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Interview : Haifaa Al Mansour, cinéaste et saoudienne

Haifaa Al Mansour : première femme cinéste en Arabie Saoudite

Dans "Wadjda", la plus belle révélation de ce début d’année, Haifaa Al Mansour raconte l’histoire d’une gamine qui rêve d’acquérir un vélo, mais qui se heurte aux traditions obscurantistes de son pays : l’Arabie Saoudite. Interview.

C’est un événement du genre considérable. En Arabie Saoudite, pays où l’on ne rigole pas avec les traditions, la religion, les femmes et le grand écran (les salles de cinéma sont prohibées), une réalisatrice a tourné un film, Wadjda, qui bouscule tous les tabous. Son nom : Haifaa Al Mansour, 38 ans, et un tempérament aussi combatif que celui de son héroïne : une gamine de douze ans  qui veut s’acheter un vélo, mais qui se heurte aux obstacles de toutes sortes : dans sa famille, son école, son quartier. Résultat : une fiction insolente et irrésistible (pas une seconde d’ennui) qui met en scène la réalité d’un pays où les femmes, derrière leur voile, n’ont droit à rien ou à pas grand chose. Interview d’une cinéaste libre.  

Dans quelles circonstances est né Wadjda ?
Il y a cinq ans, j’ai eu envie de tourner une fiction sur la réalité de mon pays. J’ai très rapidement imaginé cette petite fille au fort caractère et sa quête obsessionnelle d’un vélo, comme le symbole d’un désir d’émancipation. Cela m’a ensuite pris beaucoup de temps pour écrire le scénario et je ne le regrette pas. Si j’avais tourné ce film plus tôt, il aurait été mauvais. J’aurais probablement sombré dans les clichés du cinéma du monde arabe : la femme victime, le pathos et les surenchères larmoyantes. Bref, dans tout ce que je déteste.

Comment avez-vous imaginé le personnage de Wadjda. Connaissez-vous des gamines comme elle ?
J’en connais beaucoup ! J’ai grandi dans le même univers qu’elle. Autour de moi, à l’école et ailleurs, j’ai vu tant de petites filles dont les désirs étaient réduits à néant par les traditions de la société saoudienne. Personnellement, j’ai eu la chance de pouvoir échapper au destin tout tracé des femmes de mon pays. J’ai grandi dans une famille progressiste, libérale. Je suis consciente de ma chance.

Au point d’avoir un vélo ?
Absolument ! Un jour, mon père est allé acheter des vélos pour deux de mes frères. J’en voulais un, moi aussi et il me l’a offert immédiatement, malgré le regard réprobateur du marchand. Mon père m’a donné cette force d’assumer mes désirs. Je lui en suis reconnaissant.

Le film dresse un portrait accablant de l’Arabie Saoudite et, en premier lieu, de la condition féminine.
Mon pays reste extrêmement conservateur, mais, peu à peu, il s’ouvre et je suis finalement optimiste pour l’avenir. Je m’aperçois des évolutions, y compris dans ma famille, chez mes proches. Pour moi, il est essentiel que le film puisse permettre un dialogue et un échange. Je ne crois pas à l’efficacité du conflit et de l’affrontement. Wadjda ne joue pas la carte de la provocation, il tente de dresser un portrait honnête de ce qui se joue en Arabie Saoudite, sans offenser quiconque.

Vous êtes la première femme cinéaste dans votre pays. Quelles sont les réactions face à cet événement?
Dans les milieux les plus évolués, il y a un sentiment de fierté nationale à voir une Saoudienne saluée à l’étranger et participer à des festivals. Les conservateurs, par contre, sont inquiets de voir une femme s’exprimer dans un genre, le cinéma, encore considéré comme une activité corrompue et indécente.

Pensez-vous que les Saoudiens pourront voir Wadjda ?
Oui, en DVD, puisqu’il n’y pas de salles de cinéma dans mon pays. Quand le film a été montré en avant première au festival de Dubaï, de nombreux Saoudiens sont venus pour le découvrir. C’était très émouvant pour moi, car ce film je l’ai avant tout tourné pour eux. Beaucoup de femmes m’ont félicitée. Beaucoup d’hommes aussi...

Wadjda, de Haïfaa Al Mansour. En salles le 6 février.

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Olivier de Bruyn
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