Le film de la semaine - "Après Mai" : passion, agitation, révolution !

Dans "Après mai", Olivier Assayas met en scène l’ébullition des seventies et dynamite les clichés poussiéreux. Résultat : un film intense qui révèle de formidables jeunes actrices et acteurs. A ne pas rater.

© DR - Olivier de Bruyn

Mai 68, c’était quand même il y a quarante quatre ans et des poussières… Et, a priori, il existe des perspectives plus excitantes que de revoir sur le grand écran des pavés s’écraser sur les tronches de CRS et d’entendre de jeunes chevelus ânonner en boucle des slogans révolutionnaires. Et alors ? Alors, dans Après mai, l’excellent Olivier Assayas (L’heure d’été, Carlos…) rappelle qu’il n’y a pas de mauvais sujets, mais seulement de mauvais cinéastes. Son nouveau film est une merveille. Voici pourquoi.

Ça raconte quoi ?
Début des années 70, quelque part dans la banlieue parisienne. Gilles, un lycéen, profite à temps plein de l’agitation politique, musicale et sensuelle de son temps. Avec quelques-uns et quelques-unes de ses contemporain(e)s, il participe à des manifs musclées, multiplie les projets utopiques et n’en oublie pas pour autant ses amours tumultueuses et ses désirs créatifs (il aime peindre et est passionné par le cinéma)… De Paris à Londres, en passant par une escapade en Italie, Gilles et ses potes passent plusieurs saisons ensemble. Le temps de s’aimer, de rêver, de moins s’aimer, de cauchemarder et de vivre avec une intensité maximale la fin de leur adolescence.

Pourquoi c’est bien ?
Olivier
Assayas ne s’en cache pas : dans Après mai, il se penche sur sa propre jeunesse nerveuse, lui qui grandit dans ces années-là. Par chance, il ignore les trémolos nostalgiques, méprise l’autofiction geignarde et bouscule les figures imposées. Dans son nouveau film, le cinéaste a beau restituer avec précision le tumulte d’une époque où il était interdit d’interdire et pas interdit du tout d’expérimenter tous azimuts (on peut regretter d’être né quelques décennies trop tard), il met surtout en scène avec une inspiration de chaque plan les désirs en vrac et les contradictions de ces personnages post-ados.
Gilles et ses passions compliquées pour Christine et Laure, deux filles désaccordées qui ne savent pas où donner du sentiment. Gilles et ses amis militants, prêts à (presque) tout sacrifier sur l’autel de la cause gaucho. Gilles et ce foutu passage à l’âge adulte qui menace de lui rogner ses ailes libertaires… Avec son personnage très principal, sorte de double juvénile de lui-même, Olivier Assayas filme une épopée intime et collective qui murmure de très belles choses au spectateur d’aujourd’hui, quel que soit son âge. Le cinéaste en profite pour révéler de jeunes et nouveaux acteurs dont on entendra forcément beaucoup parler dans les années qui viennent. De Clément Métayer (Gilles) à Lola Créton (Christine), en passant par Caroles Combes (Laure) et tous les autres, Après mai offre le plus judicieux et innovant casting vus sur les écrans depuis des lustres. Une raison parmi d’autres de découvrir ce film qui a tout du sans faute.

"Après mai", de Olivier Assayas. Sortie le 14 novembre.