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Chez les popsters du Midi

Festival Midi

Compte-rendu du Midi Festival qui se tenait dans les jardins de la Villa Noailles à Hyères. Un festival de découvertes où l’on se plait, parmi une marée de hipsters parisiens et locaux, à tenter de trouver les stars de la pop de demain.

Jour 1

En musique, le futur n’existe pas, il n’y a que le passé et l’instant présent qui comptent vraiment. C’est un peu la leçon, année après année, du Midi Festival. Tenu dans un des plus beaux endroits du monde, la villa Noailles à Hyères, dont on doit la géométrie impeccable au grand architecte Mallet-Stevens, assailli par des popsters (des hipsters fans de musique, notamment pop), le festival accueille chaque année une jolie sélection de jeunes pousses, encadrant un ou deux vétérans. Pour l’ouverture de l’édition 2011,vendredi 22 juillet en fin d’après-midi, on a effectivement pu voir le bon vieux rocker R Stevie Moore, tout en accoutrement post-hippie, jouer un rock aviné de fuzz sorti droit de la période 69-72 et agrémenté d’un bel humour, sous sa barbe blanche de Santa Claus camé. Jolie performance, endiablée à souhait et encadrée par de vraies bonnes surprises. D’abord, le marseillais Johnny Hawaii faisait en ouverture une belle variation planante sur la H-pop de Ducktails & co., tandis que les Anglais Alt-J donnaient dans une pop chic et habitée par des harmonies de plage saturnienne. Jolie performance, dira-t-on encore. Suivie par les jeunots Gross Magic, qui, planqués sous des casquettes, ressuscitent un esprit proto-shoegaze, où se mêlent des relents de Dinosaur Jr et des façons de Slowdive première période, mais avec moins de (pertes de) pédales. Leur dernier morceau sur scène, abrasif, était le meilleur : joué en boucle, chargé de feedback corrosif, il montrait une vraie voie à suivre, lysergique et dynamique.

Le final de cette première soirée à la villa, après Gross Magic, était inattendu : un groupe de Manchester, Christian Aids rebaptisé Stay +, réinventait la rave de nos 20 ans, citant l’esprit de KLF et Underworld mais à travers un brouillard de réverbérations et un mix soignant les espaces vides et lourds. De la dance hypnagogique ? A peu près… Presque renversant, proche du  "Wu Lyf effect " , le groupe a suscité plus que de la curiosité : il a ravivé un esprit que l’on pensait perdu, celui de la techno fracassée par une gestuelle punk. Ce qui a toujours pour bel effet de ne pas plaire à tout le monde. Une rareté, ces jours-ci.

Jour 2

Samedi soir, c’est en arrivant devant la scène du Midi Festival, que l’on apprenait la mort d’Amy Winehouse. Est-ce pour cela que les musiciens de Psychologist, premier groupe de la soirée étaient tout en noir ? Leur musique avait en tout cas quelque chose de sépulcral, évoquant par échos diffus le même mélange de vide sidérant que Stay + la veille, mais avec des beats sortis du dubstep plutôt que de la rave et un chant tout en hystérie sombre. De la house, dira-t-on, désenchantée. Ce qui n’était pas le cas de la pop post-teenage (à peine) de Puro Instinct : balances en direct, puis concert endiablé évoquant un croisement entre des Pastels radoucis et Kim Wilde moins mégère, plus bitchy. Les garçons ont aimé sans l’avouer au filles qui ont forcément détesté ces blondes de L.A. qui ne semblaient pas croire en leur bonheur d’être . Mention spéciale à la guitariste du groupe (18 ans ?), la plus cool vue sur scène depuis des lustres.
Mais, c’est un autre gamin qui aura été le grande belle surprise du soir : King Krule, ex-Zoo Kid, rouquin de 16 ans, qui en parait trois de moins, casquette vissée et guitare tenue avec morve, tenait son public d’une voix déjà grave, comme un Nick Cave sans drogue, et avec des compositions complexes, dont la maigreur sonique était accompagnée d’une tension viscérale évoquant le rock primitif des fifties. Une révélation qui tenait de l’apparition. Comme le signalait Wilfried Paris au bout du concert : "étrange de découvrir ce gamin le jour de la mort d’Amy, comme si la relève était déjà ". Gaffe à toi, petit poil de carotte…
Ensuite, Dirty Beaches dont nos amis du label la Station Radar nous offraient avant le concert un splendide LP partagé avec Ela Orleans. Seul sur scène avec une guitare et trois pédales, en Marcel gris et tatouages, ce musicien Canadien/Taïwanais a tenu la foule avec sa musique d’apocalypse intime, calquée sur Suicide, mais en plus poperiste. Une belle, très belle performance, surtout durant les morceaux les moins rythmés. La suite, et fin, était plus légère : Washed Out, armés de synthés, basse et batterie, donnait une version poliment enjouée de leur musique de chambre qui en perdait du coup ses façons améthystes, si prenantes sur disque. Ici, tout le monde voulait taper dans les mains, tout le temps – la meilleure façon de pourrir un concert, surtout le jour de la mort d’Amy et de l’apparition si grave de King Krule. Le roi est , tout jeune.

Jour 3

Sans doute le programme des jours précédents avait-il été très joliment chargé en belles découvertes et sans doute aussi, la perspective de voir Primal Scream jouer son album d’il y a 20 ans était si forte que la journée n’admettait rien d’autre. Certes, on aurait bien aimé voir Cheveu et Feeling of Love l’après-midi, mais impossible d’accéder à leurs concerts, trop bondés pour les jardins suspendus de la villa Noailles. Le soir, c’était tout le contraire, l’hippodrome semblait trop grand pour Primal Scream – ou en tout cas aurait pu accueillir plus de monde encore.
Lorsque le groupe arrive et entame Movin On Up, il y a plus que de la chair de poule : presque des larmes venues du ventre. Après tout, Screamadelica était le disque de nos 20 ans. L’entrée en matière était donc saisissante, tandis que le reste, en faisant tout de même danser, décevait un peu à la manière d’un vieil amour que l’on aurait revu, mais changé : les chansons étaient ainsi interprétées toutes guitares en avant – une hérésie pour qui se souvient que Screamadelica était l’album amoureux d’une génération qui bannissait les guitares au profit des machines hypnotiques.
Mais Andy Weatherall, maître d’œuvre de l’album n’était pas et le groupe pouvait s’abandonner à ses penchants rock sudistes… Heureusement, la beauté des chansons surgissait bien grâce à Bobby Gillespie, chanteur frêle et canaille, presque féminin et capable de porter vers les cieux les hymnes les plus lourdement camés tout en faisant la gueule comme une fille mal aimée. On ne regrette rien : le temps du concert, malgré les guitares et la batterie trop lourde, on comprenait bien pourquoi cette musique en 1991 était une épiphanie, mais fortement utopique.

Et puis, finalement, le festival s’est achevé en un off plutôt inattendu : le noyau dur des festivaliers s’est retrouvé chaque soir, en compagnie de quelques-uns des musiciens invités, dans un bar local – le Sun Rock, seul de la ville qui ouvrait toute la nuit, donnait à boire (beaucoup), à manger (un peu) tout en ayant une salle de karaoké et une autre de billards. Tout le futur de la pop s’est retrouvé et, devant la table de billard, on a pu voir le jeune King Krule taper consciencieusement dans les boules. Sa sérénité, vers 4h du matin ne trahissait rien d’autre que sa certitude d’avoir bien joué et notre fierté si grande d’avoir, on est certain, croisé le futur de la musique.

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Joseph Ghosn
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