Les auteurs de la rentrée

Il n’y a pas que Michel Houellebecq ou Virginie Despentes dans la rentrée littéraire. Voici neuf auteurs de roman qu’on apprécie dans les lieux où ils travaillent ou qui les inspirent.

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  • 30 OCT. 2010 /
Reverdy
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Thomas B. Reverdy "L’envers du monde"(Le Seuil)
Impossible de le photographier chez lui, un retour de vacances familiales l’oblige à fréquenter les bars comme son personnage Simon à New York… Nous sommes en août 2003, le gros Pete un ancien flic fait visiter Ground Zero et prend en grippe un ouvrier musulman du chantier. Candice serveuse dans son bar préféré ne se remet pas de la mort de Gregg dans l’attentat du 11 septembre. Et Simon, l’universitaire français qui tente de la séduire. Parvenant toujours mieux à se faire comprendre lorsqu’il utilise "l’accent anglais international Yasser Arafat"en roulant les r, que son "accent yaourt d’Oxford". Dans la chaleur d’un été new-yorkais les personnages se croisent autour du grand vide laissé par les attentats de 11 septembre. Un roman sensible et intelligent sur l’impossibilité de raconter ce qui nous dépasse.

Ann Scott  "A la folle jeunesse"(Stock)
Le dénuement de son appartement du seizième arrondissement de Paris confine à l’ascèse : un bureau un fauteuil, quelques livres empilés et cette inscription : "WORK". Dans A la folle jeunesse, Ann Scott revient dix ans en arrière. En 2000, son roman Superstars avait été qualifié de "premier roman pop français crédible" par Technikart et chroniqué par toute la presse : "Le Monde en attendant de se décider, me citait dans tous ses articles concernant les jeunes auteurs, l’autofiction, le rock, la musique électronique, les raves interdites, les drogues, le sexe chez les 25/30 ans, la bisexualité et l’homosexualité…" Au point que le personnage avait pris le pas sur l’auteur… Après quelques romans inégaux, Ann Scott se penche sur le petit emballement médiatique dont elle a été l’objet… Avec lucidité, elle reconstruit un portrait plus complexe et plus riche d’une enfant du siècle et du Palace, du rock’n’roll et de la déglingue.

Philippe Vasset  "Journal d’une prédatrice" (Fayard)
On l’appelle "La reine des glaces". Elle a décidé de profiter de réchauffement climatique en montant un fond d’investissement qui étudie toutes les opportunités liées à cette catastrophe écologique. Lors de raouts mondains sur le thème du grand Nord, elle séduit les banquiers du monde entier avec son discours bien rôdé, habillée de blanc par les plus grands couturiers… Philippe Vasset, par ailleurs rédacteur en chef d’une lettre d’information sur le renseignement, a décidé d’explorer dans ses romans la face sombre de l’économie mondiale. Après Journal d’un marchand de canons, son nouvel opus nous plonge dans le cynisme et le double langage de l’investissement responsable et de la finance éthique. Et il parvient carrément à rendre son lecteur parano : Vasset s’intéresse-il au renseignement pour documenter ses romans ou écrit-il des romans pour crédibiliser ses compétences dans le monde de l’espionnage.

Marc Weitzman "Quand j’étais normal"(Grasset)
Plutôt que de nous donner rendez-vous chez lui, Marc Weitzman préfère profiter du soleil des terrasses du Paris populaire… Fils de militants communistes impliqués dans l’aventure de Maison des Jeunes et de la Culture, son personnage est devenu journaliste dans une agence d’information financière. Et il s’inquiète pour son père qui ne veut pas renoncer aux idéaux de sa jeunesse et décide à 70 ans passés de retourner porter la bonne parole en banlieue… Marc Weitzman n’écrit pas des romans politiques, mais des romans sur les sentiments que la politique inspire aux gens… Il dissèque son amertume d’amoureux déçus face à la mort du rêve révolutionnaire, comme ses petits agacements face à une enième manifestation qui passe sous ses fenêtres Place de la République.