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Musique : 3 albums de hip-hop à écouter en boucle

Eminem : le plus vener IAM : le plus poétique M.I.A : le plus endiablé

Connus et reconnus dans le monde du hip-hop, Eminem, IAM et M.I.A sont des artistes talentueux qui affichent déjà plusieurs albums au compteur. Mais ces poids lourds de la musique rap ont décidé de ne pas s'arrêter là et ont sorti chacun un nouvel opus, véritables pépites à écouter sans modération.

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1 /3

Eminem : le plus vener

Eminem : le plus vener

Le rappeur livre son nouveau cru, Marshall Mathers LP 2 et, bonne nouvelle, c’est un millésime à déguster sans modération. Depuis Recovery sorti en 2010, le Mc se faisait rare, laissant ses fans songeurs quant à ses futures créations. Puis ce fut carrément l’inquiétude lorsque le titre de ce nouvel album fut dévoilé, Marshall Mathers LP 2. La raison ? Le premier volume, Marshall Mathers LP reste, en plus d’être un des meilleurs disques d’Eminem, un classique du hip-hop. Or, on connaît le sort des suites, dans tous les domaines confondus, qui sont rarement, hélas, à la hauteur de leurs prédécesseurs. Finalement, le résultat est bien au-delà de ce que l’on pouvait espérer : MM LP 2 est un concentré de titres bouillants, aspirant l’auditeur dans une spirale sonique virtuose.

Car du haut de ses quarante ans et plus pomponné que jamais, Eminem aka Marshall Mather a encore beaucoup d’énergie à revendre. D’ailleurs, son retour à la blondeur semble chargé d’une symbolique évidente. N’est-ce pas avec sa tignasse platine qu’il s’est fait connaître ? Dès lors, le message est clair : il est de retour, l’ado écorché de Detroit, le Mc issu du "white trash" dont la rage de vivre crépitait dans le micro des battles. Slim Shady, le double maléfique du rappeur, revient sur le devant de la scène, avec la même folie créatrice qu’à ses débuts. Les années passent ? Qu’importe. Tenace et plus énervé que jamais, Eminem n’a (toujours) pas la langue dans sa poche. Ni sa technique irréprochable, qu’il continue de mettre au service du cynisme, de l’humour mais aussi de la gravité.

Le passé ? Il s’y replonge volontiers, évoquant sa carrière, ses amours déchus, notamment avec son ex-petite amie dans le titre "So Much Better". On trouve aussi des réminiscences de son morceau "Stan" dans "Bad Guy" qui semble être fait du même bois, avec ce talent de narration si inhérent au rappeur. Quant à sa mère, figure si vilipendée par le rejeton, il en est encore question dans "Headlight".

Ses thèmes de prédilection n’ont pas changé eux non plus. Sa ville morose et pourtant vivier d’inspiration, ses galères mais aussi la politique prennent relief sous sa plume toujours aussi loquace. Avec davantage de maturité, il semble poser un regard d’autant plus acéré sur le monde qui l’entoure. Un monde qu’il dépeint comme violent, hargneux et rapide, à l’image des prods de l’album. Car les beats pèsent lourds, et viennent souvent se fracasser contre les riffs de guitares électriques ("Berzek"). Mais la majorité des morceaux restent acidulée par des refrains R'n’B ("Survival" ou "The Monster" en featuring avec Rihanna) qui rendent l’ensemble relativement accessible pour les plus "frileux" du rap.

Même constat avec le flow légendaire du Mc, aussi nasillard qu’aiguisé, et qui lui non plus n’a pas pris une ride. Telle une mitraillette, il déverse des textes aussi ciselés que bien ficelés qui mettent en lumière autant son intelligence que sa schizophrénie. C’est ainsi que le funambule blond continue son ascension, en équilibre avec d’un côté l’humour et l’ironie, et de l’autre ses illusions fanées.

Nombreux sont ceux qui pensent que faire du rap passé un certain âge est un non sens. Puissent-ils écouter cette pépite musicale ! Car, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, rap et bel âge font bon ménage.

"Marshall Mathers LP 2" d'Eminem, sorti le 5 novembre.

2 /3

IAM : le plus poétique

IAM : le plus poétique

Voici d’autres rappeurs qui ont de la bouteille. Depuis "Je Danse Le Mia", au classique "L’Ecole Du Micro D’argent" en passant par l’intemporel "Demain C’est Loin", l’eau a coulé sous les ponts mais sans emporter la verve du groupe, intacte malgré les années qui défilent. A croire que les acolytes frôlent l’hyperactivité, puisque quelques mois seulement après Arts Martiens, ils sortent un nouvel album qui constitue son deuxième volet. Il semblerait que la "Cosca", le légendaire studio des Marseillais, est, comme la ville qui l’abrite, en ébullition, mais à des fins créatrices et pacifistes.

Aussi, à l’heure où les rappeurs hardcores Booba et Kaaris ironisent la situation en parlant "des kalash’ comme à Marseille", IAM évoque aussi la gangrène qui ronge la cité phocéenne et l’Hexagone dans des termes moins vulgaires mais tout aussi lucides. Leur modus operandi demeure le même, exaltant d’impertinence et de dextérité. Armés de leur plume aiguisée, Shurik’n et Akhenaton, comme poussés par un besoin viscéral, agitent les consciences et les cœurs. Des constats sociétaux amers ("Que Fait La Police ?") aux portraits de la jeunesse actuelle ("Si j’avais 20 ans"), les Mc invitent à la réflexion. Même rengaine haranguée au gré d’allitérations, d’assonances et de tournures toujours aussi percutantes. Au service de leurs cris d’alarme, leurs légendaires allégories poétisent la dureté des propos à l’image d’"Artificielle" qui évoque les ravages de la drogue en la personnifiant et invoque le souvenir du très beau "Un Cri Court Dans La Nuit".

Dans "CQFD", le refrain martèle inlassablement à quel point "le monde, c'est violent" et dresse le parallèle avec leur rap inéluctablement virulent, lui aussi. Et avec un tel un oxymore qui mettrait en lumière la véracité des textes, les instrus demeurent, elles, posées, sereines et carrées. Le contraste comme gage d’efficacité.

Alors oui, IAM s’exécute dans les mêmes pirouettes, le même combat, mais toujours aussi agilement. Pourquoi s’en priver ? Surtout qu’il se murmure que cet album serait le dernier. Une raison de plus pour s’en délecter.

"Art Martiens Volume II" d'IAM, sorti le 22 avril.

3 /3

M.I.A : le plus endiablé

M.I.A : le plus endiablé

Dans son cas, le "M.I.A" n’est plus une danse mais plutôt un genre qui évolue en autarcie dans le paysage musical. Moderne et iconoclaste, M.I.A impose son statut "arty" et ses propres codes à une pop actuellement très (trop ?) formatée.

Mélange hybride de R'n’B, d’électro et de sons tribaux, sa musique sort des sentiers battus. La ranger dans une case ? Impossible tant la chanteuse enchaîne depuis plusieurs années maintenant prouesses soniques et tubes supersoniques. Depuis son excellent album Kala sorti en 2007 puis les succès de "Bird Fly", "Galang", "BoyZ" ou "Bad Girls" la jeune femme réduit en miettes les clichés et interpelle le public en se livrant à des exercices hautement novateurs.

Avec un minois aussi harmonieux que ses mélodies, une silhouette aussi fuselée que sa matière grise et des jambes aussi interminables que ses engagements (humanitaires avec la cause altermondialiste et politiques, notamment avec son récent soutien à Wikileaks et son leader Julien Assange), l’Anglaise d’origine tamoule a de quoi fasciner.

Le R'n’B mielleux ? Très peu pour elle. Et elle le prouve une fois de plus avec son nouvel opus Matangi qui abrite autant de sonorités électroniques qu’hip-hop. Savamment, sa voix de velours surfe sur des rythmes sensuels ("Exodus" en featuring avec The Weeknd) et aux allures hindous ("Karmaggedon", "Attention"). Quant aux textes, ils sont aussi explosifs que leur auteure et baignent dans un geyser de beats bouillonnants. Bref, quinze titres réalisés à la perfection qui poussent forcément au déhanchement (on pense aux furieux "Boom Skit" ou "Bring The Noize").

En somme, pendant que d’autres se contentent de pousser la chansonnette en twerkant à demi-nues, M.I.A innove et crée une musique libératrice et exigeante, toujours le poing levé.

"Matangi" de M.I.A, sorti le 1er novembre.

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