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Cannes : les 3 partitions de Reda Kateb

reda kateb

L’acteur français occupe le festival avec trois rôles radicalement différents, où explose son appétit de cinéma et son talent cosmopolite. Rencontre avec un garçon bien parti pour devenir incontournable.

La première fois qu’on a croisé Reda Kateb, c’était sur le tournage d’Engrenages saison 2. Il n’avait pas 30 ans, c’était son premier job, mais son énergie, mélange d’intensité physique et d’intelligence calme, nous avaient scotché. Alors le revoir sept ans plus tard sur une plage de la Croisette, où il est descendu en force pour accompagner trois films - dont Lost River, le baptême de Ryan Gosling derrière la caméra -, ne nous étonne pas. Révélé dans Un Prophète aux côtés de Tahar Rahim, le natif d’Ivry-sur-Seine a tout d’une star : sa capacité à changer de registre, son professionnalisme en acier trempé, et ce visage, doux et puissant, singulier, qui le met, dans l’imaginaire cinéphile, quelque part entre Gabin à Brando. Interrogé sur ses héros, il cite aussi Harvey Keitel et Philip Seymour Hoffman. "On m’a beaucoup renvoyé au fait que j’avais une gueule. On m’en parle moins et tant mieux, parce que ça commençait à me gonfler un peu. Mais ça m’a quand même fait réaliser qu’on peut avoir une gueule pas lisse et raconter des histoires."

Les siennes explorent des genres et des territoires multiples. Dans Lost River, le thriller fantasmagorique de Ryan Gosling, présenté à Un Certain Regard, Reda Kateb joue un chauffeur de taxi. A la Semaine de la critique, il est jeune médecin dans Hippocrate, du Français Thomas Lilti. Et dans Qui Vive, premier film de Marianne Tardieu soutenu par l’ACID, qui promeut le cinéma indépendant, il a le premier rôle, celui d’un jeune vigile prisonnier des codes de son quartier. Un film américain hyper-buzzé, une comédie dramatique plutôt populaire, un petit projet auteuriste… voilà qui résume l’éclectisme d’un acteur qui veut franchir les frontières. "Ce que j’aime, c’est l’alternance. Ça me correspond bien de venir à Cannes dans trois sélections différentes et dans trois types d’hôtel différents !" Hier, il échangeait avec le public après la projection de Qui Vive. La semaine prochaine, il montera les marches avec Ryan Gosling, Christina Hendricks et Eva Mendes, dans l’hystérie collective. Et ne fait pas semblant de vivre tout ça comme une corvée. "Je suis à l’aise dans toutes les circonstances."


Né dans une famille de comédiens et de poètes, Reda Kateb tient son côté caméléon d’une enfance bercée dans la culture. "Mon père m’a emmené partout en tournée, depuis tout bébé. J’ai baigné dans un monde d’ouverture et de curiosité." Sa première pièce de théâtre, à huit ans, scelle sa vocation. "J’ai eu une espèce de choc, je m’étais senti à ma place à un endroit." Depuis, il ne cesse de se confronter à l’altérité à travers ses personnages, comme le Chérif de Qui Vive, agent de sécurité à mi-chemin entre deux milieux sociaux. "Je me demande souvent quelle est l’histoire des gens… Cette personne qui travaille à l’entrée du supermarché, elle-même précaire, et qui doit arrêter une dame qui vole une barquette de poulet pour nourrir ses enfants… Comment elle s’est retrouvée là ? Tout le monde à un imaginaire. Moi j’ai la chance d’en vivre et j’aime pouvoir représenter celui des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir."

Ce goût pour les petits films altruistes n’empêche pas l’acteur de se voir jouer les héros d’action dans un méga-blockbuster. "On fait aussi ce métier pour s’amuser." On peut compter sur Reda Kateb pour y parvenir, lui qui a déjà su se faire une petite place dans le paysage hollywoodien, en décrochant un second rôle très remarqué dans Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow. "Ça faisait longtemps que j’avais envie d’ouvrir mon métier vers l’étranger, en Angleterre et aux Etats-Unis. J’ai pris des cours d’anglais, et puis Un Prophète a beaucoup été vu là-bas… Donc il y a une grande part de travail et beaucoup de chance aussi." Sans compter une conception du jeu très en phase avec la tradition anglo-saxonne. "Les acteurs anglais et américains ont une rigueur dans laquelle je me reconnais. J’ai une passion pour ce métier et que je veux tout donner."

Cet engagement lui permet désormais de tutoyer les acteurs qu’il admire, comme Viggo Mortensen, avec qui il partagera bientôt l’affiche de Loin des hommes, ou Ryan Gosling, qui l’a recruté après l’avoir vu dans Un Prophète. "Il m’a confié le rôle sans même une rencontre sur Skype ou un essai. On s’est rencontré le premier jour de tournage et on a vraiment travaillé dans le partage. Il a décidé de faire ce film à un moment où il aurait pu s’offrir d’une vie de luxe. Mais il a fait un choix d’artiste, il a pris un risque." Le genre d’expérience qui tenterait bien Reda Kateb, qui travaille au financement de son premier court-métrage. "Plutôt une comédie. On ne m’en propose pas trop alors je me l’offre à moi-même." Encore une nouvelle facette pour celui qui se méfie des étiquettes. "Aux Etats-Unis, on est vite catalogué. Avec mon nom, ma tête et mon accent, ça prend du temps d’élargir le panel. Il m’est arrivé de ne pas donner suite à des scénarios, même avec des stars, parce que j’ai envie de protéger un parcours à long terme." A 36 ans, Reda Kateb voit loin. "J’ai l’impression de faire ce métier pour des raisons différentes selon les âges, à mesure que je découvre, que je grandis et que ma vie change."

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