, est une écrivaine rwandaise d’expression française qui a déjà publié trois livres, dont un très bel hommage à sa mère (La femme aux pieds nus). D’origine tutsie, toute sa famille a été massacrée pendant le génocide rwandais en 1994. Scholastique Mukasonga avait fui les prémices du génocide en se réfugiant au Burundi, puis en France en 1992.

C’est quoi ? Notre-Dame du Nil est un lycée de jeunes filles perché sur une montagne, près des sources du fleuve, au Rwanda. Les pensionnaires ont été placées ici pour être préservées avant le mariage. À la veille du génocide, le lycée devient le cadre d’un huis-clos où se jouent luttes politiques et désirs, incitations aux meurtres raciaux et autres persécutions. Un roman-vérité sur le génocide qui gronde.

Qu’en dire ? Scholastique Mukasonga a été désignée à la surprise générale du public, des critiques, du jury et d’elle-même. Quand on lui a annoncé la nouvelle par téléphone, l’écrivaine a cru à une blague. Mukasonga ne faisait même pas partie de la dernière sélection du Renaudot. Les membres du jury hésitaient, jusqu’à ce que Jean-Marie Le Clézio leur montre le chemin. Comme pour un autre inconnu africain, Tierno Monénembo, prix Renaudot 2008, la surprise générale permet toute sorte de délire.

Petites phrases à sortir en société :
Africaine : "Je trouve ça logique. Le Prix Renaudot aime l’Afrique. C’est le 4e prix pour le continent en quelques années."

Sale Ambiance (bis) : "C’était trop beau ! Je me disais bien que Galligrasseuil devait forcément rafler quelque chose."

Pragmatique : "Espérons que ce prix fasse un peu avancer l’enquête sur la responsabilité de la France dans le génocide rwandais."

Comptable : "Donc, comme elle n’a vendu que 4000 exemplaires depuis la sortie du livre en janvier, elle devrait en vendre… 20 000 avant la fin de l’année."

Djianesque : "Philippe Djian méritait plus ce prix. Lui aussi avait été viré de la dernière sélection et lui aussi a quand même eu des votes au dernier moment. Peut-être que son roman était trop touchy pour eux ? (n’en faites pas trop, quand même). C’est vraiment dégueulasse ! (on vous avait prévenues)."


 

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Gladys Marivat
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