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Cannes 2016 : rencontre avec Adèle Haenel, la combattante

Rencontre avec Adèle Haenel, la combattante

Rencontre cannoise avec l’héroïne du film "La Fille Inconnue", des frères Dardenne. Un long-métrage sans concession, que l’actrice défend avec une fougue et une intelligence communicatives.

C’est la fille qui a été sacrée meilleure actrice aux César 2015 sans passer par la case "jeune espoir". Loin du cliché de la débutante qui fait son entrée au bal en se cachant derrière son éventail, Adèle Haenel, 27 ans, a pris d’assaut le cinéma français. Dans L’Apollonide, Les Combattants ou Les Ogres, elle nous a scotchés par son énergie un peu branque, son regard défiant et ses éclats de douceur. Habituée de Cannes – c’est ici qu’on l’a découverte, en 2007, dans Naissance des Pieuvres –, elle y revient cette année pour présenter, en compétition, le dernier film des frères Dardenne La Fille Inconnue. Adèle Haenel y joue Jenny Davin, un médecin généraliste qui se donne pour mission d’établir l’identité d’une jeune femme retrouvée morte, à laquelle elle se reproche de ne pas avoir ouvert, tard le soir, la porte de son cabinet. Dans ce film social et moral, la qualité très physique d’Adèle Haenel s’exprime, cette fois, dans la retenue. Un personnage sans effusions, dans un film qui refuse obstinément le romanesque… La Fille Inconnue est une belle entreprise qui ne nous a pas touché autant qu’on l’aurait souhaité. Mais après vingt minutes de discussion passionnée avec Adèle Haenel, on avait très envie d’y repartir, pour se faire une seconde opinion.

J’ai quelques réserves sur le film, ça vous dérange si on en parle ?

C’est un peu dur de commencer ma journée comme ça. Je ne sais pas… Qu’est-ce que vous en pensez ? C’est comme si je vous disais que je n’aime pas votre travail…

Non, non, ce n’est pas ce que j’ai dit ! Passons à autre chose. Jenny est strictement définie par son métier et par ses actes. Quand on ne sait pas grand-chose sur son personnage, on se raccroche à quoi ?

L’essentiel pour moi dans le personnage de Jenny, c’est la délicatesse. Moi voyez, je prends des trucs, je les pose, je m’en fous. Je me paye les fenêtres, je fais toujours tout tomber autour de moi, je vais trop vite par rapport à mes capacités motrices. Elle, il y a de l’ordre dans sa façon de bouger, qui témoigne d’un rapport au monde moins accidenté, plus à l’écoute. Quand on est médecin, on est à fond dans ses gestes, il n’y a pas à penser à autre chose. Ça, ça a été un travail. D’habitude quand je fais un truc, je rentre dedans, je pars direct dans l’énergie, c’est une espèce de combat. Là, il y a un rapport au monde qui est plus dans l’articulation, pas juste dans la baston. 

Getty

Avez-vous eu besoin de lui inventer une vie, une histoire ?

Je ne comprends pas trop cette idée de vouloir construire un personnage en se disant qu’il doit exister comme une personne normale. C’est un écueil d’expliquer les choses toujours par les mêmes raisons, qui sont des évidences pour tout le monde mais qui sont potentiellement fausses, de dire que tel passé justifie tel comportement. Dans La Fille Inconnue, tout n’existe que dans le présent. Et ça me plaît. Pour moi, la question, ce sont les scènes, et les dialogues qui s’y passent. L’important, c’est de savoir de quoi on parle.

Et de quoi parle-t-on ?

(…) Désolée j’ai été un peu dure avec vous tout à l’heure, mais ça m’a gavé que vous me posiez cette question d’emblée. Dans la discussion, je me rends compte qu’on s’en fout, chacun a son avis. Mais bon c’était ma première conversation de la journée, vous voyez ce que je veux dire…

Bien sûr, j’ai été maladroite. C’était un moyen d’interroger le minimalisme de votre personnage…

Le regard se focalise sur quelque chose de très précis : le comportement minimum dans une unité de temps, face à un problème qui ne requiert pas une éducation ou une sensibilité spécifique. Je ne voulais pas parler de quelqu’un qui fait les choses parce qu’il a ses raisons à lui de les faire, ou qu’il est plus sensible que la moyenne. La capacité d’ouverture et d’empathie dont fait preuve Jenny, chacun l’a en soi, même si on la met en sommeil. J’ai voulu chercher l’endroit commun à tout le monde.

Vous succédez à Marion Cotillard en héroïne des Dardenne. Savez-vous pourquoi ils vont ont choisie ?

Quand les Dardenne m’appellent, j’y vais, je ne cherche pas à savoir pourquoi ils m’ont choisie. C’est tellement incroyable d’avoir l’opportunité de travailler avec eux ! Je n’ai pas posé de questions, j’ai été là et j’ai essayé de faire mon travail le mieux possible. Quand je travaille, sur un plateau, je suis hyper sérieuse. Je n’ai pas envie d’avoir à regretter les choses. Sur l’engagement, il faut être à fond.

Le film pose une question éthique. C’est un mot qui compte dans votre rapport au cinéma ?

Bien sûr que c’est important. L’art n’est pas dans un monde à part. C’est l’expression d’un fantasme de notre vie, et notre vie n’est pas éternelle, on est maintenant, ici, dans un contexte singulier. J’en n’ai rien à foutre de l’art éternel. Supposer que les formes ne changeront jamais, ça veut aussi dire que des choses comme l’oppression et l’absence de liberté ne changeront jamais. Mon éthique, c’est le présent.

Comment vivez-vous les contradictions cannoises, ce mélange de paillettes et de cinéphilie ?

Avant je le vivais plus mal, je me suis détendue. On râle parce qu’on est obligé de s’habiller, mais au fond c’est un jeu que les gens ont envie de jouer. On est content de célébrer quelque chose qu’on aime tous. C’est ce qui fait que les conversations sont plus ou moins passionnées d’ailleurs (sourire)… et c’est tant mieux. On n’est pas là pour tous dire que c’est bien. Mais c’est important de défendre les films avec passion aussi. Les gens me disent que ça ne sert à rien de s’énerver pour du cinéma. Je me demande pourquoi je vais m’énerver si ce n’est pas pour du cinéma !

 "La Fille inconnue" des Frères Dardenne, avec Olivier Bonnaud, Jérémie Renier,  Adèle Haenel.

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Par Caroline Veunac
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