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Pourquoi sommes-nous devenus des épuisés chroniques ?

Pourquoi sommes-nous devenus des épuisés chroniques ?

Chaque jour on frôle le burn-out, même en s’organisant des journées dignes d’un planning présidentiel. Pourtant, nous n’avons jamais eu autant de temps de loisirs. Comment la fatigue est-elle devenue la norme ?

Vous la connaissez, cette sensation de vouloir "dormir pendant mille ans" comme chantait Lou Reed ? Cette fatigue accumulée, à la fois physique et morale, qui vous fait fantasmer sur une cure de sommeil dans le fin fond de l’Aveyron plutôt que sur un voyage à Ibiza ? Avoir autant d’énergie que les résidents d’une maison de retraite est le nouveau mal du siècle et touche toutes les classes et couches de la population.

###TWITTER###Rien qu’en France, nous avons en moyenne perdu une heure et demie de sommeil en cent ans et selon un sondage Ipsos, 61 % de la population s’estime "fatiguée". C’est le mantra de notre génération : "Je suis crevé". On oublie ses clés de voiture dans le réfrigérateur, on préfère le binge-watching de séries, moins épuisant que le sexe ou un dîner entre amis, où les convives pourraient de toute façon s’endormir avant le dessert. Alors pourquoi malgré les juices bars, la semaine des 35 heures, la literie high-tech et le Red Bull, sommes-nous plus fatigués qu’un paysan du xixe siècle ?
 

"Multitasker", c’est comme fumer un joint
Première grande cause du sentiment de fatigue généralisé et générationnel : le "multitasking" que l’on s’inflige du réveil jusque tard dans la nuit, pour répondre aux mails de son boss, commenter un statut Facebook pendant qu’on essaie de finir la saison 3 de House of Cards. La honte, quand on sait qu’au Moyen-Age, "l’acédie", l’ancêtre d'"être busy", qui désignait le manque de temps à donner à soi ou à préparer les sépultures des morts, était un péché capital !

Dans son livre Plus jamais débordé (Ixelles), le psychologue Tony Crabbe explique que ce surmenage auto-imposé "est un héritage de l’ère industrielle : nous nous efforçons constamment d’accroître notre productivité personnelle par plus d’activité et d’efficacité." Alors que nous disposons en moyenne de trente heures de loisir hebdomadaire, pourquoi a-t-on la sensation de n’avoir même pas une heure à s’accorder dans la salle de bains ? Parce que c’est désormais l’oisiveté qui est devenue un péché.

###TWITTER###"Le sentiment d’être tout le temps pressé provient aussi de la croyance, issue des années 80, que le temps c’est de l’argent", analyse Brigid Schulte, mère de famille et journaliste au Washington Post, qui a appris à gérer son temps et l’a raconté dans Overwhelmed : Work, Love and Play When No One Has the Time (Picador sur Amazon). "Donc vous pensez que plus vous travaillez, plus vous serez riche, et ainsi chaque minute semble capitale, la peur de ne pas savoir bien utiliser son temps fait qu’on ne prend même plus le temps de se poser. Et plus vous êtes riche, plus chaque minute vaut de l’or ! Finalement on ne sait plus se reposer " poursuit Schulte.

L’oisiveté, qui était au siècle dernier synonyme de richesse et le marqueur de réussite sociale – seules les personnes aisées pouvaient prendre des vacances ou s’octroyer une partie de golf le matin – est aujourd’hui devenue taboue. "Et nous résistons à être oisif, bien que les neurosciences ont prouvé que c’est lorsque notre cerveau n’est pas stimulé qu’il est le plus créatif. A l’inverse, les études montrent aussi que multitasker rendait aussi stupide qu’une personne qui a fumé un joint ", précise la journaliste. C’est la fameuse théorie des Pensées de Pascal pour celles qui se rappellent leur cour de philo : "Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre."
 

L’impossible repos
Résultat, on néglige de plus en plus la base du repos : le sommeil. Trente pour cent des Français, dont une majorité de jeunes actifs dorment moins de six heures par nuit, ce qui est en deçà du seuil de sommeil réparateur. Et les femmes sont plus touchées par les petites nuits : 45 % contre 34 % des hommes. Aux Etats-Unis, on estime qu’en 2020, les troubles du sommeil représenteront un réel problème sanitaire au même titre que l’obésité.

Outre les risques cardio-vasculaires et de diabète liés au manque de sommeil, ne pas dormir assez réduit la masse cérébrale et s’accompagne de troubles cognitifs comme le manque de concentration et l’irritabilité permanente. Et dans un contexte de crise économique, le stress et l’anxiété engendrés par la peur de perdre son boulot si on n’est pas disponible à minuit pour répondre à un mail urgent entraîne des problèmes d’insomnie. Les doudous numériques qu’on a du mal à lâcher, sous prétexte que notre smartphone fait office de réveil, sont aussi responsables de notre difficulté à l’endormissement : "Recevoir un mail, ou des “likes” booste la dopamine, un neurotransmetteur du plaisir, ce qui nous rend accro. Et cette sur-stimulation entraîne une fatigue chronique", note la sociologue du digital Catherine Lejealle.
 

La fatigue morale
La sensation de fatigue n’est pas arrivée en même temps que le workaholism ou Internet. A travers les siècles, ça a été compliqué de poser le bon diagnostic sur les raisons de la fatigue. A la Renaissance, on qualifie de mélancolie l’épuisement ressenti par les courtisans à force d’être dans le paraître et le contrôle de soi. Au XIXème siècle, on croyait que la neurasthénie frappait les intellectuels, les artistes et la bourgeoisie, "alors que Freud a démontré plus tard qu’elle touchait aussi, et surtout les classes pauvres", explique Marc Loriol, sociologue spécialiste de la fatigue.

###TWITTER###Il faudra attendre les années 1920 pour que s’effectuent des recherches scientifiques et sociologiques sur la fatigue et qu’on réalise que le travail épuisait davantage moralement que physiquement, en raison du geste répétitif vide de sens du travail à la chaîne. Aujourd’hui, malgré la réduction du temps de travail, on semble moins résistant que les anciennes générations. "Le travail s’est intensifié, est devenu plus individuel et s’est accompagné d’une perte de sens, puisqu’on n’est pas certain de gravir les échelons malgré nos aptitudes, en raison de la crise économique. Et cela engendre une usure mentale. Avant, on faisait plus d’heures certes, les conditions étaient rudes mais compensées par un sentiment de solidarité entre collègues et même avec la hiérarchie, le tout dans un contexte de croissance qui promettait que le travail fourni porterait ses fruits ", décrypte Marc Loriol. "A chaque période de bouleversements historiques intervenant dans un laps de temps trop court, on a ressenti une sorte de lassitude", comme le soulignait déjà en 1980 le futurologue Alvin Toffler.

Notre fatigue actuelle serait le miroir d’un monde globalisé et numérique où les frontières du temps sont abolies, mais la bonne nouvelle c’est qu’on finira par s’adapter : "Chaque vague de transformation a été associée avec des soucis de fatigue, comme chez la classe moyenne britannique qui, au cours de la révolution industrielle, souffrait de stress et de fatigue chronique ", écrivait Toffler dans La 3e Vague (Denoël). En attendant, vous avez le droit de piquer du nez après la lecture de cet article.
 

Les extravagants du sommeil

Karl Lagerfeld
Quoi qu’il arrive, Karl dort sept heures par nuit et dans une réplique d’une chemise de nuit blanche du xviie siècle en « poplin imperial ». Normal.
Tom Cruise
Pour n’importuner personne, Tom le ronfleur dort dans un « snoratorium », soit une pièce totalement insonorisée, pratique apparemment tendance à Hollywood.
Stephen King
L’ouverture de ses housses d’oreiller doit être dirigée face au pied du lit sinon l’écrivain
ne dort pas. Et n’écrirait donc plus de best-sellers.
Mariah Carey
La diva estime qu’elle a droit à quinze heures de sommeil par nuit pour maintenir sa voix au top !


J-Lo
Elle n’a besoin que de huit heures. Reste à vérifier laquelle vend le plus de disques.

Les gadgets high-tech : la solution pour bien dormir ?

Coucher et lever sur mesure
Le système Aura de Withings se compose d’un réveil et d’une bande de tissu avec capteurs à mettre sous le matelas. Ceux-ci envoient des données (respiration, mouvements, rythme cardiaque) au réveil qui les analyse et transmet au smartphone un diagnostic sommeil (durée, sommeil léger, profond, paradoxal, délai d’endormissement).



Verdict
On aime bien. Compliqué à mettre en place, Aura (299 euros), très complet, aide à se sentir mieux. On aime le SmartWakeup qui réveille au meilleur moment du cycle de sommeil.

Poignet d’amour
Depuis deux ans, la high-tech habille nos poignets de bracelets (FitBit, Polar, Jawbone…) capables de raconter notre journée en chiffres (distance parcourue, calories brûlées, rythme cardiaque, analyse du sommeil). Certains modèles vous conseillent de vous coucher plus tôt le lendemain en cas de nuit précédente agitée.



Verdict
On doute. Une détermination sans faille s’impose pour optimiser un bracelet connecté (50 à 200 euros) : il faut dormir chaque nuit avec, c’est moche, et les statistiques délivrées varient d’un modèle à l’autre pour une même personne.

Le lit connecté de demain
Un oreiller (DreamPad) branché au téléphone transforme votre playlist en vibrations selon le principe de l’ostéophonie et la transmet, en silence, à notre cerveau. Un matelas (iFit Smart Bed) muni de capteurs analysant mouvements, température corporelle, rythme cardiaque et respiratoire, qui s’incline et change de température. Un drap-housse (Luna Sleep) qui déclenche l’alarme matinale au meilleur moment. Une technologie (Ergosleep) qui détermine l’ADN du sommeil afin que le sommier s’adapte à la morphologie.



Verdict
On a hâte. Le futur sommeil connecté s’annonce captivant ! A tester fin 2015, lors de la commercialisation de ces objets.
 

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Laureen Parslow et Jérémy Patrelle
Inread
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