Notre film coup de coeur cette semaine : "Foxfire"

Cinq ans après "Entre les murs", palme d’or en 2008, Laurent Cantet signe (enfin) son grand retour avec "Foxfire, confessions d’un gang de filles", un film exceptionnel où il met en scène des héroïnes en lutte contre le machisme. Une merveille, pas moins.

Fox Fire
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L’année cinéma commence fort et même très fort. En attendant fébrilement, dans les semaines à venir, les nouveaux films de Paul Thomas Anderson (The Master), Quentin Tarantino (Django Unchained) et Kathryn Bigelow (Zero Dark Thirty), c’est un français qui ouvre le bal. Lui : c’est Laurent Cantet, auteur du bluffant Entre les murs, il y a cinq ans. Pour son grand retour, le cinéaste revient avec une fiction tournée outre-Atlantique, une libre adaptation d’un roman de Joyce Carol Oates (Confessions d’un gang de filles, Editions Stock), où il s’intéresse de très près au destin d’une poignée de jeunes nanas en révolte. Résultat : le premier grand film de l’année.

Ça raconte quoi ?
1955. Une petite ville ordinaire des Etats-Unis. Saoulées par les traditions tannantes de leur époque, exaspérées par le machisme vociférant de leurs contemporains mâles, cinq adolescentes concluent un pacte pour la vie et fondent un gang qu’elles baptisent "Foxfire". Leur but : se serrer les coudes pour mieux affronter les abrutis qui les entourent (ça fait du monde) et apprendre, ensemble, à devenir libres, quel qu’en soit le prix (ça peut coûter cher). La leadeuse du groupe s’appelle Legs et, à ses côtés, les filles entament une aventure haletante qui les entrainera loin et même plus loin encore…

Pourquoi c’est bien ?
Elles règlent leur compte aux mecs qui les serrent d’un peu trop près sans y avoir été invités. Elles font vivre un enfer aux machos qui bandent leurs muscles pour leur foutre la trouille. Elles renversent l’équilibre du pouvoir régnant dans l’Amérique des années 50 et se prouvent à elles-mêmes qu’elles peuvent prendre leur destin en main… Malgré leur jeune âge, les héroïnes de Foxfire n’ont peur de rien et leurs premières aventures donnent des idées aux autres demoiselles du coin qui ne tardent pas à les rejoindre et à balancer aux orties leur timidité. Toutes élisent bientôt domicile dans une grande maison délabrée où, avec les moyens du bord, les filles, bien avant les années hippies, s’inventent un idéal communautaire et dévorent la vie par tous les bouts comestibles… Paradis sur terre ? Pas vraiment, car, comme dans tous les groupes, des dissensions menacent de lézarder la belle unité, surtout quand les activités anti-machistes du gang tournent à la prise d’otages et au quasi grand banditisme.

En quittant la France pour les Etats-Unis, Laurent Cantet, cinq ans après Entre les murs, ne s’est pas du tout perdu en chemin. Dans ce film noir conjugué exclusivement au féminin, le cinéaste met en scène une épopée intense, captivante, bouleversante et profite de l’occasion pour révéler de jeunes actrices toutes inconnues et toutes exceptionnelles. En première ligne, Raven Adamson, alias Legs, la chef du groupe. Coupe garçonne, regard de feu et tempérament abrasif, l’actrice s’impose comme la première découverte majeure de l’année. La réussite du film est aussi la sienne et les deux méritent d’être admirés séance tenante.   

"Foxfire, confessions d’un gang de filles", de Laurent Cantet, avec Raven Adamson, Katie Coseni, Madeleine Bisson... Sortie le 2 janvier.