Le film à voir cette semaine : "Frankenweenie" de Tim Burton

Dans ce film d’animation génial, le cinéaste américain revisite son enfance et tous ses thèmes favoris. Tordant et… bouleversant.

© DR - Olivier de Bruyn

Six mois à peine après avoir épaté la galerie avec Dark Shadows, où Johnny Depp et Eva Green, grimés en vampire et sorcière, jouaient à se faire du mal et du bien, Tim Burton effectue (déjà) son grand retour avec Frankenweenie, un film d’animation qui est surtout l’un des meilleurs films de l’année 2012.

Ça raconte quoi ?
Victor, un jeune écolier traînant son ennui dans sa banlieue américaine, bricole des films d’horreur en Super 8 et dialogue avec son chien, Sparky, tout aussi solitaire que son maître. Un jour, catastrophe, le quadrupède se fait écraser par une voiture et Victor n’a plus que ses larmes pour pleurer. Mais le héros juvénile a de la ressource et, grâce à ses trouvailles scientifiques, il parvient à ressusciter son clébard.

Ebahi par lui-même, le Frankenstein en culottes très courtes planque sa découverte, qui, hélas pour lui, ne tarde pas à être découverte. Dès lors, tout le monde entreprend de redonner vie à ses animaux domestiques défunts. Mais l’opération connaît des ratés (euphémisme) et, bientôt, la banlieue U.S nickel se retrouve envahie par des tortues géantes, des chats angora destroy et d’autres monstres à peu près indescriptibles. Victor est un poil mal. Et, bientôt, ses contemporains le seront tout autant que lui.

 

Pourquoi c’est bien ?
Une plaisanterie régressive pour Halloween ? Un film fétichiste où Burton rend hommage aux films d’horreur en noir et blanc qui ont bercé sa jeunesse ? Pas que, pas que… Si dans Frankenweenie, le cinéaste américain le plus doué de sa génération s’amuse, façon animation, à multiplier les trouvailles formelles (le film, à lui tout seul, contient plus d’idées visuelles qu’une année entière de cinéma U.S), il se penche surtout sur sa propre enfance et signe, façon Marcel Proust sous amphétamines, sa "Recherche du temps perdu".

Le pourquoi et le comment de cette pépite inégalable, c’est encore le maître, de passage à Paris la semaine dernière, qui en parle le mieux : "Les personnages et les situations de "Frankenweenie" sont nés de mes propres souvenirs, raconte-t-il. Comme Victor, je réalisais enfant des petits films inspirés par les fictions horrifiques que j’adorais. Comme lui, j’avais un chien dont la mort m’a plongé dans le désarroi. Comme lui, enfin, dans mon quartier, je vivais en solitaire et me livrais à des expériences farfelues. Chaque détail du scénario se réfère à ce que j’ai vécu dans mon enfance et explique ce que je suis devenu aujourd’hui".

Le résultat ? Une merveille de film, à la fois hilarant et ultra sensible, où Tim Burton, par le biais de la fiction 100% délirante, se livre comme jamais. Depuis le chef-d’œuvre Edward aux mains d’argent, en 1990, Burton n’avait pas fait mieux. Cavaler dans les salles de cinéma s’impose donc cent fois plutôt qu’une…

"Frankenweenie", de Tim Burton. Sortie le 31 octobre.