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"Les Deux Amis" : Louis Garrel, l’âge d’homme

Louis Garrel, l’âge d’homme Confiance en Louis Le coup du triangle ? Acteur studieux 5

"Les Deux Amis", son premier film en tant que réalisateur, sort ce mois-ci. Intemporel, sentimental, charmant, drôle et tragique, ce long-métrage ressemble à son auteur-acteur. Rencontre avec une tête bien faite.

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Louis Garrel, l’âge d’homme

Louis Garrel, l’âge d’homme

C’est un acteur vraiment français ; un acteur nourri de théâtre, de littérature, de cinéma français. Il y a sa généalogie bien sûr, le père, Philippe (qu’il appelle d’ailleurs par son prénom), le grand-père, Maurice, la mère, Brigitte Sy, actrice et réalisatrice. La généalogie de son premier film, elle, plonge dans la trame dramatique des Caprices de Marianne, d’Alfred de Musset, et fait écho à La Règle du jeu, de Jean Renoir… Louis Garrel a un côté vieux jeu.
Son prénom royal, son nom dynastique, son profil net et viril, sa chemise blanche ouverte, son vélo qu’il enfourche pour arpenter Paris… Pour un étranger, se dit-on, ce garçon doit synthétiser l’idée que l’on se fait de "l’homme français" : chic, nonchalant, beau et charmant, inquiet et possiblement débonnaire. Très drôle aussi, limite fanfaron ; une qualité qui est longtemps passée inaperçue au cinéma mais devrait commencer à devenir publique : "J’ai joué beaucoup de jeunes premiers, c’est vrai. Sur le tournage de "Ma mère", Christophe Honoré m’avait vu faire le clown entre les scènes. C’est de lui que vient l’idée de faire un film enlevé plus que tragique. Je n’y avais pas pensé, alors que j’adore rigoler au cinéma."

 

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Confiance en Louis

Confiance en Louis

On doute qu’il puisse encore ignorer, après 32 années passées dans son enveloppe, que son apparence a le pouvoir de faire se pâmer les filles. Cela a dû commencer au collège, à l’échelle réduite de sa vie d’adolescent, puis sa beauté, diffractée par les écrans de cinéma, a touché une petite armée. Après quelques apparitions dans les films de son père, le déclic est advenu en 2003. Bertolucci était derrière la caméra. Ça s’appelait The Dreamers et depuis, Louis Garrel n’a cessé de tourner des films et de faire tourner les têtes. Si la reconnaissance (dont un César du meilleur espoir, en 2006, pour Les Amants réguliers), la confiance des réalisateurs avec lesquels il a tissé des relations au long cours (six films avec son père, six autres avec Christophe Honoré, deux avec Valeria Bruni-Tedeschi…) ont dû conforter sa confiance d’acteur, il demeure un garçon pétri de grandes inquiétudes. Mais l’angoisse, ici, fait le terreau des réalisations. Cela donne un travailleur qui rechigne à se montrer besogneux, qui sous des airs dilettantes – une dégaine, une démarche, un phrasé – dissimule une saine ambition. "J’ai toujours du mal à dire que je travaille", lâche-t-il d’ailleurs. Et pourtant, ces dernières années, le rythme a forci : en Jacques de Bascher dans le Saint Laurent de Bertrand Bonello en septembre dernier, sur la scène
du théâtre de l’Odéon avec Isabelle Huppert pour 120 représentations des Fausses confidences au printemps, en novembre prochain dans Mon roi, de Maïwenn, et au milieu de tout cela en tournage de son propre film, qu’il a également écrit et dans lequel il tient l’un des trois rôles principaux… En 2014 et 2015, Garrel a enchaîné sans se trahir, poussant les murs de son chez-lui théâtral et cinématographique.

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Le coup du triangle ?

Le coup du triangle ?

Point d’orgue de cette évolution douce, Les Deux Amis entérine cette manière de faire, mélange d’affect et d’expertise, qui fait un film d’auteur intime et généreux. En amont, son complice de dix ans Christophe Honoré cosigne le scénario. Devant la caméra, à ses côtés, Vincent Macaigne, qu’il avait fait jouer il y a des années dans La Règle de trois, le court-métrage qui fut la matrice du long, et Golshifteh Farahani, qui partageait alors sa vie. Le film se calque sur la trame des Caprices de Marianne, de Musset, comme la résume Garrel : "Un homme a une cristallisation amoureuse sur une femme.
Il n’a pas compris que ça n’était pas réciproque et demande à son meilleur ami de l’aider, en ne pensant même pas que cela puisse être dangereux. Ainsi commence la triangulation du désir."
Insufflant de la comédie dans le drame, de la légèreté dans l’intensité des désirs, Louis Garrel a voulu faire un film "sentimental et vif ". Les Deux Amis suit une partition légère, qui place les sentiments au cœur de tout, faisant fi de la chronique sociale pour mieux ausculter les cœurs. Un parti pris qui en dit long sur son auteur, un garçon qui voit la vie à travers le prisme gracieux du théâtre et du cinéma, parle avec passion de la technique du jeu d’acteur, aime disséquer à l’envi les mécanismes qui président à la fabrication d’une scène réussie ou loupée…

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Acteur studieux

Acteur studieux

Alors que beaucoup de comédiens rechignent à dévoiler les rouages de leur travail, en appelant à la spontanéité, à l’inné, voire à une forme de possession, Louis Garrel cite Formation de l’acteur, de Stanislavski ("je crois que c’est mon père qui me l’avait donné"), évoque Philippe Caubère ou Isabelle Huppert, pairs admirés, parle technique avec la gourmandise d’un musicien geek évoquant les mystérieux prodiges de la production, sans que cela n’enlève rien au charme de ses interprétations. C’est peut-être parce que le jeu, Louis Garrel l’a apprivoisé par le biais le plus traditionnel : le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, où il a fait ses armes, à 18 ans. "J’y suis entré trop jeune. Je n’avais pas encore compris que sur scène, la justesse du placement du corps aide à faire venir l’émotion. Je trouvais ça débile d’avoir un cours de danse…" Peu à peu, la technique s’approfondit, le jeu s’affine, la nécessité se précise : "Au début, je faisais l’acteur pour le plaisir d’avoir des gens qui m’écoutent et me regardent, comme quand tu fais un petit spectacle ou que tu racontes une blague à table. Mais ce côté “jeune premier”, les photos pour les magazines… Ça devient un peu absurde à un moment. Donc il a fallu trouver là-dedans un plaisir autre que narcissique. Au théâtre, on ressent forcément le côté ancestral de cette cérémonie : les gens vont voir de la fausse vie incarnée par des vrais gens, qui livrent une représentation de l’existence, et c’est important. C’est un besoin vital." Cabot comme un acteur, mais combattant son propre narcissisme, il souligne également l’inadéquation fondamentale entre le vedettariat et l’esprit de théâtre. Bref, l’ascète intello affleure sous le joli cœur photogénique.

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Réalisateur engagé

Réalisateur engagé

Mais quand le cinéma, le théâtre, le jeu, sont ainsi placés au cœur d’une existence, plus rien de ce qui s’y rattache n’est futile. Il y a cette forme d’engagement total chez Louis Garrel, décomplexé qui plus est. A ceux qui lui reprocheraient de se livrer à un art désengagé du réel, on répondrait que l’objection est hors sujet : le réel de ce monde, ce sont l’âme humaine et les sentiments qui en émanent, répliqués avec le plus de justesse possible sur écran de cinéma. "Chez un bon cinéaste, chez Antonioni par exemple, il n’y a pas de déperdition entre ce qu’il pense du monde et l’objet qu’il crée " analyse-t-il. Chacun sait donc ce qu’il lui reste à faire pour pénétrer l’âme tourmentée de Louis : filer voir Les Deux Amis.

 

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