La Beat Generation, c’est quoi ?

En 1957, le succès du roman Sur la route provoque l’engouement pour la Beat Generation. 55 ans après, la ferveur beat n’a pas cessé. Mais c’est quoi finalement être beat ? Portrait des fondateurs du mouvement et décryptage de leur influence.

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Le terme de « Beat Generation » est employé pour la première fois en 1948 par Jack Kerouac pour décrire son cercle d’amis (Allen Ginsberg, William S. Burroughs entre autres). Issu de l’argot américain, « beat » signifie « fatigué », « cassé »… Mais pour Kerouac, le terme évoquait surtout la « béatitude » et ce son jazzy dont il était fan. A oublier le mot « Beatnik », forgé à partir de « Beat » et du satellite russe Spoutnik, et dont le caractère péjoratif (en plein maccarthysme, il étaient associé aux communistes) déplaisait à Kerouac.

Outre un mouvement littéraire, la Beat Generation est avant tout un groupe d’amis avides d’anticonformisme et de révolte face à une société de consommation américaine qu’ils trouvent absurde. Aujourd’hui, si les membres de la Beat Generation ne sont plus, on retrouve leur influence au fil des décennies. Précurseur de la libération sexuelle, symbole de la contre-culture, il n’y aurait pas eu d’hippies s’il n’y avait pas eu de « Beats », comme il n’y aurait pas eu de mai 68, ni même peut être de road movie…

La Beat Generation, c’est qui ?

Le fondateur malgré lui : Jack Kerouac
Ce qu’il savoir : Très tôt Jean-Louis Kerouac, de son vrai nom (il est d’origine bretonne et québécoise), est moqué pour ses ambitions d’écrivains. Mais passionné, il part étudier à l’université de Columbia où il rencontre Allen Ginsberg, William S. Burroughs puis Neal Cassidy. Nomades dans l’âme, Kerouac et sa bande partent en virée à travers les Etats-Unis. Après trois voyages en trois ans, il écrit Sur la route en trois semaines sur un rouleau de papier de 36 mètres. Roman fondateur de la Beat Generation, Sur la route est un best-seller instantané lors de sa sortie en 1957. Récit d’un road trip initiatique quasi autobiographique, le roman parle à toute une génération insoumise en quête d’absolu. Mais l’écrivain ne supporte pas sa notoriété soudaine et s’enfonce dans les drogues et l’alcool. Sous la pression, la bande se divise. Le plus célèbre Beat décède à 47 ans, seul et détesté, d’une cirrhose du foie.
L’info en plus : Ado, Kerouac est la star de l’équipe de football locale. Il est assuré de faire carrière dans le sport, l’université de Boston lui propose même un bourse mais une blessure au tibia brise ses rêves d’athlète.

La figure de proue : Allen Ginsberg
Ce qu’il faut savoir : Fils de parents juifs et communistes, Allen Ginsberg étudie à Columbia quand son copain de chambrée Lucien Carr lui présente Jack Kerouac et William S. Burroughs. Fasciné par ses nouveaux amis, le plus jeune de la bande abandonne ses études de droits pour laisser libre cours à sa poésie. Ses oeuvres surréalistes écrits sous influence font de lui la figure de proue de la Beat Generation. En 1955, son célèbre poème Howl fait scandale en raison de sa crudité. Censuré après un retentissant procès, Howl (qui signifie « hurlement ») est une violente diatribe contre le rêve américain et ses dérives. Ginsberg y dénonce l’arme nucléaire tout en y dépeignant une jeunesse éprise de drogues et de sexe. Deux ans plus tard, une décision de justice permet sa diffusion. Le poème devient le manifeste même de la Beat Generation. Par la suite, le sociable et charismatique Ginsberg aurait fortement influencé le mouvement hippie dans les années 60.
L’info en plus : On lui attribue le célèbre slogan « Flower Power ».

Le mentor : William S. Burroughs
Ce qu’il faut savoir : Issu d’une famille bourgeoise, Williams S. Burroughs est diplômé en littérature anglaise et étudiant en médecine quand il rencontre Jack Kerouac. Après le meurtre accidentelle de Joan Vollmer qu’il venait d’épouser (les jeunes mariés revisitaient la performance de Guillaume Tell qui aurait fendu d'une flèche une pomme posée sur la tête de son fils), il voyage et se drogue abondamment. Après une cure de désintoxication, il fait éditer ce qui deviendra son plus célèbre roman, Le festin nu (1959). Descente aux enfers d’un junkie, le roman est un mix de politique, de drogues et de sexe. Poursuivi pour obscénité, Le Festin nu sera finalement déclaré non obscène par la Justice et servira la cause de la lutte contre la censure.
L’info en plus : Burroughs est décoré de l’ordre de Chevalier des Arts et Lettres lors d’un passage en France en 1984 avec l’écrivain Brion Gysin dont il a repris la technique du cut-up (un texte se trouve découpé au hasard puis réarrangé pour en produire un nouveau) pour Le festin nu.

L’icône : Neal Cassady
Ce qu’il faut savoir : Délinquant notoire, Neal Cassady rencontre Jack Kerouac et Allen Ginsberg après un court passage en prison. Avec LuAnne, son épouse de 16 ans, il débarque à New York pour apprendre la philosophie à leurs côtés. Kerouac est immédiatement fasciné par cet homme sauvage, épris de liberté. Il s’inspire de son nouvel ami pour créer le personnage de Dean Moriarty, rebelle sans cause de son roman Sur la route. Neal Cassady n’est pas le plus lettré de la bande mais il influence énormément Kerouac avec le style spontané et saccadé de ses lettres. Plus tard, Cassady tentera la vie de famille mais plus à l’aise sur les routes que dans l’éducation de ses trois enfants, il retourne en virée avec Kerouac et LuAnne qu’il n’a jamais vraiment quitté. Il décède à 41 ans (un an avant Kerouac) d’un excès de drogues et d’alcool.
L’info en plus : Grand amateur de femmes, Cassady s’est aussi laissé tenté par les hommes dont Allen Ginsberg avec qui il a vécu une courte mais intense relation.

L’entremetteur : Lucian Carr
Ce qu’il faut savoirAllen Ginsberg avait coutume de dire que « Lou » était la colle de la Beat Generation. En effet sans Lucien Carr, point de Sainte Trinité. Il étudie à Columbia quand il présente Allen Ginsberg à Jack Kerouac puis à William S. Burroughs. Mais il est aussi celui qui commettra le meurtre qui finit de fonder le mouvement. Ado, Carr tape dans l’œil de David Kammerer, son prof de sport. Ce dernier poursuit alors le jeune homme de ses assiduités le suivant dans tous ses déplacements. Ancien ami d’enfance de Burroughs, Kammerer parviendra à s’incruster dans la bande. Après des années d’harcèlement, et une tentative de suicide, Carr finit par le tuer de deux couteaux avant de jeter son corps dans l’Hudson. Burroughs lui conseille de se rendre à la police pendant que Kerouac l’aide à se débarrasser du couteau. Après deux ans de prison, Carr s’assagit, devient journaliste et père de famille.
L’info en plus : Kerouac et Burroughs tireront de cette macabre histoire un livre : Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines (1944).