Le film de la semaine : "The Master" : Fais-nous peur Joaquin

L’acteur le plus imprévisible de sa génération effectue son retour dans The Master, de Paul Thomas Anderson. Résultat : un grand film détraqué qui confirme que Joaquin Phoenix sait vraiment tout faire.

Joaquin Phoenix The Master
© DR -

Après avoir bandé ses muscles dans Gladiator, incarné les caractériels chez son ami James Gray (The Yards, Two Lovers), puis s’être mis en scène dans un vrai faux autoportrait destroy (I’m Still Here, de Casey Affleck), Joaquin Phoenix, le comédien avec lequel on ne s’ennuie jamais, accomplit son come back dans The Master, le nouveau film de Paul Thomas Anderson. Un cinéaste à qui l’on doit quelques-uns des films les plus puissants de la dernière décennie : Boogie Nights, Magnolia, There will be blood. La rencontre entre les deux pointures promettait d’être explosive. Bonne nouvelle : elle l’est.

Ça raconte quoi ?
L’Amérique, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Revenu du Pacifique où il a virilement combattu l’ennemi, Freddie ne sait plus quoi faire de ses dix doigts nerveux et de son esprit encombré par ses idées toutes noires. Alcoolo (il distille sa propre gnole à base d’essence), névrosé, obsédé sexuel, fâché avec tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’ordre social, le anti-héros ne sait à quel saint et sein se vouer. Un homme mystérieux rencontré par hasard, gourou d’une secte baptisée "La Cause", lui offre bientôt l’occasion de trouver un sens à sa vie. Le bon sens ? Euh…

Pourquoi c’est bien ?
L’Amérique des fifties tire décidément une drôle de tronche ces temps-ci sur les écrans. Après le gang de filles en lutte contre  le machisme dans le Foxfire de Laurent Cantet la semaine dernière, Paul Thomas Anderson règle aujourd’hui son compte à son pays natal et à ses légendes dans The Master. Trainant de job minable en job minable et de fille paumée en fille paumée, Freddie, le héros maladif du film, promène sa folie et sa dépression dans une Amérique où le miracle économique et les pieuses croyances ne concernent pas exactement tout le monde… Dans la peau et l’esprit dérangé de cet homme cloitré dans son enfer intérieur, proie idéale pour le gourou-master en mal d’adeptes allumés et de fils de substitution, Joaquin Phoenix, une fois encore, accomplit des miracles. Amaigri, imprévisible, constamment au bord de la crise de nerfs et du précipice psychologique, l’acteur interprète son rôle le plus impressionnant à ce jour, ce qui est tout sauf rien, vu la qualité de sa filmographie. Après avoir métamorphosé Mark Wahlberg en star du X dans Boogie Nights, Tom Cruise en inquiétant télé-évangéliste macho dans Magnolia, puis avoir poussé Daniel Day Lewis dans ses ultimes retranchements dans There will be blood, Paul-Thomas Anderson poursuit son entreprise de sublimation des grands acteurs, avec l’aimable collaboration des principaux intéressés. Merci à tous.  

"The Master", de Paul-Thomas Anderson, avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams ... Sortie le 9 janvier.


The Master - BA (VF) par 7minutestv