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"120 battements par minute", c'est aussi une histoire de filles

Ça crie, ça s’engueule, ça rit et ça baise dans "120 battements par minute" de Robin Campillo, qui retrace les débuts mouvementés d’Act Up-Paris. Pas seulement un film de garçons : ici, comme au sein de l’association, les femmes tiennent un rôle clé.

C ’est un peu perplexe que, tout en sanglotant bruyamment, on les a vus sortir, les uns après les autres, en pleine projection de 120 battements par minute à Cannes. Rien que des mecs, peu nombreux et solitaires. Peut-être sujets à une envie pressante ? A moins qu’ils n’aient été rebutés par la durée du film (2 h 20) ou par ses scènes de sexe gay explicites… En cherchant bien, on pourrait trouver de menus défauts au film de Robin Campillo. Mais, au fond, on s’en fiche. Et l’on se range à l’avis d’Aloïse Sauvage, l’une des actrices du film, lorsqu’elle nous dit : "C’est un film que l’on a du mal à envisager de façon critique, avec un regard de cinéphile. Il a une dimension documentaire, historique. On s’assied, on regarde et ça fait du bien."

Au même titre qu’Aloïse, venue de l’univers du cirque et convoquée aux auditions après avoir envoyé une vidéo d’elle assez gonflée, elles sont trois autres actrices formidables – Adèle Haenel, Catherine Vinatier et Coralie Russier – à tenir des rôles secondaires mais essentiels au milieu d’une majorité de mecs : mère hétérosexuelle soutenant son fils hémophile infecté lors d’une transfusion, militantes lesbiennes impliquées dans des actions musclées, "facilitatrice" qui tente de calmer les esprits lors de réunions houleuses…

Sit-in, capotes et poches de sang

Sit-in, capotes et poches de sang

Des personnages forts que Robin Campillo, déjà remarqué pour son travail sur la série Les Revenants et pour son premier film Eastern Boys, n’a pas expédiés en deux coups de crayons : "Le casting d’Eastern Boys était presque entièrement masculin, nous confie le réalisateur. Et dès les prémices du projet sur Act Up, je me suis dit qu’il fallait que je fasse attention à ça : à la place des femmes dans le film. Mais je n’ai eu ni à me forcer, ni à inventer. Il suffisait de me remémorer mon arrivée à Act Up en 1992. J’avais été étonné par la présence des femmes. Elles avaient des personnalités impressionnantes et une grande force politicienne. Elles apportaient aussi beaucoup d’humour et de dérision."
 

En 1992, Act Up-Paris existait depuis trois ans, suivant le modèle américain. En plein fléau du sida, l’association commençait à faire parler d’elle par ses actions radicales faites pour alerter les pouvoirs publics : sit-in dans des lieux symboliques, capote sur l’obélisque de la Concorde, poches de sang lancées sur les murs des laboratoires frileux. Le film, avec éclat et sans dogmatisme, montre l’urgence dans laquelle se trouvaient les membres d’Act Up, pour la plupart séropositifs. Il fallait faire vite, très vite. Et tant pis pour les ratés et les incompréhensions. Présidente d’Act Up-Paris entre 2001 et 2003, Victoire Patouillard revient sur l’effet libérateur qu’avait eu sur elle son implication dans l’association. "C’était un groupe au sens fort du terme, très mélangé : malades, non malades, garçons, filles, hétéros, homos. Pour une fille, c’était un lieu où l’on pouvait faire de la politique, intervenir et obtenir des choses sans entrer dans une conception viriliste du pouvoir. Les catégories n’étaient pas figées : on appelait le président “la présidente” et on pouvait dire d’une fille qu’elle était pédé."

Femmes hétéros en milieu gay

Femmes hétéros en milieu gay

Victoire Patouillard, Emmanuelle Cosse, Anne Rousseau ou Gwen Fauchois… si Act Up est entré dans leur vie, c’est qu’elles avaient quelque chose à y faire : dans les années 1990, deux personnes touchées par le sida sur dix étaient des femmes – aujourd’hui le ratio est d’une personne sur deux –, et les femmes n’avaient pas accès aux protocoles d’essais médicamenteux : "Cette différence de traitement n’était pas propre au sida, précise Victoire Patouillard. C’était comme ça pour d’autres protocoles : on essaye d’abord sur les hommes, puis, quand le médicament sort, tant pis si cela n’a pas le même effet sur un métabolisme féminin. Un travail a été mené par Act Up pour que ça change."

Un modèle d’entente entre garçons et filles – au-delà des clichés genrés – que cette association hors normes ? Joëlle Bouchet, dont le réalisateur Robin Campillo s’est beaucoup inspiré pour le rôle de la mère du jeune hémophile, porte un regard lucide sur son expérience à Act Up : "La place d’une femme hétéro dans un milieu gay est assez inconfortable, surtout si elle arrive avec un gamin. Certains regards disent clairement : pourquoi elle est là, celle-là ? Alors il faut apprendre les codes, les gestes, la manière de parler, et surtout ne pas se mettre en rivalité. L’homme reste un homme, gay ou pas gay. Et puis, si vous n’êtes pas trop bête, vous allez vous faire des amis. Et lorsque vous êtes acceptée par le groupe, vous vous retrouvez happée, soutenue, presque surveillée, comme dans une famille, et parfois même boudée."

Dans le film, on voit le jeune fils du personnage inspiré de Joëlle fabriquer du faux sang dans une baignoire. Pour Christophe Martet, figure emblématique de l’association, au même titre que Didier Lestrade, l’anecdote est véridique : "Joëlle Bouchet a été la première personne à m’approcher quand je suis arrivé à Act Up. Elle se plaignait en riant de ne plus pouvoir se laver car sa baignoire était remplie de sang. Tout ce que dit le film est vrai. A l’image de Joëlle, les filles étaient plus posées, plus structurées que les garçons, qui partaient souvent en vrille. Leur présence faisait du bien, car il ne faut pas oublier que la plupart des mecs malades étaient rejetés par leur famille. Mais elles étaient aussi plus créatives. Elles inventaient des slogans forts. Tout récemment, je constatais
que des femmes étaient en première ligne pour dénoncer l’homophobie d’Hanouna ou la violence contre les gays en Tchétchénie. La militance via les filles revient en force.
"

Aujourd’hui professeure de sciences économiques et sociales au Lycée Français de New York, Victoire Patouillard est tout à fait de cet avis : "Pour l’investiture de Donald Trump, je suis allée à Washington, à la manif des femmes. Les slogans que j’ai vus et entendus, c’était tout l’esprit et l’humour d’Act Up !"
 

120 battements par minute, de Robin Campillo, sorti le 23 août.

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