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Le coup de Grace (de Monaco)

Le coup de Grace (de Monaco)

Présenté en ouverture du Festival, le biopic de Grace de Monaco par Olivier Dahan s’annonçait gratiné. Confus dans son propos, hasardeux historiquement et bourré de clichés, le film est pire que ce qu’on imaginait. Cannes démarre par un coup bas.

Critiquer Grace de Monaco, c’est faire l’autopsie d’un film catastrophe. Avant même d’avoir été vu en ouverture du Festival de Cannes, le septième film d’Olivier Dahan était déjà plombé par une double polémique. Si la version présentée sur la Croisette est bien celle voulue par le réalisateur, Grace aurait été victime d’un montage imposé par son producteur Harvey Weinstein contre l’avis de l’auteur. Maudit dès sa genèse conflictuelle, le film s’attire maintenant les foudres des enfants Grimaldi, qui parlent de "détournement de l’histoire familiale". Pas de quoi désarçonner Olivier Dahan : "Il y a des évènements vrais et d’autres fantasmés. C’est mon droit à la fiction." La liberté artistique lui donne 100% raison. Mais si l’indignation des nobliaux monégasques (formulée sans même avoir vu l’objet du litige) est à côté de la plaque, le film lui-même l’est au moins autant. Cumulant les tares au point d’en devenir involontairement risible, cette vision de Grace en est singulièrement dépourvue. On vous dit pourquoi.

Un film en plein délire historique

Saviez-vous que c’était la princesse Grace elle-même qui avait, en un simple discours, convaincu le Général de Gaulle de renoncer au rattachement fiscal de Monaco à l’Etat français ? En choisissant de se concentrer sur l’année 1962, celle où son héroïne choisit définitivement d’abandonner le cinéma pour embrasser son destin princier, Olivier Dahan s’encombre d’un contexte politique qu’il révise sans états d’âme. Transformant le palais en village gaullois, Rainier en chantre de l’indépendance et Grace en pivot majeur de la pacification (scène tordante où de Gaulle s’incline devant son appel à l’amour universel), le film repeint le paradis fiscal en havre de charité désintéressée. Dans un enchaînement de conciliabules cocasses, où Rainier-Tim Roth surjoue le leader intraitable, on regarde avec incrédulité les remous d’une nation d’opérette traités à la hauteur d’une tragédie shakespearienne. Ponctué de répliques déjà cultes ("on achètera une belle ferme près de Montpellier", suggère Grace pour rassurer Rainier soucieux de perdre son trône), ce récit éberluant repousse en effet les limites du droit à la fiction.

Un sujet à géométrie variable

Une fille d’entrepreneur de Philadelphie mal-aimée par son père, devenue actrice fétiche du plus grand réalisateur du monde, épouse un prince et se languit du cinéma dans son luxueux palais au bord de l’eau. Grace de Monaco tenait un sujet en or. Dans le dilemme de son héroïne, tiraillée entre son mentor Alfred Hitchcock, qui la sollicite pour Pas de printemps pour Marnie, et sa loyauté envers son mari et leur royaume, se joue le destin de n’importe quelle femme qui se veut, contre l’avis du patriarcat, à la fois épouse, mère et accomplie professionnellement. A ce titre, le film commence par quelques scènes inspirées, dont une course de voiture sur une route escarpée qui, faisant référence à La Main au collet, laisse espérer une variation post-moderne sur la schizophrénie du métier d’actrice. Mais Dahan s’enlise ensuite dans une description lénifiante du dressage de Grace, qui, coachée par les tenants du protocole monégasque, passe de princesse aux pieds nus à souveraine modèle. Portrait d’une femme prisonnière consentante de son statut (en ce sens, Grace de Monaco et l’antithèse de Diana), le film ne sait bientôt plus s’il y a ici matière à dénonciation, et se conclut sur une indéchiffrable redéfinition du conte de fées comme capacité à accepter son sort. Déprimant.

Une actrice au bord du ridicule

Nicole Kidman est sans doute la plus grande actrice du monde, de celles qu’on aime même dans les mauvais films. Mais pas cette fois. Quelle tristesse, après des prestations aussi fortes que celles de Rabbit Hole ou Paperboy, de la voir patiner sur le terrain glissant qu’Olivier Dahan déroule sous ses pieds. Trop vieille pour le rôle (Grace Kelly avait alors 33 ans, soit 15 de moins que l’actrice), la géniale interprète se débat avec une partition proche de l’ineptie. Le réalisateur a beau la filmer en très gros plan, il ne parvient qu’à lui faire réciter une palette d’émotions convenues et à saisir dans son regard le désarroi de ne pouvoir donner vie à un personnage trop trafiqué par le scénario. Au final, Kidman échoue à nous convaincre que Grace Kelly était autre chose qu’une très jolie actrice un peu futile qui se choisit une retraite dorée au bras d’un micro-souverain. Face à ce pénible spectacle, le spectateur erre comme dans une aile du musée Grévin où se côtoieraient des clones peu convaincants. Mieux vaut, si l’on aime Grace Kelly, revoir Fenêtre sur cour.

"Grace de Monaco" d'Olivier Dahan avec Nicole Kidman, Tim Roth, sorti le 14 mai.

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