"Polisse" : une histoire de filles ?

On ne voit pas qu’elles dans "Polisse". Pourtant, la fiction-choc de Maïwenn doit beaucoup à ses forces féminines qui interviennent partout : scénario, réalisation, interprétation. Zoom sur ces femmes qui secouent le cinéma français.

Polisse Maïwenn
© Polisse/Maïwenn/DR -

Maïwenn, des deux côtés

Actrice dès son plus jeune âge par la volonté de sa mère qui l’imagine future star, mariée à 16 ans à Luc Besson et exilée à Los Angeles, divorcée à 21, dépressive et quasi chômeuse à Paris... Maïwenn n’a que 35 ans, mais semble avoir déjà vécu 35 vies. L’essentiel, depuis cinq ans, est ailleurs : elle a enfin trouvé sa voie personnelle, celle de cinéaste.

Rappel des épisodes filmiques précédents : dans Pardonnez-moi, son premier essai où gravité et humour avançaient main dans la main, Maïwenn retraçait en images sa biographie sévère (son enfance en lambeaux et ses relations désolantes avec ses géniteurs). Dans le second, Le bal des actrices, elle s’amusait à réduire en confettis les us et coutumes de son métier de comédienne et les ridicules d’une corporation qu’elle connaît par cœur pour y avoir fait ses débuts à… 7 ans. Aujourd’hui, avec Polisse, Maïwenn passe à la vitesse supérieure et s’attaque à un sujet rude : le quotidien des flics de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs). Des hommes et des femmes qui, au quotidien, enquêtent sur une misère trop ordinaire : pédophilie, violences, abus sexuels, on en passe et des pires.

Pour écrire ce film urgent et très documenté (la cinéaste a longuement enquêté auprès des vrais flics), Maïwenn a appelé à la rescousse une de ses meilleures amies, Emmanuelle Bercot, elle-même cinéaste (Backstage), qui a collaboré au scénario du film et y interprète un rôle important. Résultat, une fiction aux prises avec la réalité brute qui évite les poncifs trop souvent de mise quand le cinéma français s’attaque à la sphère policière. Et qui porte sur ses personnages un regard sensible, très loin des défilés virils accompagnant généralement les polars. Maïwenn, non contente de (bien) mettre en scène, s’est également attribuée le rôle de la photographe en vadrouille dans les coulisses de la BPM. Une femme qui observe et s’engage. Un rôle qui lui ressemble.