• Minute Crush
  • Calendrier de l

Actuellement en kiosque !

GL cover mag Mai 2016 header maxi Alt 2

Edition papier

Découvrir

Edition numérique

Découvrir
Inboard

"Lost River" : quand Ryan Gosling se plante

Lost River : quand Ryan Gosling se plante

L’idole de "Drive" passe derrière la caméra avec "Lost River". Bad news pour le festivalier, contraint de subir 1h45 d’un mash-up sans queue ni tête de références mal digérées. On s’en remet à peine.

Hystérie collective mardi soir sur la Croisette : Ryan Gosling est descendu parmi les mortels pour présenter son premier film, Lost River, dans la catégorie Un Certain regard. Oubliant toute forme de dignité, une horde furieuse de festivaliers se piétine les uns les autres pour espérer assister à la projection du film en présence de son sex-symbol de réalisateur et de son actrice principale, la bombesque Christina Hendricks. La frontière est décidément très mince entre la civilisation et la barbarie. Loin de nous pourtant l’idée de contester à Ryan le droit d’intriguer son prochain. La famille des jeunes acteurs hype devenus de bons réalisateurs est après tout pleine de gens très recommandables, de Julie Delpy à Vincent Gallo. A 21h30, on était donc encore disposés à aimer Lost River. Mais à minuit, notre indulgence s’était transformée en épuisement nerveux et l’on ne souhaitait plus qu’une chose : que Ryan Gosling se contente d’être acteur.

Pourquoi ça aurait pu être bien ?

Tout n’est pas à jeter dans Lost River. Les dix premières minutes, on a cru qu’on allait aimer ça. En quelques scènes, filmées dans les environs de Detroit, l’apprenti réalisateur y pose son décor, celui d’une Amérique en faillite, asphyxiée par la dette, abandonnée au chiendent, peuplée de maisons désertées par leurs habitants. C’est ici que survit Billy, une mère célibataire serveuse dans le club du coin, et ses deux fils, dont Bones, un ado responsable amoureux de la voisine. L’esthétique à la fois dark et carnavalesque, dans la tradition du Southern Gothic, rappelle celle de la musique produite par Gosling dans son groupe Dead Man Bones. Les baraques vides brûlent dans la nuit et c’est comme une fête foraine macabre. Jusqu’ici pourquoi pas. D’autant plus que l’incendiaire Christina Hendricks est sublime dans la peau d’une mama fragile et sensuelle, démarchée par un banquier libidineux pour exercer ses talents dans un théâtre où des femmes se font tuer pour de faux devant un public en quête de sensations. On était prêt à la suivre, mais c’est là que Lost River bascule dans un délire onirico-poussif qu’on pourrait qualifier pour faire vite de grand n’importe quoi.

Pourquoi c’est un ratage ?

C’est marqué sur son front : sans doute traumatisé par ses années Disney Club et sa fulgurante starisation, Ryan Gosling craint par-dessus tout qu’on le prenne pour un mec conventionnel. Il imagine son univers forcément sombre et décalé. Le souci, c’est que le cauchemar qu’il déploie sous nos yeux n’a rien d’original, et ne semble même pas lui appartenir vraiment. Compilant d’une manière qu’on veut croire sincère les gimmicks stylistiques éculés – omniprésence de signaux lynchiens chipés à Blue Velvet et Lost Highway –, les échos à des films à la mode dont il n’atteint pas la puissance – on pense très fort à Beasts of The Southern Wild –, et des emprunts lourds d’évidence au cinéma de son mentor Nicolas Winding Refn, Lost River ploie sous un socle référentiel composite. De ces nourritures spirituelles, l’appliqué Ryan Gosling ne parvient jamais à s’émanciper, pataugeant dans une boue esthétisante sans le regard perçant qu’il faudrait pour lui donner une forme intelligible et inédite. On savait que Lynch était une malédiction pour les jeunes réalisateurs arty qui se noient dans son influence en oubliant que ses films ne sont pas que visions, ils sont aussi langage. C’est finalement ce qui manque le plus à Lost River : trop occupé à aligner des images, Gosling oublie de les articuler dans une grammaire personnelle qui ferait de lui l’auteur qu’il aspire à être. Les images se réduisent alors à une imagerie,  l’imaginaire se stérilise, et nous, devant ce film d’étudiant en cinéma chevillé à ses modèles, on rêve d’être ailleurs.

"Lost River", de Ryan Gosling, avec Christina Hendricks, Eva Mendes, Saoirse Ronan, Reda Kateb... Sorti le 8 avril 2015.

LIRE LA SUITE
Inread
Loginnn

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptées à vos centres d’intérêt, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée. Cliquez ici pour en savoir plus.