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"Much Loved" : les filles bouleversantes du Maroc

"Much Loved" : les filles bouleversantes du Maroc

Des prostituées de Marrakech rêvent d’un avenir meilleur et se débattent dans un univers qui ne leur fait aucun cadeau... Dans son film, Nabil Ayouch prend tous les risques et, avec ses géniales comédiennes, signe l’un des plus beaux films de la rentrée.

Elles s’appellent Noha, Randa, Soukaina, Hilma et fréquentent chaque soir les boites de nuit et les riads huppés de Marrakech. En quête de fric, fascinées par le bling bling et surtout désireuses de pouvoir un jour fuir leur pays natal grâce à leurs économies, ces filles de 20 ou 30 ans bossent comme prostituées et acceptent d’assouvir les fantasmes de leurs clients, des mecs fortunés venus des pays du Golfe ou d’Europe. Etre prostituée, aujourd’hui, à Marrakech : pas exactement une mince affaire vu le contexte social, moral et religieux régnant au Maroc… Les filles ont beau faire vivre leur famille grâce au fric amassé avec leur corps, elles n’essuient que mépris de la part de leurs "proches" qui les considèrent (au mieux) comme des moins que rien. Solitaires et clandestines, ces héroïnes du trottoir affrontent la violence de leurs clients, la corruption - les flics locaux se comportent comme des macs -, la honte, la culpabilité. Armées de leur audace, de leur solidarité et d’une vitalité féroce, elles tentent néanmoins de rester dignes aux yeux du monde et, surtout, à leurs propres yeux.

Nabil Ayouch, cinéaste marocain déjà remarqué par le passé (notamment avec Les chevaux de Dieu, son film sur l’islamisme radical), prend tous les risques dans Much Loved, une fiction qui bouscule d’innombrables tabous dans la société de son pays. Sans un gramme de misérabilisme, le cinéaste, qui s’est documenté de long mois auprès de prostituées avant d’entamer l’écriture de son film, ne lâche pas d’une semelle  ses héroïnes : des filles ordinaires que les circonstances ont entrainé à "faire commerce" de leur corps. Très loin des clichés touristique (on oublie le Marrakech de cartes postales), Nabil Ayouch, tel un cousin marocain de John Cassavetes, met en scène avec une énergie de chaque scène le quotidien de ces filles qui ne dorment jamais, multiplient les passes, s’amusent (parfois), souffrent (souvent) et s’enivrent (toujours) pour oublier leur quotidien lugubre. Le résultat, sidérant, rend compte à la fois d’une réalité jamais traitée sur les écrans (la prostitution dans les pays du Maghreb) et de la singularité émouvante de cette bande de filles en lutte contre de multiples dangers. Indissociables du cinéaste dans cette réussite majeure, les comédiennes principales du film, toutes des non professionnelles, confirment que les amateurs (amatrices) rendent parfois de fiers services au cinéma. Ces jeunes femmes, courageuses et bouleversantes, ont pris autant de risques que leur metteur en scène (Much Loved est interdit de diffusion au Maroc) et elles méritent deux fois plutôt qu’une d’être citées : Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elalaoui. On n’oubliera pas de sitôt leur visage et leur talent.

"Much loved", de Nabil Ayouch, avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi ElalaouiSorti le 16 septembre.

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Olivier De Bruyn
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