Olivia Ruiz : "Il faut savoir laisser son public respirer"

A l’occasion de la sortie de son quatrième album, "Le Calme Et La Tempête", on a interviewé la jolie brune de Carcassonne dans un troquet du 18ème arrondissement. Rencontre réchauffante autour d’un café.

Olivia Ruiz 2012
© J.B. Mondino -

J’ai lu quelque part que tu avais laissé passer du temps avant de sortir cet album "par peur de saouler les gens". Tu avais vraiment cette appréhension ?
C’est vrai que ces dernières années, j’ai été très présente. Je trouvais que c’était plutôt sage de m’éclipser un temps pour repartir du bon pied avec des choses nouvelles. Je voulais éviter à tout prix le côté : "Je suis là pour être là, pour qu’on ne m’oublie pas". Je pense que c’est aussi bien de laisser son public respirer. Et puis j’avais besoin de me retrouver, de ressortir dans mon coin des choses qui dormaient depuis trop longtemps dans les tiroirs. D’écrire, de voyager, bref, de vivre un peu finalement ! Je suis allée à Cuba, à Bogota, à Los Angeles…

Les studios, la scène, ça t’a manqué ?
Pas vraiment, aussi parce que ces choses-là n’ont pas eu le temps de manquer : j’ai tourné le film Un jour mon père viendra (une comédie de Martin Valente avec Gérard Jugnot et François Berléand), j’ai joué avec un big band, j’ai tourné à l’étranger avec mon groupe… J’ai aussi écrit mon nouvel album pendant tout ce temps. En réalité, je n’ai jamais perdu le contact avec la scène durant ces deux ans.

Ton single s’intitule "My Lomo & Me (Je Photographie Des Gens Heureux)". C’est vrai ça, tu traques le bonheur avec ton appareil photo ?
Oula, non ! Rassurez-vous, je ne loue pas des chambres d’hôtel (comme dans son clip, ndlr.) pour aller épier des gens dans leur intimité. La fille qui photographie ces gens heureux, c’est en fait un personnage que j’avais depuis très longtemps en tête, celui d’une voyeuse, mais dans le "joli sens du terme". Je me suis aussi inspirée de ma passion pour la photographie au Lomo, mais dans la réalité, je photographie plutôt des objets, des textures…

La Lomographie, c’est donc une autre de tes passions ?
Oui, j’adore ça. Ca fait à peu près 7 ans que je m’y suis mise. Petit à petit, j’ai trouvé le modèle de Lomo qui me correspondait le plus. J’adore travailler les superpositions, jouer avec les couches, faire ressortir les ambiguïtés d’une image. Et c’est à force de travailler avec mon Lomo que j’ai eu envie de parler de cette voyeuse attachante et pas simplement "vicieuse". Dans mes chansons, je reviens très souvent sur cette proximité entre les notions de Bien et de Mal. C’est peut-être à force de trop regarder des séries comme Dexter ou Luther, dans lesquelles les personnages principaux sont des gentils-méchants, ou l’inverse ! J’aime les choses qui ont l’air très moche et qui finalement recèlent une vraie beauté. On comprend que cette voyeuse a tellement peur d’être aimée qu’elle trouve son bonheur dans celui des autres. Sauf que le bonheur, ce n’est pas forcément deux personnes qui se tiennent la main ou qui se sourient dans la rue. Un couple qui se fera la gueule au restaurant est peut-être dix fois plus heureux qu’eux ! J’aime rappeler qu’il faut mettre de la distance entre sa perception des choses et la réalité. On est tous aimés par quelqu’un et on est aussi tous le con de quelqu’un !

Ton album s’intitule Le Calme Et La Tempête. Encore des opposés qui s’attirent ?
Oui, c’est un peu ça. Pour moi, c’était évident de rattacher ces deux notions. On peut trouver de la sérénité dans des choses très violentes et du désespoir dans des choses très gaies. Le Calme Et La Tempête, c’est la vie en général. (Voir page suivante)