• Minute Crush
  • Calendrier de l

Actuellement en kiosque !

GL cover mag Mai 2016 header maxi Alt 2

Edition papier

Découvrir

Edition numérique

Découvrir
Inboard

"Mommy" : Xavier Dolan, jeune et bon

"Mommy" : Xavier Dolan, jeune et bon

Avec le débordant "Mommy", Xavier Dolan, le benjamin de la compétition, pose les excès de la jeunesse en manifeste cinématographique, et court à bout de souffle vers les ors du palmarès. Trois raisons de le suivre.

Pour le panache

Jean-Luc Godard a 30 ans quand il change la face du cinéma avec À bout de souffle en 1960. La Nouvelle Vague qu’il fait monter est une déclaration de jeunesse radicale. 54 ans plus tard, c’est une œuvre de vieillesse que le mythique cinéaste suisse présente en compétition cannoise en disant Adieu au langage, et c’est un Québécois de 25 ans qui porte l’étendard de l’énergie juvénile. Godard mercredi, Dolan jeudi. Quand le cinéma du premier se décharne au point de nier le cinéma lui-même, celui du second revendique au contraire l’exubérance formelle comme définition même du cinéma. Vous aviez trouvé Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways plein d’artifices, boursouflés, too much ?
Avec Mommy, où il raconte l’histoire d’une mère désaxée et de son fils ado ingérable qui tentent de cohabiter, Xavier Dolan persiste. L’excès sera sa signature. Dans Mommy, on est hystérique et on chante du Céline Dion, la musique inonde l’image et l’image change de taille au gré des états d’âme, passant d’un carré étouffant à un format large libérateur, et le réalisateur, éclaboussant chaque plan de sa furie stylistique, se la joue méchamment. Ne faut-il pas, après tout, être un peu arrogant pour faire naître un monde de toute pièce et y régner en maître ? A notre époque post-moderne, ou rien ne se crée, tout se recycle, l’invention d’un Dolan n’est certes pas aussi radicale que celle de Godard en 1960. Mais Mommy, épuré des facilités citationnelles des premiers essais de son baby réalisateur, a métabolisé les références. Le carburant des films qui l’ont précédé, il le transforme en vitalité pure, insolente, et terriblement stimulante.

Pour l’émotion

Après un détour par le thriller hitchcockien avec Tom à la ferme, Dolan revient au mélo, qu’il avait défriché dans Laurence Anyways. Forcément flamboyante, son interprétation du genre s’exprime ici dans la relation oedipienne de Steve, le fils tendre mais instable, à Diane, la mère aimante mais dispersée. Transformé en triangle par l’arrivée de Kyla, voisine dont le bégaiement trahit un deuil silencieux, ce couple porte en lui une double immensité : celle de l’amour maternel et celle de la tristesse de savoir que ce lien devra se desserrer. Surnommé Die comme la mort, la mère est celle qui a donné vie mais que l’on doit quitter pour exister, et cette défusion prend ici des accents bouleversants. "Ce qui va arriver, c’est que moi je t’aimerai de plus en plus fort, et que toi tu m’aimeras moins ", dit la mère à son fils. Accusé d’en faire trop, Dolan livre un cinéma plus subtil que sa caricature, où la saturation formelle côtoie l’ellipse émotionnelle. Où s’enracine la violence de Steve ? Et la souffrance de Kyla ? Les points les plus sensibles, Mommy les effleure à peine et sa flamboyance esthétique finit par apparaître comme une façon fière et pudique de ne pas verser dans l’apitoiement. Le drama perpétuel de Diane et Steve, poussant la vie dans ses extrêmes pour tenir tête à l’effondrement, n’en est que plus bouleversant.

Pour le casting

Les meilleurs films de Xavier Dolan sont ceux dans lesquels il ne joue pas. Formulé à la sortie de Laurence Anyways, cette hypothèse se confirme dans Mommy, où le réalisateur s’efface au profit d’un trio d’acteurs à la puissance atomique. Après sa prestation punk d’amoureuse exaltée dans Laurence Anyways, l’inclassable Suzanne Clément change de registre dans le rôle de l’introvertie Kyla. Douce, farouche, mystérieuse, elle est aussi indéfinissable que fantastique. Dans la peau d’un Steve drôle et insupportable, Antoine-Olivier Pilon crève l’écran, révélation fracassante de fraîcheur et de témérité. Et puis il y a Anne Dorval. Déjà maman fictive de Dolan dans J’ai tué ma mère, la star québécoise est tout simplement démentielle dans les jeans vulgos de Diane, grande gueule sublime, mère courage et indigne, maladroite dans son amour et souveraine dans sa solitude. Une actrice en fusion, dont la performance hors norme ressemble à s’y méprendre à un prix d’interprétation.

Un extrait du film "Mommy".

"Mommy" de Xavier Dolan avec Anne Dorval, Suzanne Clément. Sortie prochainement.

LIRE LA SUITE
Inread
Loginnn

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptées à vos centres d’intérêt, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée. Cliquez ici pour en savoir plus.