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Cannes 2016 : "Café Society", le meilleur Woody Allen depuis un bon moment ou le film de trop ?

"Café Society", de Woody Allen ouvre le Festival de Cannes 2016

"Café Society" inaugure la 69ème édition du Festival de Cannes et sort simultanément en salles. Faut-il faire le déplacement ? Nos deux journalistes à Cannes donnent leurs avis.

L'avis pour de Caroline Veunac

Woody Allen ne fait plus de grands films (son dernier vrai chef-d’œuvre, Crimes et délits, remonte à 1989), mais il fait encore de grandes scènes. Dans le passable Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (2010), c’était celle où le mari infidèle, depuis l’appartement de sa maîtresse de l’autre côté de la rue, surprenait sa femme en train de se dévêtir, seule dans la chambre conjugale qu’il avait déserté. Dans l’inégal Blue Jasmine (2013), c’était le plan final, déchirant, sur le visage de l’héroïne déclassée jouée par Cate Blanchett. Dans Café Society, présenté aujourd’hui en ouverture du Festival de Cannes, c’est le dernier mouvement du film qui le fait passer au-dessus de la moyenne.

Mais revenons au pitch. Dans les années 30, Bobby (Jesse Eisenberg) quitte sa famille juive new-yorkaise pour tenter l’aventure à Hollywood, et tombe raide dingue de Vonnie (Kristen Stewart), une secrétaire qui ne se laisse pas aveugler par les paillettes. Le cœur de la belle est déjà pris, et, lorsqu’ils se revoient plusieurs années plus tard à New York, où règne le Café Society, l’esprit mondain de l’époque, Vonnie n’est plus tout à fait la même. Ni tout à fait une autre. Tragi-comédie sur le miroir aux alouettes de la cité des anges, fable morale sur l’usage de la force et de celui de la raison (une sous-intrigue met en jeu l’opposition entre le frère gangster de Bobby et son beau-frère philosophe), drame sur l’amour, la mort et la religion, Café Society est un pot pas si pourri des grands thèmes alleniens. Agrémenté des invariables voix-off et airs de jazz qui font la signature du cinéaste, cet inventaire se déroule sans grande surprise, mais heureusement sans les fautes de goût et les accès de gagatisme qui plombaient certaines de ses productions récentes (To Rome with Love, c’est à toi que l'on pense).

Cette bonne tenue générale, on la doit un peu au scénario qui décoche quelques flèches bien senties ("Vis chaque jour de ta vie comme si c’était le dernier, et un jour tu auras raison."). Pas mal à la photo de Vittorio Storaro (le chef op’ oscarisé d’Apocalypse Now et du Dernier Empereur), qui donne à Café Society, le premier film de Woody Allen tourné en numérique, une densité visuelle vibrante, que ce soit au soleil de Californie ou dans les intérieurs nuit des clubs new-yorkais. Et beaucoup au charme des acteurs. Jesse Eisenberg, surtout, confirme tout le bien que l’on pense de lui. L’acteur de The Social Network et de Batman vs Superman cultive ici une forme de morgue qui caractérise son jeu de film en film. Un orgueil blessé, qui lui permet d’emmener le héros allenien au-delà du cliché du névrosé fébrile, vers quelque chose de moins sympathique. Il est tellement bon que la performance de Kristen Stewart semble presque en deçà, même si le script joue assez habilement avec son statut de star extra-terrestre qui fait tout pour garder les pieds sur terre. La survivante de Twilight nous apparaît comme une actrice in progress, que l'on verrait apprendre sur le tas, mais dont la simple présence, d’une singularité radicale – regard cerné, beauté asymétrique – créerait à chaque seconde l’évènement.

La première heure et demi passe donc à voir ces deux-là bouger dans le cadre (ainsi que Steve Carell, génial dans le rôle du tonton imprésario), et c’est déjà pas mal. Mais voilà qu’autour de la 80e minute, le 46e long-métrage de Woody Allen, que l’on regardait jusque-là sans déplaisir (et même avec l’expression "bon cru" dans un coin de la tête), s’envole vers les sommets. En quelques plans d’une mise en scène soudain fulgurante, on voit les parents de Bobby deviser sur l’irrémédiabilité de la mort et les vertus du judaïsme, puis Bobby et Vonnie, sous les cotillons du Nouvel an, constater que l’amour, lui, même perdu, ne meurt jamais. Cette séquence de quelques minutes, d’un romantisme et d’une cruauté sans appel, est un petit film en soit : le meilleur Woody qu’on ait vu depuis un moment.

L'avis contre d'Erick Grisel

Malgré toute notre affection pour ce bon Woody, cette fois-ci, dans Café Society, ça ne passe plus : le filtre mordoré appliqué par le chef op’ sur le visage des comédiens. Les pantalons taille haute pour les mecs et la satinette pour les filles. La musique jazz qui nous vrille les oreilles. Les jeunes premières (ici Kristen Stewart) qui s’amourachent de vieux barbons. Les jeunes premiers qui déroulent leurs phrases en secouant la tête et en battant des paupières, en copie conforme de Woody Allen (ici Jesse Eisenberg qui fait passer un peu d’émotion). Les allusions au sexe sans qu’il y ait de chair. On aimerait presque qu’une scène crue d’un film d’Abdellatif Kechiche ou d’Alain Guiraudie fasse irruption dans le film tel un intermittent à la nuit des Césars. Allez Woody, une bonne soupe – et surtout pas de café – et au lit !

"Café Society" de Woody Allen, avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart... Sorti le 11 mai.

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