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Interview : on a rencontré (le vrai) Booba

Le cas booba

On a tout écrit sur Booba. Bad boy musclé, gangster misogyne, businessman, expatrié qui n’aime pas la France, poète incompris… Mais il n’est peut-être pas celui que l’on croit. Rencontre en pleine promo de "Futur 2.0", une réédition de son dernier album.

Il y a deux semaines, lors de son passage au Grand Journal de Canal +, celui qui a vendu plus d’un million de disques dans sa carrière (sans parler de ses 3 millions de like sur Facebook et son million d’abonnés sur Twitter) était visiblement saoulé par les questions très clichés d’Antoine de Caunes. Le rappeur businessman sera-t-il de mauvais poil ? Va-t-il m’envoyer bouler si j’évoque ses paroles de chansons misogynes ? Sera-t-il entouré de bodyguards et de filles sexy pendant l’interview ?
###Twitter###"Excusez-moi de mon retard". Booba arrive dans les bureaux de Unkut, sa marque de vêtements, sans aucun fracas et avec une politesse inattendue. En quelques secondes, il évacue tous les clichés. Sa poignée de mains est presque trop douce. Du haut de son 1,92 m, il est impressionnant mais moins menaçant que dans ses clips. Sa voix est plus posée que sur ses morceaux. Il a l’air presque timide, rien à voir avec le mec qui flexe du pec, torse nu sur ses photos. Quand je lui présente Claire qui travaille à Glamour, autoproclamée "la plus grande fan au monde de Booba", il est même gêné et détourne le regard. Contrairement à certaines stars, le rappeur de 36 ans est un grand garçon. Pas besoin de son staff  pour le protéger de questions embarrassantes, son attachée de presse et son manager quittent la pièce. Quand l’interview débute, il retire la casquette qui lui masque le visage. Loin des caméras, Booba est détendu, sympa… et bavard. Rencontre surprenante avec un artiste qui cherche encore et toujours la reconnaissance.

Dans Futur 2.0, il y a neuf nouveaux morceaux. Vous auriez pu faire un nouvel album.
Je vais le faire mais il n’est pas prêt. Dans Futur, il y avait déjà 18 morceaux. Je suis habitué à sortir des projets presque tous les ans. Normalement, je fais des mixtapes entre deux, qui sont comme des mini-albums. Faire une réédition, ce n’est pas trop mon habitude. Mais j’avais des morceaux, des clashs qui étaient sortis et pas commercialisés. Sur iTunes, on peut acheter seulement le deuxième CD, ça fait comme un album.

Ça parle de quoi, RTC ?
Riche Tristement Célèbre, ça veut dire que je ne suis pas reconnu par les médias pour ma musique. Je suis plus célèbre à cause de faits divers, d’un clash ou d’une bagarre, "Booba fait de la prison", le côté sulfureux. Comme sur Canal + avant-hier, ils ne m’ont parlé que de ça.

On a bien senti que vous étiez agacé...
Oui. De Caunes arrive, me lance "wesh", ne me dit même pas bonjour. Il essaie de parler verlan. Et le mec m’attaque direct sur "François nique ta reum". Je veux bien que mon verlan ou mes insultes les amusent mais dans mes textes, il n’y a pas que ça, il y a aussi des belles phrases, il y a aussi des trucs qui ont du sens. Charriez-moi, amusez-vous, moquez-vous un petit peu si ça vous rassure… Mais il n’y a pas que ça.

Cinq disques d’or, trois disques de platine. Vous connaissez un succès énorme, vous avez un public qui vous suit pourtant vous dites ne pas vous sentir reconnu…
La France n’est pas vraiment le pays de la musique. C’est plus intello : la littérature, la poésie… Mais la musique, le groove, le beat, ça n’a jamais été très français. La chanson française que j’écoutais quand j’étais gamin, c’était Goldman, Renaud. Ce ne sont pas des trucs qui envoient, c’est plus du texte et de l’interprétation. Alors, non, je ne me sens pas reconnu à ma juste valeur. Comment je peux être numéro un du top album à chaque fois que j’en sors un et ne pas passer sur les plus grosses radios ?

Vous avez une explication ?
Ce que je sais c’est qu’ils ne veulent pas de ma musique même si ça rapporte de l’argent. Je pense qu’il y a une forme de racisme musical. Aux USA, la couleur ne compte pas dans le business, que tu sois noir, rouge, jaune, du moment que tu as du talent, que tu rapportes, tout le monde a la couleur verte. Mais en France, ils s’en foutent. Ce n’est pas comme si je n’étais écouté que dans les banlieues ou par des sauvages qui sortent de prison. Je remplis Bercy, il y a des filles qui chantent mes chansons, les gens apprécient ma musique.

Ce sont peut-être les paroles qui dérangent ces grands médias ?
La censure, ça existe. Les Américains ont toujours fait une version censurée, tout ce qui ne plaît pas est coupé et le morceau passe. Il y a des mecs qui arrivent du jour au lendemain, ils font de la soupe, moi je suis là depuis presque 20 ans, je n’ai jamais connu l’échec, je suis toujours apprécié. Et pourtant, je ne suis pas invité aux NRJ Music Awards. Je suis sûr que si j’y allais, ils battraient un record : ils auraient tout leur public habituel, tout mon public et tous les curieux, même mes détracteurs. Je suis un genre de phénomène, il y a tellement de gens qui m’aiment ou me détestent. Mais même ceux qui me détestent vont regarder. Ils ont tellement la haine qu’ils vont espérer que je fasse une erreur ou que je trébuche pour pouvoir en parler le lendemain. Je ne laisse pas indifférent.

Ça a l’air de vous tenir à cœur. Vous espérez un jour avoir cette reconnaissance ?
On m’a invité aux Hip Hop Awards à la française, je n’y vais pas tellement ça fait pitié. C’est sur le câble, sur une chaîne que personne ne regarde. C’est comme pour les Victoires de la musique, ils voulaient nous envoyer à Lille, loin des vrais artistes.

Le rap est toujours considéré comme une musique de voyous…
Et pourtant, je suis cité dans La Revue Française ou par de grands écrivains. Il y a une volonté de leur part de ne pas me jouer, c’est évident.

Justement, la revue vous compare à Céline. Ça vous fait plaisir de savoir qu’on étudie vos textes ?
Bien sûr. Parce que je n’écris pas que des conneries et des trucs vulgaires. Quand je vois que des gens d’autres univers peuvent comprendre ce que je dis, je me dis que finalement ça doit être bien écrit, si ça passe la barrière…

Un mot sur le succès Kaaris?
Bosser avec moi, ça lui a donné de l’exposition mais il ne doit son succès qu’à lui. J’ai collaboré avec d’autres artistes qui, après, n’ont pas fourni le travail nécessaire pour continuer.

Vous auriez envie de produire des artistes ?
Ce n’est pas que je n’ai pas envie mais je n’ai pas vraiment le temps. Peut-être plus tard. Et c’est difficile de produire un artiste.

Vous écoutez des jeunes rappeurs français?
C’est hyper-dur de les repérer. Le rap est boycotté, ça ne passe nulle part même sur Skyrock, la soit disant première radio sur le rap. Il y avait des émissions spéciales à l’époque où les mecs pas connus jouaient.

Aux USA, il y a une vraie famille du rap.
Oui, il y a une énergie mais ce n’est pas infaisable ici. C’est juste qu’ils ne veulent pas faire ça parce qu’il n’y a pas beaucoup de talent. Au début du rap, il y avait des trucs underground d’un certain niveau, on arrivait à faire de petits évènements.

Mais vous êtes puissant, vous pourriez avoir un label et produire le son que vous voulez.
Mais je n’ai rien du tout comparé à eux, c’est rien du tout un label même si je suis bankable.

Aujourd’hui qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
J’ai mon public, je suis resté entier, je remplis les salles mais je suis exclu. Ce n’est pas grave, je fais quand même mon truc. Mais il y a moins d’excitation.

Vous habitez à Miami. Que ressentez-vous quand vous revenez ici?
J’ai toujours plusieurs images quand je reviens : les cigarettes, la grève, le président qui se fait insulter, les camps de Roms…

Il y a quand même une fierté d’être français quand on vit à l’étranger?
Je n’ai pas cette mentalité-là. Je ne me dis pas français, américain, africain. Je suis citoyen de partout.

Vous reviendrez vivre en France un jour ?
Non.

Ça ressemble à quoi, une journée type de Booba?
A Miami, je checke mes mails, je reçois des dessins de la marque, des sons que j’écoute, je fais du sport et j’aime bien manger.

Vous vous considérez comme un rappeur ou comme un businessman ?
J’ai toujours voulu faire ce que j’aimais. Je me considère plus comme un entrepreneur qu’un artiste. Si je m’arrêtais de chanter, ça ne me dérangerait pas plus que ça. J’aime la musique, j’aime en écouter, j’aime bien en faire mais je ne suis pas obligé d’en faire, ça n’a jamais été un rêve. J’ai commencé par hasard. C’était une blague, j’avais un pote chez qui j’allais tout le temps, il faisait des beats, il rappait. Un jour, il m’a écrit un texte pour rigoler et j’ai fait ça pour délirer. J’avais une plus petite voix à l’époque… Après, j’ai rencontré Ali avec qui j’ai monté le groupe Lunatic. Lui c’était un vrai rappeur, il avait un petit nom, il faisait des concerts municipaux, moi je délirais. Il était plus motivé que moi, il m’a dit "viens on fait un groupe" pourquoi pas… Je devais avoir 16 ans.

Ça ne vous manquerait pas plus que ça ?
Non parce que le hip-hop, c’est aussi une culture, je peux aller en soirée. La scène me manquerait mais je ne m’en mourrais pas.

Dernièrement, vous avez collaboré avec Rick Ross et 2Chainz. Il y a d’autres artistes américains avec qui vous aimeriez travailler ?
Drake, Chris Brown, Nicki Minaj.

Vous écoutez de la musique française?
Il n’y a pas grand-chose qui m’intéresse. J’aime bien Stromae, la house. Si je veux écouter des choses différentes, j’écoute la radio. A Miami, il y a beaucoup de reggaeton, du bachata, du reggae, du rap. J’écoute tout. Pour moi, la musique c’est comme la bouffe, j’aime tester plein de cuisines différentes. Je suis ouvert à tout.

Ça vous importe ce que les gens pensent de vous ?
Disons que je ne veux pas que les gens aient une fausse image de moi. 

Justement, vous aimeriez qu’on ait quelle image de vous ?
Je pense représenter une certaine forme de liberté. Je fais ce que j’aime dans mon coin, je n’emmerde personne, je dis ce que j’ai envie de dire. Vous me demandiez tout à l’heure si j’avais des choses à dire. Je ne fais pas de la musique parce que j’ai des choses à dire. Quand je fais de la musique, quand j’écris, c’est comme si je me parlais à moi-même. Je ne me dis pas "oh mon Dieu, je représente ceci ou cela, j’ai tel public, je suis un exemple, il faut que je fasse attention."  Il faut que ça me ressemble, il faut que je puisse kiffer. C’est comme les vêtements, quand je fais ça, je me demande si le public va aimer mais surtout si ça me plaît. Quand j’écris, je suis seul, comme un peintre ou un écrivain devant sa feuille.

Vos paroles sur les filles sont parfois misogynes voire très dures.
C’est du second degré. Parfois, ce sont des vannes tout simplement. Moi, ça me fait rigoler mais ce n’est pas de la violence gratuite. Quand je rencontre une fille, je ne lui dis pas : "Eh biatch, viens là". Tout ça, ce sont les codes du rap, c’est peut-être dur à comprendre quand on ne vit pas dans ce monde. Mais je parle plutôt de certaines de filles, prêtes à coucher avec le bassiste ou le percussionniste et qui te balancent "baise-moi" comme ça.

Ça vous sert à quoi, cette réussite ?
Je ne suis pas égoïste. Quand j’embauche un mec de mon quartier, un jeune avec qui j’ai grandi,  je suis super-fier. Je suis content d’avoir réussi, j’ai envie que mes proches et d’autres gens puissent réussir. Et être tout seul au sommet ce n’est pas intéressant. J’aimerais bien qu’il y ait dix Booba, qu’on fasse des featurings, qu’on soit solidaires, qu’on fasse des clips ensemble. C’est un peu triste d’être tout seul.

Futur 2.0 de Booba, Tallac Record, Universal, sorti le 25 novembre.

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Nathalie Dépret
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